TROISIEME PARTIE 4K
petites choses , être moins soumis aux supérieurs , et devenir inquiets, perturbateurs de la charité, de la joie, de la ferveur communes. C'est la preuve que, pendant leur longue vie religieuse, ils n'ont point travaillé à leur perfection, ni gardé la règle par des vues surnaturelles , mais seulement par respect humain et par crainte du châtiment.
Pour éviter ce malheur, ils penseront souvent que, plus ils ont passé d'années en religion, plus ils sont près d'aller rendre compte à Dieu de leur conduite; qu'ils seront d'autant plus sévèrement jugés qu'ils auront abusé de grâces plus nombreuses et auront donné aux jeunes religieux plus d'occasions de scandale. Quelle tristesse pour eux s'ils s'attiraient un reproche semblable à celui que faisait Jésus à ses disciples : Sinite parvulos venire ad me : Laissez ces jeunes religieux fidèles à leurs devoirs s'approcher de moi ; car je les aime tendrement comme mes chers enfants, et le royaume des cieux est pour eux plutôt que pour vous : Talium enim est regnum Dei. (Marc, x, 14.)
4° Les talents naturels, le rang distingué et les charges honorables sont également des écueils pour la perfection. Quand Dieu donne à certains religieux des talents naturels pour gouverner, enseigner, prêcher et diriger, il ne les leur accorde pas seulement pour eux, mais pour sa gloire, la sanctification du prochain et surtout celle de leurs frères. En correspondant à ces grâces exceptionnelles , ils recevront dans le ciel une récompense plus grande que celle qui est réservée aux religieux dépourvus de talents particuliers et occupés simplement aux actions ordinaires de la communauté.
Mais ceux qui, abusant de leurs talents, n'en font qu'un usage purement naturel, ou même s'en servent pour se procurer leurs aises, s'attirer l'estime des autres, se faire maintenir dans les emplois honorables, et vivre avec plus de liberté; ceux-là peuvent s'attendre à être punis plus sévèrement que s'ils avaient manqué seulement aux obligations communes. Dieu leur fera rendre compte des talents enfouis ou devenus dans la sainte reliijion une recommandation et un
appui pour le relâchement. Car la décadence de la régularité dans un couvent et dans une Province ne vient pas en premier lieu des sujets médiocres. Elle vient d'abord des supérieurs qui manquent de fermeté pour faire pratiquer là règle et corriger ceux qui s'en écartent ; mais elle vient aussi des sujets qui ont du mérite selon l'homme, et qui, par cela même, entraînent plus efficacement les autres dans la transgression des Constitutions et des vœux.
S° Les infirmités fournissent encore d'autres occasions de relâchement. On voit des religieux qui, après avoir passé plusieurs années dans la plus grande observance, en devenant infirmes ou d'une santé chancelante , ne pensent plus qu'à soulager leur corps , négligent leurs devoirs et tombent |dans la tiédeur. Sans doute, la religion, comme une bonne mère, s'applique à secourir ses enfants et même à les prévenir dans leurs besoins : ils l'ont servie dans la santé, elle s'empresse de les servir daiis leurs maladies et leurs faiblesses. Ces soins empressés sont conformes à la volonté de Dieu, qui, tout en nous envoyant ces épreuves pour nous faire mériter le ciel par la soumission à sa Providence, veut que nous prenions les remèdes convenables au mal et à notre état de pauvreté, en sorte qu'une fois rétablis, nous recommencions à travailler à sa gloire. Mais il ne faut pas, sous prétexte de se soigner, se trop flatter dans les infirmités. Si l'on est obligé de laisser les abstinences et les autres observances que l'état de langueur où l'on se trouve ne permet plus de soutenir, on doit s'en montrer d'autant plus attaché à celles dont l'accomplissement n'est pas incompatible avec les indispositions envoyées par Dieu, et conserver au moins, à défaut de pratiques extérieures, un grand désir de progresser dans l'esprit religieux. En effet, durant les maladies les plus longues et les plus affligeantes, il est possible de travailler activement à son progrès, autant et plus que dans l'état de sanlé, en accueillant ses épreuves avec soumission à la volonté divine, en les unissant aux souffrances de Jésus-Christ, et en pratiquant, dans l'usage des dispenses, une parfaite simplicité. Pour cela, il faut manifester ses infirmités à ceux