TROISIÈME PARTIE
ques. Car l'inspiration , au lieu de venir de Dieu et d'être accompagnée d'humilité et d'obéissance, provient bien des fois de l'orgueil, de l'illusion et de la tentation du démon. Il faut donc, en général, après avoir admiré les actes héroïques que nous lisons de la vie des saints, s'humilier de ce que nous ne méritons pas de les imiter. Que ces actions , cependant, servent à exciter notre ferveur dans l'accomplissement de nos devoirs ordinaires, en nous y faisant mettre le zèle et l'amour que les saints apportaient dans leurs œuvres héroïques et dans toutes les autres circonstances de leur vie.
ARTICLE IV Obstacles à la perfection; leurs remèdes.
1° Le premier obstacle qui empêche d'arriver à la perfection est la dégradation de la nature humaine. Tous les hommes naissent avec une nature corrompue par le péché originel, et, bien que le baptême efface en nous ce péché , il y reste pourtant un grand fonds de corruption et le désordre de la concupiscence. De là ces passions qui nous portent à l'orgueil, à la sensualité, à la curiosité, à l'amour des biens de ce monde; de là ce naturel vicieux , ce tempérament enclin au mal , que nul remède humain ne peut guérir. Les religieux, en quittant le monde, ne changent pas de nature et ne se trouvent pas débarrassés, comme par enchantement, de leurs passions perverses. Cependant les vœux dont ils font profession et les constitutions qu'ils embrassent sont des moyens pour corriger cette dépravation de la nature, source de tous leurs vices, et pour arriver à la perfection. Ils doivent donc, jusqu'à la mort, combattre par ce moyen leur mauvais naturel et vaincre chaque jour leurs plus violentes inclinations. Sans cela, ils n'arriveront jamais au but élevé de leur vocation.
2" Le mauvais exemple et le peu de régularité du prochain sont des obstacles à la perfection. Le bon exemple est très puissant à nous rendre saints; car la vertu par elle-même est si belle qu'on l'aime dans autrui, alors môme qu'on ne la
ici?» Hoc semper in corde, fréquenter etîam in ore hahebat: Bernarde, Bernarde, ad quid venisti? (In vita S. Bern.) - Le souvenir du but que nous nous sommes volontairement proposé lors de notre entrée en religion, servira également à ranimer notre courage dans les peines qui ne peuvent manquer de se rencontrer. Nous nous dirons à nous-mêmes comme saint Bernard : Pourquoi es-tu venu en religion? Est-ce pour faire ta volonté, ou pourt'astreindre à suivre celle de ton supérieur? Est-ce pour avoir toutes tes aises, ou n'est-ce pas plutôt pour manquer de tout, comme un pauvre de Jésus-Christ? Est-ce pour être loué et estimé des hommes, ou pour en être oublié et méprisé? Est-ce pour mener une vie lâche, molle, sensuelle, oisive, ou n'est-ce pas plutôt pour observer exactement les pratiques régulières? Pourquoi donc rejeter maintenant ce que tu es venu chercher alors, quand tu entendais si clairement la voix de la grâce et étais si bien disposé à la suivre? Pourquoi reculer, quand il faudrait avancer?
Bien que Dieu destine tous les religieux à la sainteté, le degré de perfection auquel il les appelle est pourtant inégal. II y a des vocations ordinaires à qui la Providence n'a point réservé de grâces de choix. Ceux qui suivent cette voie n'ont qu'à travailler à leur avancement et à l'édification de leurs frères par la pratique des vertus communes, la modestie, la ferveur, la fidélité aux lectures spirituelles , le silence , l'exactitude dans l'assistance nuit et jour aux actions de la communauté, en animant intérieurement ces pratiques journalières par des motifs de charité, de mortification et d'obéissance.
Il en est d'autres appelés à une perfection plus éminente, et auxquels Dieu donne des grâces spéciales pour opérer des œuvres extraordinaires de patience, de charité, d'oraison, de mortification, d'humilité, de pauvreté et de toutes les vertus. Ces derniers doivent, avec plus de soin, se montrer fidèles aux desseins du divin Maître sur eux, et suivre leurs attraits, comme l'ont fait les grands saints de tous les Ordres, mais sans se permettre jamais des pratiqués extraordinaires en dehors de l'approbation des supérieurs. Il faut être difficile pour croire que la grâce nous inspire ces sortes de prati-