TROISIÈME PARTIE 45S
ques. Car l'inspiration , au lieu de venir de Dieu et d'être accompagnée d'humilité et d'obéissance, provient bien des fois de l'orgueil, de l'illusion et de la tentation du démon. Il faut donc, en général, après avoir admiré les actes héroïques que nous lisons de la vie des saints, s'humilier de ce que nous ne méritons pas de les imiter. Que ces actions , cependant, servent à exciter notre ferveur dans l'accomplissement de nos devoirs ordinaires, en nous y faisant mettre le zèle et l'amour que les saints apportaient dans leurs œuvres héroïques et dans toutes les autres circonstances de leur vie.
ARTICLE IV Obstacles à la perfection ; leurs remèdes.
1° Le premier obstacle qui empêche d'arriver à la perfection est la dégradation de la nature humaine. Tous les hommes naissent avec une nature corrompue par le péché originel, et, bien que le baptême efface en nous ce péché , il y reste pourtant un grand fonds de corruption et le désordre de la concupiscence. De là ces passions qui nous portent à l'orgueil, à la sensualité, à la curiosité, à l'amour des biens de ce monde; de là ce naturel vicieux, ce tempérament enclin au mal, que nul remède humain ne peut guérir. Les religieux, en quittant le monde, ne changent pas de nature et ne se trouvent pas débarrassés, comme par enchantement, de leurs passions perverses. Cependant les vœux dont ils font profession et les constitutions qu'ils embrassent sont des moyens pour corriger cette dépravation de la nature, source de tous leurs vices, et pour arriver à la perfection. Ils doivent donc, jusqu'à la mort, combattre par ce moyen leur mauvais naturel et vaincre chaque jour leurs plus violentes inclinations. Sans cela, ils n'arriveront jamais au but élevé de leur vocation. *
2° Le mauvais exemple et le peu de régularité du prochain sont des obstacles à la perfection. Le bon exemple est très puissant à nous rendre saints; car la vertu par elle-même est si belle qu'on l'aime dans autrui, alors môme qu'on ne la
pratique pas, et cette estime prédispose à l'imitation. Mais le mauvais exemple est encore plus puissant pour nous rendre vicieux, car sa force naturelle est augmentée par la corruption de notre cœur. Un religieux était resté régulier et fervent dans son noviciat tandis qu'il vivait avec des religieux exemplaires; mais en demeurant avec d'autres qui sont tièdes et négligents, il imite leur dissipation et quitte peu à peu sa première ferveur. C'est pourquoi, si l'on veut bien former les novices pendant leur année de probation , il faut les séparer du reste de la communauté, de peur' que les mauvais exemples, si malheureusement il s'en rencontre, ne les gâtent et n'empêchent le fruit des bonnes instructions de leur Père Maître.
Il importe, pour se préserver d'un tel malheur, qu'on évite, autant que la charité et la société commune le permettent, la conversation avec les religieux dissipés. Si l'on est obligé de se mêler à eux, loin de les imiter, on tâchera de les ramener à leur ferveur d'autrefois, et, tout en se montrant charitable , on se gardera d'avoir avec eux aucune liaison particulière. Quant à ceux qui s'exposent à nuire aux autres par leur dissipation, qu'ils pensent combien sévèrement Dieu punira le téméraire qui ose donner mauvais exemple à ses frères, les scandalise par la transgression de sa règle, et introduit le relâchement dans le monastère. Il vaudrait mieux pour lui être jeté dans la mer, avec une pierre de moulin au cou ; car cette peine temporelle n'est pas comparable à celle qu'il endurera dans l'enfer : Utilius est illi, si lapis molaris imponatur circa collum ejus, et projiciatur in maro, quam ut scandalizetunum de pusillis istis. (Luc. xvii, 2.)
3° L'ancienneté dans la religion est souvent un obstacle à la perfection. Les anciens religieux devraient se montrer les plus fervents, les plus fidèles à tous leurs exercices, et être de parfaits modèles pour toute la communauté. Car, s'ils ont travaillé à leur sanctification durant toutes ces années de profession, la régularité a dû leur devenir familière et aisée, par la longue habitude. Il y a cependant des religieux qui regardent leur ancienneté comme un titre pour se dispenser des