TROISIÈME PARTIE
2o Un religieux fervent trouve ordinairement du plaisir dans les devoirs de la religion, et, s'il y rencontre parfois des peines, il ne s'en rebute point; car sa ferveur change ses peines en bonheur, par l'onction qu'elle répand dans son âme. Elle lui fait même ajouter aux œuvres d'obligation des oraisons, des austérités et des pratiques de dévotion qu'il s'impose à lui-même, avec la permission de son confesseur ou de son supérieur. Aussi est-il toujours content, et n'a-t-il que des manières douces et gracieuses, même à l'égard de ceux qui pourraient lui causer de la peine. — Un religieux tiède regarde les observances régulières comme un joug insupportable. Il souffre toute l'amertume des peines de son état , sans en ressentir la douceur et sans en avoir le mérite. Il est donc toujours à charge à lui-même, et ne peut s'empêcher de le laisser connaître au dehors.
3° Un religieux fervent se maintient dans une grande pureté de conscience , et ne commet, de propos délibéré, aucune faute volontaire, même vénielle ; il évite pour cela les moindres occasions capables de le porter au mal et de lé détourner de-la perfection. — Un religieux tiède ne sait pas se résoudre à fuir les occasions, ne voulant se donner pour cela aucun mal; il commet continuellement des fautes volontaires, et parfois elles sont si considérables, que c'est à se demander s'il n'est pas en péché mortel.
4° Un religieux fervent, quelque progrès qu'il ait fait, travaille toujours à s'avancer dans la sainteté, comme le prescrit saint Augustin: « Ajoutez toujours, marchez toujours, profitez toujours, ne restez pas en chemin. » Sèmperadde, semper amhula, semper projîce, noli remanere in via. (Serm. de verb. apost. xv.) — Un religieux tiède ne se met nullement en peine de devenir meilleur; il ne profite pas des occasions d'avancer, et fait semblant de ne pas les apercevoir. Son état est voisin de la mort, et il n'appréhende rien, tant il est aveuglé : Vicina morti labes, torpor anima/nmi.
5** Un religieux fervent est le soutien de la régularité ; par son exemple il entretient les saintes traditions, l'exactitude à tous les exercices du couvent; et sa présence maintient les
autres dans le devoir. — Un religieux tiède est le destructeur de la régularité. Les points de règle jadis en vigueur ne s'observent plus qu'imparfaitement, les saintes coutumes s'abolissent peu à peu, les abus s'introduisent, la discipline et le bon ordre se relâchent. Il entraîne après lui tous ceux qui sont disposés à la négligence, et il est capable, à la longue, de gâter toute une communauté, surtout s'il est recommandable par son âge, ou s'il est homme de crédit, de talent, démérite humain. Le malheureux ne scandalise pas seulement des enfants , de simples fidèles, unum ex his pusillis, mais des âmes religieuses, des âmes privilégiées, des âmes qui devaient être le salut du monde I N'est-ce pas là une responsabilité effrayante?
Demandons à Dieu la grâce de n'être jamais du nombre des religieux tièdes , mais de celui des religieux fervents. Si nous n'avons pas encore toute la ferveur que nous devrions posséder, ni même celle que nous avions dans les premières années de notre entrée en religion , nous étant relâchés par un effet de notre faiblesse et de notre inconstance, prions le Seigneur de fortifier l'une, de fixer l'autre, et de ne pas permettre que nous tombions dans la torpeur spirituelle.
Supplions saint Dominique, notre père, de nous obtenir de Dieu une ferveur semblable à la sienne. Qu'il devait être beau de l'entendre chanter les louanges divines au chœur, avec les sentiments les plus vifs de dévotion, d'amour, d'adoration et de recueillement! Ses nuits se passaient dans l'église, en présence de Jésus -Christ, dans d'admirables transports, tantôt prosterné à terre , tantôt à genoux, tantôt élevant les mains vers le ciel. Mais surtout, quelle ferveur quand il célébrait le saint sacrifice de la messe, et s'unissait à son Ré dempteur en répandant beaucoup de larmes! L'observance des pratiques régulières, malgré leur austérité, ne lui suffisait pas pour employer son ardeur, et il y ajoutait beaucoup de pratiques volontaires, toutes animées et embellies par son amour de Dieu. Dans l'œuvre du salut des âmes, il était si zélé et si fervent, qu'il y employait tous ses instants;