‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 221 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

fruits du silence, nous portent à leur tour à l'observer avec plus de perfection et de joie. Le soir, dans noire examen de conscience, à peine trouvons-nous quelques fautes commises pendant la journée; et nous prenons notre repos dans une grande paix intérieure. Au contraire, quand, à l'examen du soir, nous avons à nous reprocher des infractions au silence, nous sentons une certaine tristesse qui en est la suite et en fait le juste châtiment; puisse-t-elle en devenir le remède, si elle nous fait rentrer en nous-mêmes pour nous corriger.

4° Le silence est encore un grand moyen d'acquérir la perfection. L'apôtre saint Jacques a pu dire : « Celui qui ne pèche point en parlant est un homme parfait. » Si quis in verbo non offendit] hic perfectus estvir. (Jac. m, 2.) La perfection de l'homme consiste, il est vrai, dans l'amour de Dieu, mais le silence est un grand moyen d'acquérir le véritable amour. Car si quelqu'un le garde fidèlement, s'étant affranchi des conversations inutiles, il ne pense plus qu'à son avancement dans la pratique de la vertu, et en gardant sa bouche il défend son âme dé toute imperfection : Qui custodit os suum, custodit ànimam suam. (Prov. xiii, 3.)

Mais celui qui parle beaucoup remplira son âme d'imperfections et de péchés; « car dans la multitude des paroles, le péché ne saurait manquer de se rencontrer. » In muliiloquio non deerit peccatum. (Prov. x, 19.) Au commencement, on' ne dira peut-être que des paroles oiseuses (qui sont pourtant des péchés ) ; mais bientôt on passera à des discours de raillerie, de médisance, de vanité et autres. Car, dit la sainte Écriture, « en parlant, beaucoup , on tombe infailliblement dans plusieurs oublis et bon nombre de misères; et l'on blesse son âme.» Ubi verba sunt plurima, ibi fréquenter egesias ( Prov. XIV, 23.) Qui multis uiitur verbis, Isedit animam suam. (Eccli. XX, 8.)

5° Enfin le silence procure à l'âme une paix et une joie qui surpassent tous les plaisirs des sens , tout l'agrément des conversations inutiles avec le monde. Car l'homme silencieux et intérieur s'occupe en lui-même des grandeurs de Dieu et

de Jésus- Christ; il y trouve une joie et une consolation solides. En effet, le Seigneur est le Dieu de la paix, il s'éloigne des grands parleurs, il les laisse dans un ennui et une dissipation continuelles. Habitués à ne jamais demeurer sans quelque contentement, et n'en recevant point du ciel, ils en cherchent dans le commerce avec les créatures; ainsi leur mal s'aggrave par les remèdes mêmes qu'ils lui appliquent , et leur fond de tristesse augmente avec leur dissipation.

Au contraire, les hommes silencieux, bien qu'ils puissent paraître au dehors graves et mortifiés, sont pourtant remplis de joie et de douceur surnaturelles, car Dieu se plaît à leur faire ses communications; et ils sont, en cela, semblables aux hommes spirituels dont parle saint Paul, « tristes en apparence, mais, au fond, toujours joyeux.» Quasi tristes, semper autem gaudentes. (Il Cor. vi, 10.) C'est dans ce sens que saint Bernard affirmait n'être jamais moins seul ni exposé à l'ennui qu'en étant plus seul; car la compagnie de Dieu lui donnait le véritable contentement dans la paix du cœur : Nunquam minus solus quam quum magis solus.

ARTICLE II

Importance du silence pour tout religieux, et en particulier pour le Frère Prêcheur.

Tous les fondateurs d'Ordres ont prescrit le silence comme l'âme et le gardien de l'observance régulière : Sileniium est cusios religionis. (S. Basil.) Il suffit pour réformer un religieux et tout un couvent. Car si le religieux observe bien le | silence, il demeure dans sa cellule, n'en sort que pour aller aux offices et aux autres actions de la communauté. Occupé à la prière, à l'étude, aux lectures spirituelles, il devient homme | d'oraison, et reçoit de Dieu toute sorte de grâces, de dévotion, de lumières et de consolations spirituelles.

L'observation du silence suffit aussi pour régler un couvent. Car si on l'y pratique exactement, ceux qui le composent ni pensent plus qu'à l'affaire qui les a retirés du monde, cell

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