‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 20 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

insultes de la part des libertins, tantôt des contradictions du cô.té des maximes corrompues du siècle. Les méchants euxmêmes , en secouant le joug de Dieu , ne se débarrassent pas delà nécessité de souffrir ; ils l'aggravent au contraire. Éprouver des peines, est chose commune à tous les états. Il y a pourtant entre eux de sensibles différences : les mondains souffrent par force , la plainte sur les lèvres et le dépit dans le cœur ; les bons chrétiens souffrent avec résignation ; les fervents religieux s'exercent à souffrir par amour, c'est-à-dire avec plaisir.

Les novices ne doivent pas s'attendre pour être assurés de la solidité de leur vocation que Dieu leur donnera des signes extraordinaires, comme des révélations, l'apparition d'un ange, des impressions et des élans intérieurs très véhéments. Il s'est servi quelquefois de ces voies extraordinaires; mais elles sont rares, ne sont point nécessaires, et souvent doivent être tenues pour suspectes et dangereuses, à cause des illusions qui s'y rencontrent.

Il y a deux voies ordinaires que Dieu emploie pour faire connaître sa volonté à ceux qu'il appelle à l'état religieux. L'une est une vocation d'attrait sensible qu'on éprouve dès l'enfance pour embrasser un certain Ordre, attrait qui est accompagné de mépris à l'égard des choses du monde, d'estime pour celles de la religion et d'un désir constant de se consacrer à Dieu tout entier. L'autre est une vocation de raisonnement et de conviction. On commence par considérer plus sérieusement qu'autrefois l'obhgation de faire son salut. Cette conviction étant bien assise, on réfléchit que pour se sauver il faut pratiquer les maximes de l'Évangile, et on le désire vivement; mais il n'est pas besoin d'examiner longtemps les choses pour constater combien il est difficile de pratiquer ces maximes en demeurant dans le monde. Ainsi la pensée de le quitter et de se retirer dans une solitude sainte pour y vivre selon Dieu, se fait jour peu à peu dans l'âme; elle arrive à y être très claire, et on commence à régler sa conduite en conséquence. Cette lumière qui se forme lentement par une série de convictions déduites l'une de l'autre, et qui produit dans la vie même du siècle un grand progrès vers le bien , est une

luraicre certainement venue de Dieu; et si le directeur n'y voit pas d'obstacle spécial, on doit la suivre, bien qu'elle n'ait jamais été accompagnée d'attraits sensibles. Elle est conforme, ce qui vaut mieux, aux principes de la saine raison dirigée par la foi.

ARTICLE III

De la correspondance fidèle à la vocation.

Dans cet article on indiquera brièvement combien la correspondance à la vocation est nécessaire ; et on enseignera la manière de correspondre fidèlement, surtout pendant le noviciat, à cette grâce si décisive.

§ I. — La nécessité de l)ien correspondre à la vocation.

Ce n'est pas assez de s'être assuré qu'on a une bonne vocation. Le grand point est de s'appliquer avec beaucoup de soin à y correspondre et à la rendre certaine par le moyen des bonnes œuvres, comme dit l'apôtre saint Pierre: Fratres, magis satagile ut per bona opéra certam vestram vocaiionem et eleciionem faciatis. (IL Petr. r, 10.) Plusieurs sont appelés, mais peu sont élus, ainsi que dit Notre -Seigneur. Mulii enim sunt vocati, pauci vero electi. (Matth. xxii, 14.) Saiil fut choisi roi d'Israël par Dieu et sacré par le prophète de Dieu. Cependant, n'ayant pas correspondu à la grâce de son onction, il a été réprouvé. La vocation de Judas à l'apostolat était bonne, puisqu'elle était du choix immédiat de Jésus- Christ ; toutefois, ayant manqué à la grâce de sa vocation , il est devenu un scélérat et un démon. Ex vobis unus diàbolus est. ( Joan.vi, 71.) La femme de Loth fut retirée de Sodome par Dieu même, qui envoya des anges pour l'éloigner, avec toute sa famille, de cette ville condamnée au feu ; mais, après de si beaux débuts, elle fut changée en une statue de sel, parce qu'au lieu de marcher toujours vers la montagne elle avait regardé en arrière. Plus de six cent mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, sortirent de l'Egypte au milieu des miracles et des prodiges ; et cependant , de toute cette multitude de personnes, il n'y en eut que deux qui en-

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