‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 233 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

sieurs points de ses constitutions , et il ne pensera pas qu'il transgresse continuellement les autres et les méprise, comme s'ils étaient de peu de conséquence. Qui sait s'il n'ira pas jusqu'à se croire exemplaire et spirituel , parce qu'il fréquente les sacrements et fait les prières, les méditations et les autres pratiques ordinaires de la religion? Et cependant, la vérité est qu'il fait ses exercices sans attention, ses méditations sans fruit, ses confessions sans contrition ni amendement, ses communions sans amour ni fruits de sacrifice , toutes ses actions sans esprit intérieur. Mais, hélas! il est tombé dans l'aveuglement d'esprit et l'insensibilité de cœur, châtiments ordinaires de la négligence; qui parviendra à l'éclairer, à le ranimer?

Quand même les âmes tièdes connaîtraient leur état, il ne leur serait pas facile d'en sortir; car cène pourrait être qu'au prix de grands efforts pour résister aux tentations continuelles du démon , du monde et de la chair. Or elles ne sont nullement disposées à s'imposer ces grandes violences, tant est invétérée leur faiblesse et leur lâcheté. Ensuite, pour sortir d'un état si mauvais , on aurait besoin, outre ses propres efforts, d'un secours particulier de Dieu ; or Dieu retire ses grâces aux âmes tièdes ; en même temps qu'elles s'éloignent peu à peu de lui, par une juste mais terrible réciprocité, il s'éloigne d'elles ; il n'a plus pour elles que de la froideur, et il se contente de leur donner de ces secours très faibles qui, étant mis en œuvre avec nonchalance, ne suffiront probablement pas à réveiller l'âme et à guérir radicalement son mal.

Ainsi, non seulement cet état de langueur spirituelle offre peu de ressources pour revenir à une vie fervente, mais il contient les germes d'un mal plus grave ; car il prédispose au péché mortel et particulièrement au péché d'endurcissement, qui est un des plus redoutables. C'est par 1$;: qu'il est, d'une certaine manière, pire que l'état de froideur envers Dieu, et que l'Écriture peut dire sans exagération à l'âme tiède, comme on vient de l'entendre : « Plût à Dieu que tu fusses froide ou chaude ! » (Apoc. m, 15.) Les pécheurs, en effet, si glacés qu'ils soient , trouvent dans le cœur de Jésus des sentiments de tendresse et une ressource pour le pardon ; les âmes

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tièdes en sont rejetées à cause de leur ingratitude. Pourtant Dieu les avait appelées à un état de perfection ; il leur avait fait goûter le don céleste; il les avait souvent arrosées de ses grâces de prédilection; mais elles ont abusé de ces secours; elles n'ont produit que des ronces et des épines: l'abandon du ciel est la conséquence de leurs infidélités et comme leur fin dernière. Quelle triste vie ! quelle redoutable éternité 11'

ARTICLE IV tleraèdes à la tiédeur.

Quand l'âme religieuse est saisie de crainte à la vue des périls de la tiédeur, loin de se laisser aller au découragement, elle doit s'empresser de chercher des remèdes efficaces pour se prémunir contre un si grand mal. Ces remèdes sont la prière, la méditation des grandes vérités de la religion, la fidélité aux exercices de piété et l'imitation des bons exemples.

1° Avant tout il faut demander tous les jours à Dieu, avec confiance, la ferveur dans son service, et espérer fermement l'obtenir; car il a promis d'accorder tout ce qu'on lui demanderait dans l'ordre du salut , et il est infaillible dans ses promesses. On doit prier en particulier l'Esprit -Saint, qui est un Esprit de ferveur, de renouveler notre âme, par elle-même si pusillanime et si inconstante. Ces désirs d'un renouvellement intérieur, ces craintes de la tiédeur, ces pressantes supplications dirigées vers Dieu , sont une preuve qu'on commence à posséder son amour et qu'on ne sera pas délaissé de lui.

20 II faut méditer souventsurles vérités qui suivent, ou autres semblables, que chacun peut approfondir : Le Maître que nous servons est infiniment grand ; il nous est toujours présent , et il est digne d'être servi avec perfection. — Les récompenses qu'il nous a promises méritent qu'on lui obéisse avec toute l'activité et toute l'ardeur possibles. — Sauver notre âme est notre grande et unique affaire en ce monde; et nous ne pouvons la sauver qu'en faisant nos exercices de piété avec ferveur. — Nous avons

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