‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 25 sur 361 · AUX DEVOIRS DE LEUR VOCATION · texte numérisé non relu

AUX DEVOIRS DE LEUR VOCATION

Que de religieux qui oublient vite leur première ferveur, et, après plusieurs années de profession, n'ont pas encore acquis une vertu solide! C'est qu'on n'a pas eu assez de soin, pendant le noviciat ,de leur inculquer les grandes vérités de l'Évangile. On s'est contenté de les former à quelques observances régulières qui sont bonnes et même nécessaires, mais qui ne suffisent pas pour fonder une vertu stable et donner l'esprit inléricur.

Le plaisir de la nouveauté, qui se trouve au début dans les différents exercices de l'état religieux, les avait bien rendus zélés pour un temps. Mais lorsqu'ils se sont accoutumés à ces sortes d'objets, leur ferveur a cessé, et ils sont tombés dans la dissipation. Qu'on ait soin de fonder la vertu des novices sur les principales maximes de l'Evangile, qu'on grave profondément dans leur esprit les vérités capitales de la religion: on verra, par expérience, qu'il y a en elles une vertu cachée, mais permanente, capable de conserver toujours la première ferveur, ou du moins de rappeler au devoir. On va donc expliquer ici ces importantes vérités, et faire voir le rapport qu'elles ont avec la fidélité aux obligations de la vie religieuse. Tous, novices et profès, acquerront en les méditant un accroissement de ferveur, et y trouveront un ferme appui pour leur persévérance. On résumera ces maximes dans sept articles qui traiteront : 1° de l'importance du salul; 2» de la nécessité de la pénitence; 3» de l'horreur du péché; 4° de la préparation à la mort; 3° de la crainte du jugement; 6° des peines de l'enfer; 7o des délices du paradis.

ARTICLE I

L'importance du saint.

l" Le salut est la grande et unique affaire ; 2» il faut travailler à faire son salut avec vigilance , crainte et tremblement; 3° les religieux ne peuvent travailler à leur salut qu'en observant exactement leur règle.

§ I. — Le salut est la grande et unique affaire.

Le salut est la grande et l'unique affaire que tout homme est chargé de traiter dans ce monde. Aussi la première instruction qu'on nous donne dans notre enfance , c'est que Dieu nous

a créés et mis au monde pour le connaître, l'aimer et le servir, et par ce moyen acquérir la vie éternelle. Notre salut n'est autre chose que cette vie bienheureuse dont nous jouirons dans le Ciel, si nous nous appliquons sur la terre à servir Dieu de tout notre cœur. L'homme n'est donc ici- bas ni pour jouir d'une bonne santé, ni pour amasser des richesses, ni pour briller par le talent, ni pour parvenir à des places distinguées, mais pour faire son salut en craignant Dieu et en gardant ses commandements par amour. « C'est là tout l'homme. » Deum time et mandata ejus observa ; hoc est enim omms Aomo. (Ecoles. XII, 13.)

C'est du salut que Jésus-Christ parle, selon les saints Pères, lorsqu'il dit : Il n'y a qu'une chose nécessaire : Unum est necessarium. (Luc. x, 42.) La conclusion de cette maxime. est évidente : tout le reste est accessoire; tout passe, tout est perdu, hors ce qui contribue à nous sauver. Car «que servirait à un homme d'avoir gagné le monde entier s'il venait à perdre son âme ? Et quel échange pourrait compenser le dommage qu'il subirait en la perdant? » Quid prodesi homini, si mundum universum lucretur; animse vero suae detrimenium paiiatur? Aut quam dabithomo commutationempro anima sua ? (Mallh. XVI, 26.) Mais s'il n'y a rien d'utile en dehors du salut, dans l'ordre du salut ce qui n'était rien peut devenir un gain pour l'homme. La pauvreté , les maladies , les tristesses , les affronts, les renversements de fortune, les prisons, et la mort même la plus cruelle , tout peut nous aider à nous sauver ; tout conduit aux richesses éternelles, aux honneurs infinis, aux plaisirs ineffables, à une gloire incompréhensible : Exultahitis Isetitia inenarrabili et glorificata. (L Petr. i , 8.)

Le salut est une affaire si grande que Dieu y a pensé de toute éternité. Il a rapporté à ce but la création et la conservation de l'univers, et tout ce qu'il y a fait de merveilleux, dans l'ordre de la nature comme dans celui de la grâce. S'il a créé le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment; s'il les conserve chaque jour, c'est pour le salut de l'homme. S'il a formé des anges dès le commencement du monde , un des principaux emplois qu'il leur a confiés est de contribuer au salut de

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l'homme. Si dans l'ancienne loi il a envoyé des patriarches et des prophètes, c'est pour apprendre à son peuple la voie du salut. S'il a permis le renversement de tant d'empires et de dynasties ; s'il fait surgir de temps à autre des événements inattendus; s'il permet des troubles et des persécutions dans l'Église , c'est pour le salut des hommes. Enfin , c'est pour nous que Dieu a envoyé son propre Fils dans le monde et l'a livré à la mort: Proprio Filio suo non pepercit (Deus), sed pro nohis omnibus iradidit illum. (Rom. viii, 32.)

Oh ! que le salut de l'homme doit être quelque chose d'estimable, puisqu'un Dieu est descendu lui-même du ciel pour l'opérer ! Qui proptev nos homines, et propter nostram salutem descendit de cœlis, et incamaius est.

Nous ne sommes chrétiens que pour travailler à notre salut. Si dans le baptême nous avons été adoptés par le Père éternel, incorporés à son Fils et sanctifiés par son Esprit-Saint , c'est pour que nous parvenions à ce but. Et cette unique affaire est tellement nôtre, que nous sommes seuls, après Dieu, à pouvoir la faire réussir. Un roi travaille afin de rendre heureux ses sujets ; un évoque s'applique à diriger et à sauver ses brebis ; un père de famille amasse des richesses pour ses enfants. En cela, ils ne travaillent pas directement ni exclusivement pour eux ; mais lorsqu'on s'occupe à l'affaire du salut on travaille entièrement pour soi, et le gain direct n'est aucunement pour le prochain. Dans les autres affaires, quand elles réussissent mal, il y a des ressources encore : si on est malade, on peut se soulager par les remèdes; lorsqu'on échoue dans une entreprise , on peut en organiser une autre qui nous relève ; vient -on à perdre la protection d'un ami, on en rencontre d'autres qui prennent soin de nous ; et le malheur fût-il irrémédiable , il finit du moins avec la vie. Mais si nous manquions l'affaire du salut, personne ne pourrait y suppléer pour nous : tout serait perdu ; et ce malheur, loin de finir avec la vie, par la mort, deviendrait éternel.

§ II. — Il faut travailler à son salut avec vigilance, crainte et tremblement.

Puisque la question du salut est si décisive, il faut y travailler avec toute l'application et la vigilance dont on est capable. Car il est élémentaire en fait de sagesse d'apporter dans les affaires une application proportionnée à leur importance, et de négliger au besoin les choses secondaires pour assurer le succès de celles qui sont de plus grande conséquence. D'ailleurs, il se rencontre de nombreuses difficultés dans cette grande affaire; il faut donc apporter tous ses soins pour les vaincre. Jésus-Christ nous l'a dit lui-même : Le royaume des deux souffre violence, et il n'y a que les violents qui le ravissent. La voie qui conduit à la vie est étroite, et la porte par laquelle il faut passer pour y arriver est petite. (Matlh. xi , 12,

VIII, 14.) Les paraboles employées par Jésus-Christ sont d'accord avec ces graves maximes. Le salut est comparé à une pierre précieuse qu'il faut acheter au prix de tout son bien , et qu'on ne trouve qu'après avoir remué toute la maison. (Luc. XV, 8,9.) C'est un trésor caché dans un champ , et il faut creuser bien profondément pour le découvrir. (Malth. xiii, 44.) C'est une vigne qu'on doit travailler avec beaucoup de soin, si on veut en retirer du fruit. (Matth. xxi, 33, 42.) C'est un champ qu'il faut labourer sans s'arrêter et sans regarder derrière soi. (Luc.

IX, 62.) C'est un négoce dans lequel il faut faire valoir avec soin tous les talents reçus. (Matth. xxv, 14, 30.) Partout, sous ces différentes flgures , se cache le même enseignement : que l'affaire du salut exige toute notre application et tous nos soins, d'autant plus qu'à ces difficultés intrinsèques viennent se surajouter les oppositions soulevées par lios ennemis : le monde, la chair et le démon. Quelle violence ne faut-il donc pas se faire pour surmonter ces obstacles, qui tantôt se succèdent l'un à l'autre, tantôt se réunissent tous à la fois ! Et si l'on considère que ce travail est pour tous les temps, pour tous les âges, pour tous les lieux et pourtoutes les conditions, comment s'imaginer que sans une grande application on pourra se sauver ?

Après qu'on s'est bien appliqué à l'affaire du salut, on doit rester néanmoins dans la crainte et le tremblement. C'est

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saint, Paul qui nous l'ordonne : Cammetu et iremore veslram saîulemoperemini. (Philipp.ii,12.)Et il nous prêche lui-mônae d'exemple, en protestant que malgré ses ravissements il cruint encore d'être réprouvé! Lui, le grand apôtre; lui, qui avait longtemps châtié son corps et l'avait réduit en servitude; lui, qui était monté jusqu'au troisième ciel, il tremblait en pensant à son sort éternel! Combien donc devons -n-^us craindre, nous qui sommes si faibles, si mauvais, si corrompus ! « Mon salut est en péril , mon bonheur éternel est en question, ma damnation est encore possible! » Voilà ce que nous devons nous dire sans cesse en regardant l'avenir et en nous recommandant à Dieu.

Les grandes difficultés qu'on rencontre dans l'affaire du salut, loin de nous décourager, doivent, au contraire, nous exciter à y travailler avec plus d'assiduité et de vigilance. « C'est difficile, et pourtant il faut réussir! Je vais donc m'y mettre avec courage. » Ainsi raisonne l'homme prudent selon Dieu , et il s'anime au travail en considérant combien d'obstacles ici-bas la prudence humaine siit attaquer et surmonter. L'homme d'armes expose, pour un peu d'avancement et de gloire, ses biens, souvent sa vie même. Le marchand, afin d'acquérir des richesses, travaille tout le jour, veille la nuit, passe les mers, s'expose au naufrage et y périt souvent. Que n'en coûte-t-il pas à l'ambitieux, au voluptueux et aux autres pécheurs pour contenter leurs passions ! Ils sacrifient leur conscience, leurs biens, leur fortune, leur santé et leur réputation. C'est le moins que nous puissions faire, d'employer à nous sauver autant d'activité qu'ils en mettent à se perdre. Nous sommes, du reste, dans des conditions meilleures au point de vue des difficultés; car si elles sont nombreuses, elles sont, d'autre part, considérablement aplanies par les moyens de persévérance que Dieu nous a donnés, et adouciep par les consolations qu'il répand abondamment sur ceux qui le servent.

Cette diminution des difficultés et cet adoucissement des peines sont encore plus sensibles chez les religieux que chez les simples fidèles. Malgré toutes les grâces divines, le monde ne laisse pas que d'être corrompu et corrupteur, plein de dis-

sipojion et d'indifférence. Dans la religion on est loin de celte corruption et de ces obstacles, ainsi qu'on l'a expliqué plus haut. Mais les avantages que les religieux trouvent dans leur état pour faire leur salut ne doivent pas les empêcher d'y travailler avec crainte et tremblement. Au contraire, ces sentiments chez eux doivent être plus profonds; car plus ils reçoivent de grâces, plus ils deviendraient coupables s'ils en abusaient, et plus leurs tourments seraient grands quand la justice de Dieu les saisirait. C'est l'Écriture qui nous le dit : « La terre qui est souvent arrosée, et ne donne pas le fruit qu'elle devait produire, n'est pas loin d'être maudite. » {Ad Hebr, vi , 7, 8.) Que Dieu dans sa bonté détourne de nous cet irréparable malheur !

§ III. — Les religieux ne peuvent Mon travailler à leur ealut qu'en observant

leur règle.

Il y a des moyens de se sauver dans tous les états ; mais partout ces moyens sont étroitement liés à l'accomplissement des devoirs particuliers à chacun de ces états. Quelque vocation que l'on aie , on ne doit rien s'y permettre qui soit opposé au salut, et on doit rapporter, au contraire, à cette fin toutes ses pensées , toutes ses paroles , toutes ses actions et toutes ses souffrances. Cette fidélité aux devoirs d'état est le moyen facile en même temps qu'indispensable pour arriver au ciel.

Les devoirs d'état des religieux se résument dans l'accomplissement de leurs constitutions. La Providence y a attaché leur salut. Elles sont, après les commandements de Dieu et de l'Église, comme les principaux canaux dont la bonté divine se sert pour répandre ses grâces sur eux. Celui, dit saint Bernard, qui garde les observances de sa religion sera gardé par elles, ainsi qu'il est écrit dans la loi de Dieu, qu'elle garde celui qui l'observe. C'est pourquoi, dans les premières années delà fondation d'un Ordre ou de sa réforme , on voit la sainteté fleurir dans un si grand nombre d'âmes. Car pour lors, dans ces Ordres , on observe la règle avec ferveur et exactitude jusque dans les moindres détails.

religieux, gardez donc vos conslitulions, puisque votre

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