‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 222 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

de leur salut et de leur avancement spirituel par la pratique des devoirs de la vie cénobitique, dont un des principaux est le silence. Les supérieurs de ces couvents, pour favoriser l'esprit de retraite, font tenir toutes les portes soigneusement fermées, de peurque les séculiers ne pénètrent sans permission, et ne viennent détourner les religieux de leur chère solitude. En entrant dans ces maisons , on respire un air de recueillement et de dévotion qui édifie même les séculiers. Heureux les habitants de ces temples tout remplis de la majesté de Dieu : Beatiqui habilant in domo tua, Domine. (Ps. lxxxiii, 5.)

Si, au contraire, un religieux parle à tout propos et à tous ceux qu'il rencontre, il n'est plus religieux que de nom. Et comme un abîme appelle un autre abîme, il tombera ensuite en de grandes fautes. Il y a même plusieurs religieux dont la damnation a commencé par des infractions au silence; car, dans les discours inutiles et frivoles, ils ont perdu peu à peu le goût de Dieu , l'onction et la force intérieure : de là leur relâchement dans l'observance régulière, l'abandon insensible de l'étude, de la méditation, de la confession fréquente. Et ils en viennent à parler sans retenue, même pendant que les autres chantent les louanges divines, récitent l'office de la sainte Vierge, le chapelet, le De profundis, les prières avant et après le repas. Ces fréquentes et habituelles transgressions les disposent au mépris , et dans ce mépris se trouve , sans qu'ils l'aient cherché, le péché mortel pour lequel ils sont damnés.

Les infractions au silence disposent encore les religieux à la damnation, en ce que leurs discours dégénèrent en médisances considérables , en murmures de . conséquence sur la conduite des frères et des supérieurs, ou en rapports irréfléchis, quelquefois mensongers, qui sèment la division dans le couvent. Ces infracteurs du silence succombent facilement aussi aux tentations du démon , leur mortel adversaire , comme l'observe le B. Albert le Grand : Ubi non est taciturniias, ibi homo de facili ab adversario superatur, (Lib. de virt. XXI. ) Et il le prouve par les paroles de la sainte Écriture : « Un homme qui ne peut garder le silence est semblable à une ville ouverte, continuellement exposée aux incursions de

46fl L'INSTRUCTION DES NOVICES

ses ennemis. » Sicut urbs patens et absque murorum ambitu, ita vir qui non potest cohibere spiritum suum. ( Prov. xxv, 27.) C'est par là que les couvents où l'on n'observe pas le silence deviennent semblables à des maisons mondaines plutôt qu'à des demeures religieuses. Les portes du dedans et du dehors y restent ouvertes; les séculiers circulent de toutes parts; le bruit ne discontinue pas de tous le^s côtés ; les religieux entrent dans la cellule les uns des autres et s'y rencontrent avec des gens du monde : la confusion de] Babylone règne au milieu de Jérusalem, cité de la paix. Ces religieux diront peut-être, afin de s'excuser, qu'ils agissent ainsi sans malice et uniquement pour passer le temps. « Quiconque parle ce langage, réplique saint Bernard, est un insensé, ne prenant point garde à la perte qu'il fait : Non advertit insipiens quid amittat. (Serm. 17 de divin.) Vous vous amusez à parler, ajoute ce saint, pour que l'heure passe et que le temps s'écoule. Mais cette heure , c'est l'heure accordée par la miséricorde divine pour faire pénitence, obtenir le pardon de vos péchés, acquérir la perfection et mériter la gloire! Mais ce temps, c'est le temps qui vous est donné pour vous concilier la bienveillance du Seigneur et vous rendre digne de la société des anges , pour gémir de la perte de votre héritage céleste, pour soupirer après la félicité éternelle qui vous est promise, et pour exciter votre volonté lâche à pleurer vos péchés. Quelle folie de le perdre ainsi !»

La qualité de Frères Prêcheurs, d'enfants de saint Dominique, est pour nous un motif plus pressant de demeurer fidèles au silence. Ce bienheureux Père, notre parfait modèle, était si fidèle gardien de sa langue, rapportent ses historiens, qu'il ne parlait qu'à Dieu ou de Dieu. Linguœ observcmiissimus custos, non nisi cum Dec aut de Deo loquebatur. Les constitutions qu'il nous a données ne fixent point de récréations. Nos premiers Pères, après leur repas, se retiraient dans la cellule ou à l'église; et s'ils s'assemblaient, c'était pour se délasser pieusement par des conférences spirituelles , s'animer à la ferveur, s'instruire de la manière dont ils devaient travailler à leur perfection et au salut des âmes. C'est

Page 1