DE LA FERVEUR
1» Nature et motifs de la ferveur; 2» qualités de la ferveur; 3» mal de la tiédeur, qui est l'opposé de la ferveur; 4° remèdes à la tiédeur.
ARTICLE I Nature et motifs de la ferveur.
La ferveur est un désir ardent et une volonté généreuse de plaire à Dieu en faisant sa volonté sainte en toutes choses. Ce, désir, dit saint Thomas, prend sa source dans un grand amour ; car l'amour fait toujours souhaiter de plaire à celui qu'on aime, en se conformant à sa volonté.
Il y a différentes espèces de ferveur. L'une s'appelle ferveur sensible ; on l'éprouve le plus souvent lorsqu'on commence à servir Dieu dans l'état religieux. Elle consiste dans des consolations et des goûts agréables , qui nous font supporter avec plaisir toutes les peines attachées à la pratique de nos devoirs , et nous font agir avec autant et plus . d'ardeur que les parfaits. Mais cette ferveur ne dure pas longtemps ; elle se calme peu à peu , soit parce qu'elle est comme un lait spirituel destiné à nous faire oublier le monde, et qui doit être remplacé ensuite par une nourriture plus solide ; soit parce que cette ferveur vient de la nouveauté des objets qui frappent les commençants, et qui peu à peu, en leur devenaîit familiers , cessent de leur faire la même impression ; soit parce que Dieu , qui leur a donné ces consolations pour les encourager, les leur retire dès qu'elles mena-
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cent de devenir un aliment à la vaine complaisance ou un obstacle au renoncement.
Il y a une autre sorte de ferveur, qui se rencontre parmi les personnes plus avancées dans la perfection. Elle vient d'une vertu solide et courageuse, et surtout d'une charité plus ardente que celle du commun des hommes. Cette charité les porte à entreprendre, pour plaire à Dieu, tout ce qu'elles savent pouvoir contribuer à sa gloire et à leur perfection, même quand elles n'en reçoivent pas de consolations sensibles et vivent dans de grandes sécheresses intérieures. Car, « le véritable fervent, dit saint Basile, ne cesse de faire la volonté de Dieu avec une ardente affection , avec un désir insatiable de lui plaire, et avec une diligence assidue. )\Spi' ritu fervens est, qui ardenti studio, inexplehili cupiditate, et assidua diligentia, voluntatem Dei facit. (In Reg. brev.)
Nous voulons principalement parler de cette seconde espèce de ferveur, et expliquer les motifs les plus capables de l'exciter ou de l'entreteair, qui sont : la grandeur du Dieu que nous servons; les nombreuses obligations de notre état; la dignité de la récompense que nous attendons de nos services ; les beaux exemples qui nous ont été donnés de cette ferveur par Jésus-Christ, les Apôtres, les premiers chrétiens et les saints de notre Ordre.
D'abord , pour avoir une grande ferveur au service de Dieu, on commencera par se pénétrer des sentiments les plus vifs et les plus profonds d'estime, de respect et d'amour envers les infinies perfections de Dieu. Car celui ^ui considère avec une sérieuse attention ces perfections divines , sera tout de suite convaincu qu'il est impossible de chercher à plaire à Dieu ni d'embrasser ses intérêts avec assez de dévouement et d'ardeur. Saint Paul ne trouvait pas de motif plus puissant pour exhorter les premiers chrétiens à vivre dans une ferveur d'esprit toujours nouvelle. « Soyez fervents, disait-il, car c'est le Seigneur que vous servez. » Spiritu ferventes, Domino sermenles. (Rom. xii, 11.)
En effet, si, d'après la pensée de l'Apôtre, la qualité du service doit se mesurer à la qualité de la personne à laquelle il