‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 205 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

cherche en toute chose à lui plaire et à faire sa volonté, et l'on s'y applique d'autant plus qu'on est plus entièrement sous sa dépendance. Si donc un religieux a la hardiesse de transgresser sa règle de sang- froid, par habitude, avec une entière connaissance et presque continuellement, il est bien près de perdre totalement l'amitié de son divin Maître, et il se met sur la voie de la damnation. Aussi le vrai religieux les observe fidèlement; et si parfois il lui échappe de les transgresser par faiblesse , par inadvertance, par négligence, ou dans une occasion imprévue, il s'en humilie devant Dieu, lui en demande pardon, s'en corrige, et répare le mal commis par un redoublement de zèle.

2° Les religieux doivent observer exactement leur règle parce qu'ils l'ont promis dans leur profession. Si l'on promet une chose à une personne à qui l'on a de grandes obligations , la fidélité, l'honneur et la sincérité se concertent pour rendre sacrée cette promesse. Or les religieux par leur profession se sont engagés devant Dieu à observer toutes leurs constitu- , tiens; y manquer serait donc pour eux une infidélité, une déloyauté, un déshonneur.

Il y a même cela de particulier parmi nous , comme on l'a remarqué, qu'avant de recevoir la profession des novices, le supérieur leur demande devant témoins s'ils sont dansla volonté d'observer exactement les constitutions , non comme on les pratique ici ou dans tel autre couvent, mais à la lettre, telles qu'elles sont écrites; et s'ils ne déclaraient pas avec fermeté qu'ils sont dans cette disposition , au lieu de les admettre aux voeux, on les renverrait dans le siècle. Après un engagement si formel, les disciples de saint Dominique ne sont-ils pas rigoureusement tenus d'observer fidèlement toutes leurs constitutions?

30 Les religieux, en suivant exactement leur règle, reçoivent beaucoup de grâces. Car toutes les fois qu'ils en observent un point, si petit qu'il soit, cette fidélité leur assure un nouveau degré de mérite en ce monde et de gloire dans le ciel. Elle fait leur bonheur dès cette terre, par les consolations intérieures qu'ils reçoivent de Dieu , par la paix de la

conscience dont ils jouissent, par la force qu'ils acquièrent pour vaincre leurs ennemis, garder joyeusement leurs vœux et avancer chaque jour dans la perfection. C'est pourquoi saint Bernard exhortait ses frères à persévérer avec ferveur dans l'observation de leur règle, par ces paroles : « Je vous prie , mes très chers Frères , et je vous conjure instamment de vivre de telle sorte que vous gardiez toujours soigneusement les pratiques de votre ordre, afin qu'elles vous gardent à leur tour. » Rogo vos, fratres, et multum obsecro, sic agite et sic State in Domino, dilectissimi, solliciti semper circa custodiam ordinis, ut Ordo custodiat vos, (Ep. 122.)

4° Un autre grand motif pour engager les religieux à bien observer leur règle, c'est le bon exemple qu'ils doivent à tout le monde et surtout à leurs frères. Saint Paul disait aux premiers chrétiens : « Ayez soin de faire le bien non seulement devant Dieu, mais aussi devant tous les hommes, y) Providentes bona non solum coram Deo, sed etiam coram omnibus homini- 6ws. (Rom. XII, 17.) Et Jésus -Christ veut que notre lumière luise de telle sorte devant les hommes, qu'ils voient nos bonnes œuvres afin d'en glorifier le Père céleste. Sic luceat lux vestra coram hominibus ut videant opéra vestra bona et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est. (Mallh. v, 16.) Or cette édification qu'il nous faut donner à nos frères, et dont aucune autorité ne peut nous dispenser, résulte particulièrement de l'exacte observation de nos constitutions, statuts, pratiques et exercices spirituels. Plus on les exécute fidèlement, plus aussi on porte les autres à la régularité. Que si les religieux ainsi fidèles sont anciens et considérables dans leur ordre, l'autorité de leur exemple en est d'autant plus décisive, et leur mérite, sous ce rapport, d'autant plus grand. Ils deviennent les véritables soutiens de la religion , et font fleurir dans leur communauté la piété et la discipline régulière. Car il est presque impossible qu'avec les bons on ne devienne à la longue vertueux, fervent et zélé pour tout ce qui est bien.

Page 1