‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 23 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

gloire de Dieu. Cette vérité est rendue bien saisissable par la comparaison commune aux auteurs spirituels. Comme celui qui donnerait à son bienfaiteur le fruit d'un arbre qu'il possède et Varhre lui-même donnerait davantage que s'il offrait seulement le fruit et gardait l'arbre à sa disposition; ainsi les religieux donnent beaucoup plus à Dieu que les gens du monde, parce qu'ils lui donnent non seulement leurs bonnes oeuvres, mais aussi la racine féconde d'où elles sont sorties et peuvent sortir encore, bien persuadés que nul mieux que Lui n'est capable d'en tirer des fruits toujours plus nombreux et toujours plus exquis.

3° Enfin si l'on veut considérer les actions sous le rapport du mérite, celui-ci est d'autant plus grand qu'elles sortent d'une volonté plus parfaite ; car la bonté des actes extérieurs dépend, avant tout, du principe d'où ils émanent. Or les actions qui se font en vertu du vœu, naissent d'une volonté plus parfaite que les actions qui, renfermant du reste la même qualité et la même quantité de bien , sont faites sans vœu. En effet, la volonté est d'autant plus parfaite qu'elle est plus ferme, plus constante et plus inébranlable; et c'est précisément lô propre du vœu de donner à la volonté cette fixité, et cette énergie invincible pour le bien, comme le dit saint Thomas : Per votum immobiliter voluntas firmatur in bo> num. — Que d'avantages réunis dans la profession 1 Que Dieu est bon d'en faire part aux âmes qui ont faim et soif de la perfection I Qu'il est bon de nous avoir compris dans ce nombre et de nous ouvrir sans mesure le trésor de tous ces biens!

§ III. — Paraphrase du psaume 115, en reooimaissanoe de la profession

religieuse.

Puisque la profession est quelque chose de si excellent, les religieux doivent continuellement remercier le Seigneur de leur avoir procuré une telle faveur. Pour lui exprimer leur reconnaissance, ils peuvent s'inspirer des paroles de David, et dire souvent avec toute l'efîusion de leur cœur : « Quelles actions de grâce vous rendrai-je, Seigneur, pour |pus les biens

dont vous m'avez comblé? Quid retribuam Domino pro omnibus quse reiribuitjnihi?

« De toute éternité, vous avez pensé à moi. Dans le temps, vous m'avez formé à votre image et à votre ressemblance ; vous m'avez donné un corps et une âme capables de vous connaître et de vous servir; vous m'avez fait naître dans l'Église catholique, tandis que vous laissez tant de faux chrétiens dans l'hérésie. J'ai péché depuis mon baptême, et vous m'avez purifié de mes péchés dans la pénitence. Pendant de longues années j'ai continué d'abuser de vos miséricordes, de résister aux mille inspirations intérieures que vous me donniez. Mais, ô Dieu très clément, loin de m' abandonner vous m'avez comblé de nouvelles bontés en m'appelant à la profession religieuse, qui est la plus grande faveur que vous puissiez faire à votre créature après celle de la vocation au christianisme. Quelles actions de grâce vous rendrai-je donc, ô Seigneur, pour tous vos anciens bienfaits et pour celui de la vocation religieuse qui les couronne si bien : Quid retribuam Domino?

« La reconnaissance que vous demandez de moi , Seigneur, c'est la fidélité à cette grâce insigne de ma vocation. J'embrasse donc la vie religieuse comme un calice de salut : Calicem salutaris accipiam. Galice rempli de larmes et de mortifications, comme le calice de Jésus agonisant; mais aussi breuvage incomparable qui enivre mon âme de consolations célestes, et met en sûreté mon avenir éternel : Calix meus inebrians quam praeclarus est / (Ps. xxii, 5 .) Caries âpretés de mon état sont suivies de douceurs spirituelles ; les larmes qu'il fait verser éteignent les flammes de l'enfer; ses jeûnes nourrissent l'âme ; ses veilles la fortifient ; tout y dispose à recevoir avec surabondance les délices intérieures de la.grâce. Je saisis donc volontiers ce calice de salut, mêlé d'amertumes et de suavités, en reconnaissance de toutes les faveurs que vous m'avez faites : Calicem salutaris accipiam. Dans la création, c'est notrb de humaine que vous nous avez donnée ; dans la rédemption , vous nous avez communiqué votre vie divine par votre Fils. Si donc, comme dit saint Bernard, je me dois tout entier à vous pour m'avoir fait d'un seul mot, que vous

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