‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 223 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

par concession des Souverains Pontifes, disent divers auteurs, que nous avons à présent des récréations chaque jour.

Les mêmes constitutions, qui ne parlent d'aucune récréation , s'appliquent souvent à nous enjoindre un silence continuel dans le cloître, le dortoir, les cellules, le réfectoire et l'église ou l'oratoire des Frères : Sileniium teneant Fratres nostri in claustro, in dormitorio, incellis, in refectorio et in oratorio Fratrum, (N° 195.) S'il survient, par hasard, une réelle nécessité, on ne peut toutefois parler dans ces cinq endroits que d'une manière imparfaite, à demi-mot, à voix basse, ou mieux encore , par signe : Nisi forte silenier aliquid loquantur, non tamen oraiione perfecia. En dehors même de ces lieux réguliers, nous ne pouvons parler qu'avec une permission spéciale du supérieur. Le bienheureux Henri Suso, étant dans un couvent où l'on ne tenait pas aussi strictement à l'observation du silence , quand il avait besoin de discourir un certain temps, ou qu'il était demandé au parloir, se mettait à genoux à son prie- Dieu avant de quitter la cellule, et il demandait à Dieu même la permission de parler, en disant : Jubé, Domine, benedicere. Ainsi, il suppléait de son mieux aux permissions qu'il lui était impossible de demander.

La rigueur de notre silence paraît mieux, si l'on médite certains détails de notre législation. 1° Depuis le signe qui suit Compiles jusqu'à Prime, et depuis celui que l'on donne après dîner jusqu'à la fin de None, en été, le silence est plus sacré et, pour ainsi dire, inviolable. 2° A table, nous devons nous taire, non seulement quand nous mangeons au réfectoire, mais partout ailleurs, « sur terre ou sur mer, » sive in terra sive in mari. {N° 201.) 3° Si quelqu'un rompt ce silence de propos délibéré, ou donne à un autre la permission de parler à table, il est condamné à ne boire que de l'eau à dîner et à faire d'autres pénitences rigoureuses. 4° L'absolution des coulpes, qui décharge le religieux des fautes contraires au silence, ne s'étend pas aux fautes contre le silence à table, à moins qu'elle ne soit donnée par le provincial. Il y a pourtant cette différence entre les diverses applications du silence à table, qu'aucun supérieur, même le Général de l'Ordre, ne peut par-

1er ni donner la permission de parler en mangeant au réfectoire, tandis que, hors delà, comme aux hospices ou aux infirmeries, le plus ancien peut parler ou donner cette permission à un autre. Mais s'il cède à un père ce droit ou cette faveur, il ne l'a plus pour lui-même; il doit donc se taire sans pouvoir entretenir aucune conversation : Et tune ipse taceat, comme il est expliqué plus au long dans nos constitutions.

La manière dont ces dernières parlent du silence moyen luimême, contribue à faire mieux comprendre encore l'importance majeure du silence dans l'Ordre. Car si quelqu'un le rompt par coutume, on lui fait subir la peine de la coulpe griève, dont la sévérité est connue : Gravis culpa est..., si quis silentium non lenere in consuetudinem duœerit. Ce qui , en nous montrant la grandeur des fautes contre le silence moyen, nous indique aussi avec quelle facilité on y tombe. En effet, nos législateurs auraient pu citer beaucoup d'autres infractions légères dont la coutume constitue une coulpe grave. Mais, avec l'expérience qu'ils avaient de ce qui se passe tous les jours , ils ont choisi pour unique exemple l'habitude de manquer au silence," comme la chose qui survient le plus ordinairement , celle dont les religieux ont besoin de se garder avec plus d'attention, et à laquelle les supérieurs doivent veiller avec le plus de fermeté.

ARTICLE III Importance particulière du silence pour les novices.

Saint Basile et les autres écrivains ascétiques-recommandent surtout l'observation du silence à ceux qui sont novices dans la vie religieuse. En effet, ils sont disciples dans la perfection, en particulier dans l'art de converser saintement. Or le moyen d'apprendre cet art difficile, c'est de bien observer le silence. Les jeunes religieux viennent du monde avec l'habitude de s'entretenir de tout ce qu'ils voient, entendent ou imaginent dans leur tête extrêmement active; en un mot, de parler en tout temps, en tout lieu et sur le ton qui leur plaît.

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