‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 211 sur 361 · TROISIÈME PARTIE 44b · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE 44b

Dieu pour unique objet de tout mouvement intérieur et extérieur : Perfectio importât quamdam universalitatem. Or l'esprit de l'homme, quand il agit dans la charité, ne pense qu'à Dieu, et ne juge de la valeur de toute chose que selon les règles de sa divine parole. D'autre part , son cœur et sa volonté n'aiment que Lui , adhérant en tout à ce qu'il veut , et rapportant à sa gloire toute affection et tout désir qui ne l'ont pas directement pour objet. A leur suite marchent toutes les autres puissances, les paroles, les actes; en sorte que tout, soua le drapeau de la charité, rentre dans l'ordre surnaturel, et se rapporte à l'honneur du souverain Être.

En outre, afin que cette union des puissances et des facultés de l'âme avec Dieu soit parfaite, il faut que l'homme s'y applique avec toute l'ardeur et la constance dont il est capable, sans que rien puisse le détourner ni le ralentir. C'est encore la charité qui forme en nous cette tendance irrésistible vers Dieu, et nous transforme en quelque manière en lui. La perfection de la charité, il est vrai, n'est complète que dans le ciel; car là, les bienheureux voient Dieu clairement, l'aiment parfaitement, continuellement, sans pouvoir jamais cesser. L'homme, dans ce monde, ne peut pas toujours être occupé de cette pensée et de cet amour; il en est détourné par l'infirmité de la nature et les nécessités de la vie. Au moins, sur cette terre, la perfection de la charité nous presse de faire tous nos efforts pour unir à Dieu nos diverses puissances intérieures, qui sont les principes de nos actes, afin qu'elles l'aient toujours pour objet et pour fin de leurs mouvements. Ainsi, elle nous fait arriver au plus haut degré d'union avec Dieu , et par là à la plus grande somme de perfection qui soit possible durant la vie présente.

Pour coopérer à ce travail , l'homme doit écarter tous les obstacles à la charité , et par conséquent à la perfection. A cet effet, trois choses s'imposent à lui : 1° S'appliquer de toutes ses forces à éviter le péché, non seulement le péché mortel, qui détruit l'amour divin, mais le péché véniel , qui le ralentit; à se corriger de tous ses défauts, et à mortifier les affections déréglées de la cupidité, qui est le poison de la charité,

comme le dit bien saint Augustin : Venenum charitatis est cupiditas. 2° S'appliquer constamment à pratiquer toutes les vertus: l'humilité, la patience, l'obéissance, la chasteté, la pauvreté, la pénitence, la mortification et les autres qui facilitent notre union avec Dieu ; en sorte que la charité, trouvant son travail préparé, n'ait plus qu'à les unir ensemble, en être l'âme et les rapporter toutes au Bien souverainement aimable. 3° S'efforcer d'acquérir ces vertus dans un éminent degré, afin qu'elles aident à opérer des actions excellentes et parfaites, autant que la fragilité humaine le permet; car ce sont les actions excellentes, continuellement pratiquées, qui rendent la vie de l'homme semblable à celle de Dieu , et font marcher à grands pas l'œuvre de sa perfection. De là vient qu'en peu de temps les âmes généreuses montent si haut. Leurs actes n'ont pas été nombreux, mais héroïques; et par une série de victoires, elles ont bientôt conquis le cœur de Dieu.

ARTICLE II L'obligation de tendre à la perfection.

Tous les chrétiens sont obligés de tendre à la perfection dans une certaine mesure proportionnée à leur condition ; car ils sont tenus d'aimer Dieu de tout leur cœur, de toutes leurs forces et sur toute chose. Aussi saint Paul écrivait aux fidèles : « C'est la volonté de Dieu que vous soyez saints. » Et Jésus- Christ a dit à tous : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Hœc est voluntas Dei sanctificatio vesira. (I Thess. IV, 3.) Estote perfecii sicut Pater vester cœlesiis perfectus est. (Matth. v, 48.) Les moyens dont les séculiers doivent se servir pour tendre à cette perfection de précepte, sont de garder exactement les commandements de Dieu , surtout celui de son amour, et d'imiter ses perfections dans les actes qui concernent leurs devoirs d'état

Mais les religieux sont obligés de tendre à une perfection plus haute que les séculiers, à cause de l'état de sainteté embrassé par eux à leur profession , état par lequel ils s'engagent à garder, non seulement les commandements, mais

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