TROISIÈME PARTIE
1® 11 faut un désir ardent : Ad perfeciionis fasligium virtutum desiderio impeÙente pervenitur. ( S. Laur. Justin.) En effet, l'expérience fait voir que celui qui convoite ardemment une chose, emploie tous ses soins pour se la procurer et surmonte toutes les difficultés qui s'opposent à son acquisition. Que si la volonté, au contraire, désire faiblement un objet, on ne fait que de très légers efforts pour l'obtenir, et bientôt on abandonne entièrement tout dessein de le poursuivre. Si donc on n'a qu'un faible désir de la perfection, et que ce désir ne produise qu'une médiocre application pour y arriver, c'est la marque que l'on ne tend pas sérieusement vers elle, malgré l'obligation qu'on en a contractée.
Ce désir ardent de devenir parfait doit être fondé sur de puissants motifs, et spécialeinent sur le plus noble de tous, à savoir, que nous procurons une très grande gloire à Dieu en tendant sans relâche vers un idéal sublime, et en faisant tous nos efforts pour arriver à une sainteté consommée. Car une seule âme parfaite rend à elle seule plus d'honneur à la divine Majesté, sur la terre et dans le ciel, qu'un très grand nombre d'âmes en état de grâce, mais dépourvues du même degré de sainteté. C'est pourquoi Dieu, qui tient avant tout à son honneur, la traite comme on traite son plus cher ami et lui prépare une belle couronne.
2° Pour avancer dans la perfection, il ne suffît pas d'avoir de grandes aspirations, il faut travailler constamment à s'approcher du but. Il y en a qui travaillent un temps à leur progrès , puis se relâchent et s'arrêtent. Ceux-là doivent trembler pour leur salut, car Notre-Seigneur a dit: Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au royaume de Dieu; et encore : Le royaume des deux veut être gagné par la violence, et il n'y a que les violents qui le ravissent. Le Sauveur nous fait comprendre, par ces paroles , comment le désir de la perfection doit avoir pour conséquence un travail vigoureux et un courage inébranlable , que rien ne puisse étonner ni rebuter. Nemo mittens manum suam ad arairumet respiciens relro aptus est regno Dei, (Luc, ix,62.) Regnumcœlorum vimpatitur, etviolentirapiunt illud. ( Malt., XI, 12.)
4b2 L'INSTRUCTION DES NOVICES
Saint Grégoire et d'autres saints Pères se servent de belles comparaisons pour nous convaincre de la nécessité de travailler sans trêve aucune à la perfection, si on y veut avancer réellement. Gomme un homme qui naviguerait sur un fleuve rapide, disent-ils, se verrait bientôt emporté par le courant s'il cessait de ramer, et finirait par se trouver à l'opposé de l'endroit où il voulait parvenir : de même , notre nature corrompue subit un courant tellement violent vers le mal, que si l'on ne travaille pas sans relâche et avec de grands efforts pour avancer dans les voies de la solide vertu, on se verra entraîné par le cours impétueux des passions, et l'on se trouvera bientôt plus loin du terme désiré qu'on ne l'était au départ. De là le célèbre axiome des saints que « dans la vie spirituelle, ne pas avancer, c'est reculer. » In via Dei, non progredi, regredi est.
Saint Augustin emploie une comparaison analogue : « Nous ne pouvons , dit-il , nous soutenir dans la voie de la perfection et nous empêcher de décheoir qu'en faisant des efforts pour monter. Dès que nous commençons à nous arrêter, nous descendons, de sorte que si nous ne voulons pas retourner en arrière , il faut toujours courir en avant sans nous ralentir. » ( Ép. 117.) C'est pourquoi les religieux étant obligés, en vertu de leur état, de tendre à une perfection plus haute, doivent travailler à monter chaque jour davantage sur ce chemin, afin de ne pas violer le pacte fondamental de leur profession.
G'est donc une preuve que l'on ne travaille pas à son progrès quand on est toujours le même. Gar le travail, dans les voies de la grâce, n'est pas inutile, mais toujours suivi de quelque succès.
Get axiome ne doit pourtant pas effrayer les âmes timorées qui , ayant une idée très haute de la vertu et un sentiment très vif de leur misère, pensent reculer chaque jour sur le chemin, au lieu d'avancer. Gar le progrès qu'on y fait n'est pas toujours sensible; au contraire, il développe la connaissance de notre indignité en même temps que le sentiment du plus parfait; de sorte qu'on voit de mieux en mieux tout ce qui nous manque; et c'est là un signe d'avancement. Ces âmes doi-