TROISIEME PARTIE
à expier beaucoup de péchés, et nous n'y parviendrons pas sans embrasser la pénitence, sans pratiquer les bonnes œuvres avec un amour ardent. — Enfin , nous avons à combattre des ennemis qui font tous leurs etïorts pour nous perdre, et nous ne pouvons les vaincre que par des efforts plus grands et plus constants que les leurs. — Du reste, notre fin approche; après elle il ne sera plus temps d'acquérir des mérites, tandis que nous pouvons nous préparer maintenant à une mort précieuse devant Dieu, par nos bonnes œuvres faites avec ferveur. Le jugement qui menace; l'enfer où nous pouvons tomber; le ciel ouvert devant nous : quels motifs de nous hâter à opérer généreusement notre perfection! — Mais quels ne seront pas , aux dernières heures de la vie , les regrets d'un religieux négligent, alors que les nuages amoncelés depuis longtemps dans son âme par la tiédeur se dissiperont, et qu'il verra ses péchés tels qu'ils sont! Les reproches qu'il s'adressera à lui-même et ceux que Dieu lui fera entendre, lui seront un enfer anticipé, Le Seigneur lui reprochera surtout l'abus de la grâce spéciale et inestimable qu'il lui a faite en l'appelant à l'état religieux , tandis qu'il laissait des milliers de chrétiens dans les dangers du monde. Il lui reprochera l'abus des grâces surabondantes qu'il lui a préparées dans l'état de perfection, pour y vivre plus purement que dans le siècle, et pour lui être intimement uni, entièrement dévoué, irrévocablement consacré 1 Que pourra répondre ce religieux infortuné? et à quoi lui serviront ses larmes?
3° La fidélité aux exercices de la vie commune est un autre remède contre la tiédeur; car elle nous fait accomplir sam cesse des choses très agréables à Dieu , puisqu'elles sont conformes à sa sainte volonté. Elle nous y exerce d'une manière active et constante; or cette pratique empressée el permanente de choses agréables à Dieu est le résumé de la ferveur et l'opposé de la tiédeur. Aussi, après la mort, ce que le religieux négligent se reprochera plus amèrement, ce sera de n'avoir point profité de tant d'exercices de communauté , de pratiques d'obéissance, de lectures spirituelles, d'oraisons, de chapitrée , de directions , d'instructions et d'autres grâces
capables de convertir un grand nombre de païens. II se reprochera de les avoir rendues inutiles par sa tiédeur, d'en avoir même fait autant d'occasions de péché et de mauvais exemple. Il se reprochera d'avoir vécu dans une dissipation continuelle, par les infractions au silence, par les immodesties et les visites inutiles; d'avoir perdu enfin tout le mérite de ses devoirs de règle et la place éminente qui lui avait été préparée dans le ciel. On a vu, à l'article de la mort, des religieux si terrifiés par ces reproches de la conscience , qu'ils ont fini dans une espèce de désespoir.
Quant aux âmes ferventes et fidèles, mais d'une conscience timorée, nous leur redirons de ne pas trop s'alarmer lorsqu'elles ne se sentent pas une grande ferveur dans le service de Dieu. Quelles que soient les réflexions et les applications personnelles que leur suggère la lecture de tout ce qui précède, elles doivent, par-dessus tout, se confier dans la bonté divine; placer les décisions de leur directeur, qui sont spécialement pour elles l'expression de la volonté de Dieu , au-dessus de toutes les considérations renfermées dans les livres les plus estimés, et se maintenir dans la volonté bien ferme de ne jamais manquer sciemment à leurs obligations : cette disposition leur suffit pour être à bon droit dans la confiance et la paix.
4° Un dernier remède contre la tiédeur, c'est de considérer l'exemple des religieux fervents qui nous entourent. Dans ce but, il faut savoir distinguer entre le religieux qui est fervent et celui qui est tiède. Or les traits qui font le contraste entre l'un et l'autre ressortiront d'eux-mêmes du parallèle suivant :
Parallèle entre le religieux fervent et le religieux tiède.
1° Un religieux fervent observe sa règle jusque dans les choses les plus petites ; car la moindre appréhension de déplaire au divin Maître suffit pour le décider à tout. — Un religieux, tiède, au contraire, viole souvent sa règle, se dispense, autant qu'il le peut, des exercices de communauté, n'aime ni l'oraison ni l'étude de l'Écriture sainte, est très sensible aux jugements humains, et perd son temps dans des inutilités.