‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 24 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

rendrai -je pour m'avoir refait dans la rédemption par des prodiges de bonté et des mystères de souffrance? Si tolum debeo pro me facto, ^quid addam pro me refacto? Quand même je pourrais me multiplier mille fois, recommencer mille fois ma vie, et chaque fois me redonner à vous, que suis -je à vos yeux, ô Seigneur? Ce que j'ai de meilleur pour reconnaître tous vos bienfaits, c'est l'acceptation joyeuse des devoirs de ma profession. Je les prends donc tous ensemble et je vous les offre : Calicem salutaris accipiam. Mais cet état est si grand, que pour en remplir fidèlement les devoirs je ne puis compter sur mes propres forces, qui ne sont que faiblesse; je m'appuierai donc uniquement sur le secours de votre divine grâce; et pour l'obtenir j'invoquerai chaque jour votre saint nom : Et nomen Domini invocabo !

« Seigneur tout-puissant , soutenu par la force de votre bras, je tiendrai ce calice jusqu'à la fin ; je le boirai jusqu'à la lie, jusqu'à la mort. mort des saints religieux, que tu es précieuse aux yeux du Seigneur ! Pretiosa in conspeclu Domini mors sanctorum ejusf Oui, la, vie religieuse est véritablement une mort , mors spontanea , comme l'appelle saint Jean Glimaque. C'est une mort corporelle ; car, par ses souffrances, elle fait descendre lentement dans le tombeau. C'est une mort spirituelle , car ceux qui l'embrassent meurent au monde et à leurs passions; de sorte que, semblables aux morts, ils n'ont d'eux-mêmes aucun mouvement, aucun sentiment, et dépendent en tout de la grâce de Dieu. Cette mort de la profession religieuse paraît humiliante et terrible aux yeux des hommes charnels, mais qu'elle est précieuse devant le Seigneur 1 Quam pretiosa/ Elle est précieuse, car elle satisfait à la dette immense de nos péchés ; elle est précieuse , car elle procure des biens infinis. C'est le passage de la mort à la vie, du travail au repos, de la crainte à la sécurité, de la pauvrelé à l'abondance, de la tristesse à la joie, de la guerre à la paix, de l'affliction à la consolation , de la vie du temps à celle de l'éternité : Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejusf Heureux ceux qui meurent ainsi au monde et au péché par la profession religieuse ! ils sont assurés d'expirer ensuite

dans le baiser du Seigneur : Beati mortui qui in Domino mo~ riuniur. (Apoc. xiv, 13.)

« Ce bonlieur est à moi, ô Seigneur, car cette profession est mon partage. Je suis donc doublement votre serviteur: Domine, quia ego servus iuus. Je l'étais dès ma naissance, puisque c'est vous, ô mon Maîlre, qui m'avez créé et racheté; mais je le suis à un autre titre , parce que je l'ai choisi dans ma profession. J'ai donné solennellement ma parole, il m'est impossible de contester vos droits. Je ne le tenterai jamais. Au contraire, je les consacre de nouveau par mon amour : Ego servus iuus. Heureux esclavage, qui, en m'attachant à vous , me rend en même temps le fils de votre servante : Et filius ancillae iuœ. J'étais par le baptême fils de votre Église; par ma vocation je me donne plus complètement à elle; mais je deviens aussi le fils de la vierge Marie, qui se nomma elle-même la servante du Seigneur : Et filius ancillse tuse. Marie I l'ordre des Frères prêcheurs , dont je suis membre, vous proclame sa véritable Mère. C'est vous qui, dans votre sollicitude maternelle, avez obtenu de votre Fils son institution ; vous visitiez jour et nuit ses premiers enfants pour répandre sur eux vos bénédictions ; vous les avez merveilleusement protégés contre les ennemis qui les persécutaient. Maintenant encore vous présidez à leur vocation; vous les aidez à la persévérance ; vous dissipez leurs tentations ; vous les consolez dans leurs afflictions ; vous les fortifiez dans leurs faiblesses ; vous adoucissez leurs amertumes ; vous les animez à la pénitence ; vous encouragez leur zèle ; vous faites fructifier leur ministère, et vous leur réservez jusque dans le ciel une singulière prédilection. Faites, ô Vierge immaculée, que je vous aime tendrement toute ma vie comme ma très bonne, ma très chère, ma très aimable Mère; et qu'ayant l'honneur d'être du nombre de vos enfants, je m'en montre digne par l'imitation de vos vertus jusqu'à la mort.

« Dieu des armées , c'est maintenant que vous avez terrassé mes ennemis et que vous avez brisé mes chaînes : Dirupisti vincula mea. J'étais enchaîné par le trop grand attachement à moi-même, à mes parents et aux vains plai-

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sirs. Mais, ô mon Dieu! vous avez brisé tous ces liens. Plus rien ne n/arrête; et dans cet état de sainte liberté je veux vous sacrifier une hostie de louange : Tibi sacrificabo hostiam laudisf

« Seigneur, Dieu des vertus ! vous ne voulez plus qu'on vous immole des béliers et des taureaux comme dans l'ancienne loi. Le vrai sacrifice que vous aimez, c'est celui d'un cœur contrit et humilié. mon cœur, prépare ce sacrifice dont tu es en même temps la victime et le prêtre : Tu victima, tu sacerdosf Oui, mon Dieu, je veux que toutes mes pensées, toutes mes prières , tous mes offices , touTes mes actions forment un concert de louanges : Tibi sacrificabo hostiam laudisf J'ai fait ce sacrifice à la face de vos autels et de vos saints anges ; je le renouvelle du plus profond de mon âme; et, afin qu'il vous soit plus agréable, j'implore la vertu de votre saint nom : Et nomen Domini invocabo /

« Et maintenant, que me reste-t-il , si ce n*est de rendre mes vœux au Seigneur pendant tout le temps de ma vie : Vota mea Domino reddam? Aussi désormais je mépriserai les plaisirs du corps , je foulerai aux pieds les richesses , et j'ensevelirai ma volonté dans l'obéissance : Vota mea Domino reddam. Quelque rude, quelque incompréhensible, et quelque mortifiant que soit ce qu'on exigera de moi, je l'exécuterai avec une fidélité inviolable : Vota mea reddam. Je veux que cette fidélité serve d'exemple à tout le peuple chrétien : In conspectu cmnis populi ejus, afin que partout on connaisse que le joug du Seigneur est doux, et que les travaux de la vie religieuse donnent des forces pour observer les divins commandements. Par là, les fidèles dans le monde seront animés à mieux servir le Seigneur, à pratiquer plus courageusement la pénitence, et à imiter plus fidèlement les vertus de Jésus- Christ. J'observerai ma règle et mes vœux dans tous les couvents où je serai envoyé , et qui sont tous comme le portique de la maison de Dieu, c'est-à-dire du Ciel : In atriis domus Domini. Ah ! Seigneur, combien j'ai soupiré après ce portique sacré I Que j'ai versé de larmes; que j'ai fait de prières pour obtenir de m'y

abriter; et que je suis heureux de me voir enfin reçu au

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nombre de vos enfants, fixé dans votre depoeure I Ne permellez pas que je la quitte jamais. Donnez- moi, au contraire, de m'élover de vertu en vertu jusqu'à ce que j'arrive à la montagne de Sion ; que j'entre dans l'intérieur même de votre saint Temple, et que j'habite éternellement la céleste Jérusalem.

« sainte cité ! quand serai-je au milieu de tes murs, en la compagnie des saints et des anges : In medio tui Jérusalem! Ce sera dans ce jour éternel que j'accomplirai mes vœux selon toute l'étendue de leur perfection. Alors mon obéissance sera consommée, et ma volonté transformée en celle de Dieu ; ma chasteté deviendra toute céleste, semblable à celle des anges ; et ma pauvreté se trouvera changée en la possession du royaume des Gieux. Heureux donc et mille fois heureux les religieux qui observent fidèlement les promesses de leur profession, puisque leur récompense doit être de voir Dieu face à face, de l'aimer sans lassitude, et de le posséder à tout jamais! Amen ! Qu'il en soit ainsi ! Amen 1 »

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