‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 230 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

plus qu'à convertir le monde et à l'embraser du feu de la charité. Eux qui auparavant n'osaient pas môme défendre l'innocence du Sauveur, et se cachaient en tremblant, se mirent à prêcher hardiment sa divinité, se montrèrent inflexibles devant les tyrans et la mort. Formés par les Apôtres, les chrétiens des premiers siècles firent preuve à leur tour d'une ferveur qui nous fait rougir. Ils avaient un inviolable attachement au service de Dieu, une haute estime de sa loi, une ardeur infatigable dans la prière, un sentiment élevé du devoir, et une profonde horreur de tout péché. A leur tête marchaient les martyrs, si remplis de force et de zèle qu'ils désiraient souffrir les plus cruels tourments pour le saint nom de Dieu , et que , poussés parfois par cette ferveur surnaturelle, ils se présentaient d'eux-mêmes devant le tyran, frappé de stupeur d'une telle soif du martyre. Tous les saints , et particulièrement ceux de notre Ordre, avaient une si grande générosité dans leurs devoirs de religion et le service du prochain, qu'ils ne respiraient, qu'ils n'agissaient que pour plaire à Dieu et procurer sa gloire. Rien n'était capable de les arrêî ter; ils ne se lassaient jamais du travail, et ils surmontaient avec un courage indomptable toutes les difficultés. Plus elles étaient grandes, plus aussi ils excitaient leur zèle, fai- % sant de grands efforts pour accomplir des actions héroïques I à l'honneur de leur Maître. Pensons souvent à tous ces I grands exemples pour nous animer à les suivre, et si nous I ne pouvons pas arriver à une si sublime perfection, travail- I Ions du moins tous les jours à pratiquer les vertus de notre 1 vocation avec une ferveur croissante. Pour Dieu, jamais 1 assez.

\ ARTICLE II

Qualités de la véritable ferveur

Les qualités de la ferveur sont aussi nombreuses que va-

Iriées : contentons -nous de dire qu'elle se met à l'œuvre avec ardeur, qu'elle se soutient dans la constance, qu'elle s'épanouit dans la joie.

Les deux premières de ces qualités nous sont indiquées par saint Basile : « J'estime, dit ce Père, que la ferveur est un désir de plaire à Dieu en toutes choses, désir véhément, stable et constant. » Fervorem esse existimo cwpiditatem vehementem, stabilem, constantem placendi Deo in omnibus. (In Reg. brev.) La troisième qualité se trouve recommandée par l'enseignement de tous les saints.

1" La ferveur doit être véhémente. Il lui faut, en effet, de la vivacité afin de nous élever au-dessus de la nature et de nous faire vaincre tous les obstacles qui se rencontrent dans le service de Dieu. Ces obstacles, on a pu le remarquer, sont nombreux et humainement insurmontables. Mais la ferveur, feu surnaturel allumé sur la terre par une main divine, est toujours en mouvement pour nous approcher de Dieu malgré les obstacles, et nous faire exécuter en tout sa volonté. Par la ferveur, la charité est toujours agissante : elle fait beaucoup de choses, et croit en avoir fait très peu; elle en accomplit de grandes , et se persuade qu'elles sont petites : Charilas operalw muUa et reputat pauca; operatur magna et reputat parva. (S. Thom.)

i° La ferveur doit être stable et pour cela réglée par la prudence; sans quoi elle ne serait plus une vertu : Fervor non est virtuosus nisi sit ordinatus. (S. Th. 2. 2., 106.) Elle est donc fausse et indiscrète, cette ferveur qui vient uniquement d'un naturel impétueux, pousse à des efforts excessifs de corps et d'esprit, et gâte tout, sous prétexte de mieux faire. Elle est encore indiscrète et fausse, cette ferveur qui naît d'un fond d'amour-propre, affecte des singularités pour se distinguer aux yeux des autres , et nous porte à faire des choses de surérogation dans les exercices qui paraissent au dehors. La véritable ferveur, dans un couvent bien réglé^ consiste, pour l'extérieur, à mener une vie commune mais édifiante, en suivant exactement l'ordre établi, dans tout ce qui est conforme aux lois et à l'esprit de la religion. Elle consiste, pour l'intérieur, à mener une vio crucifiée, souffrant toutes les peines en vue de plaire à Dieu, et ne faisant rien pour satisfaire la propre volonté. Il faut une ferveur

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