‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 214 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

vent donc se rassurer, et se réjouir même, d'éprouver une crainte si sanctifiante. Au fond elles ont une volonté sincère et un véritable désir de plaire à Dieu ; elles font tous leurs efforts pour pratiquer les vertus et observer les devoirs de leur état. Ces symptômes intérieurs sont les signes les plus clairs et les plus rassurants de leur tendance réelle vers la perfection.

Pour s'encourager fortement à l'acquérir, il faut oublier le bien que l'on a fait par le passé, de peur d'y trouver de la complaisance, et penser continuellement à celui qui reste à faire. Telle était la maxime de saint Paul : Quœ quidem rétro sunt obliviscens. (Philipp. m, 13.) Afin de la suivre, il faut imiter les voyageurs qui, voulant arriver avant la nuit dans une ville, ne se complaisent point à regarder le chemin parcouru, mais pensent uniquement à celui qui reste devant eux. De même, nous, les voyageurs de cette terre, qui voulons, durant les courtes années de la vie, parcourir le long chemin de la perfection pour arriver à notre céleste patrie, nous ne devons pas mesurer combien nous avons fait déjà de progrès dans la vertu , mais combien il nous en reste avant de toucher au terme. Loin donc de nous laisser aller peu à peu à l'abattement le long du sentier, efforçons-nous, à mesure que la vie s'abrège, d'y marcher toujours plus vite et plus fort, afin de remporter le prix tant désiré : Sic currite ut comprehendatis. (I Cor. ix, 24.)

Pour s'animer à bien travailler à ,1a perfection , il est bon de toujours observer les religieux les plus avancés, dans le but de suivre leurs exemples. « Cherchez, disait saint Antoine, à imiter dans l'un la modestie, dans l'autre l'humilité, dans celui-ci le silence, dans celui-là la douceur et la patience, dans chacun ce qu'il a de meilleur. » C'est en agissant ainsi lui-même que cet illustre solitaire devint très parfait. Saint Bernard rapporte aussi qu'à son entrée en religion, il fut touché c\e grands sentiments de ferveur, en se voyant entouré de religieux pleins de charité , d'élan et de régularité. A cette vue, il s'animait à travailler comme eux à l'acquisition de la perfection, et il s'adressait souvent à lui-même cette exhortation : «Bernard, Bernard, qu'es-tu venu foire

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ici?» Hoc semper in corde, fréquenter etiam in are habehat: Bernarde, Bernarde, ad quid venisti? (In vita S. Bern.) ^ Le souvenir du but que nous nous sommes volontairement proposé lors de notre entrée en religion, servira également à ranimer notre courage dans les peines qui ne peuvent manquer de se rencontrer. Nous nous dirons à nous-mêmes comme saint Bernard : Pourquoi es-tu venu en religion? Est-ce pour faire ta volonté, ou pourt'astreindre à suivre celle de ton supérieur? Est-ce pour avoir toutes tes aises, ou n'est-ce pas plutôt pour manquer de tout, comme un pauvre de Jésus-Christ? Est-ce pour être loué et estimé des hommes, ou pour en être oublié et méprisé? Est-ce pour mener une vie lâche, molle, sensuelle, oisive, ou n'est-ce pas plutôt pour observer exactement les pratiques régulières? Pourquoi donc rejeter maintenant ce que tu es venu chercher alors, quand tu entendais si clairement la voix de la grâce et étais si bien disposé à la suivre? Pourquoi reculer, quand il faudrait avancer?

Bien que Dieu destine tous les religieux à la sainteté, le degré de perfection auquel il les appelle estpourtant inégal. Il y a des vocations ordinaires à qui la Providence n'a point réservé de grâces de choix. Ceux qui suivent cette voie n'ont qu'à travailler à leur avancement et à l'édification de leurs frères par la pratique des vertus communes, la modestie, la ferveur, la fidélité aux lectures spirituelles, le silence, l'exactitude dans l'assistance nuit et jour aux actions de la communauté, en animant intérieurement ces pratiques journalières par des motifs de charité, de mortification et d'obéissance.

Il en est d'autres appelés à une perfection plus éminentc , et auxquels Dieu donne des grâces spéciales pour opérer des œuvres extraordinaires de patience, de charité, d'oraison, de mortification, d'humilité, de pauvreté et dé toutes les vertus. Ces derniers doivent, avec plus de soin, se montrer fidèles aux desseins du divin Maître sur eux, et suivre leurs attraits, comme l'ont fait les grands saints de tous les Ordres, mais sans se permettre jamais des pratiqués extraordinaires en dehors de l'approbation des supérieurs. Il faut être difficile pour croire que la grâce nous inspire ces sortes de prati-

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