‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 244 sur 361 · TROISIÈME PARTIE b · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE b

besoin de beaucoup de grâces pour être éclairés , conduits et fortifiés. Or Dieu a attaché toutes ses grâces à la prière, et il l'exauce d'autant plus infailliblement qu'elle demande des choses plus nécessaires à notre salut, c'est-à-dire plus conformes à sa sainte volonté. Les religieux doivent donc supplier Dieu qu'il donne à leurs chefs les grâces convenables pour agir prudemment dans les embarras du gouvernement, et s'acquitter surnaturellement des occupations multiples dans lesquelles ils sont absorbés chaque jour. D'ailleurs, outre les difficultés qui concernent leur office public, ils ont, en tant que personnes particulières , leurs passions et leurs faiblesses humaines ; et il leur faut une grande force pour ne point tomber en bien des fautes, quand mêmeils seraient des saints. Ils ont en particulier besoin de grâces puissantes pour souffrir patiemment les contradictions , les déplaisirs et les chagrins , soit du dedans , soit du dehors ; pour régler sagement le monastère, y maintenir le bon ordre, la piété, la régularité, la ferveur et la dévotion; pour ne pas dissiper ni perdre les biens dont ils sont chargés ; pour être attentifs à tous les particuliers en même temps qu'à la communauté; les faire avancer dans la vertu , les soulager dans leurs infirmités et les consoler dans leurs peines de corps ou d'esprit. Réussir dans l'accomplissement de toutes ces obligations, c'est l'art dés arts, mais c'est aussi la croix des croix et le mérite des mérites.

ARTICLE II Le bon Supérieur.

1° Un supérieur doit avoir une charité inépuisable pour ses inférieurs; car il est pour eux le vicaire de Notre- Seigneur. Or Jésus- Christ, voulant établir saint Pierre comme chef visible de l'Église, commença par lui demander, et jusqu'à trois fois, s'il avait la charité, pour lui enseigner, et par lui à nous tous, que telle est la qualité essentielle dans la charge du commandement. Cet amour doit être tendre, bienfaisant, universel. Le supérieur a besoin de montrer à

tous et à chacun de ses Frères un cœur ouvert et un grand désir de leur faire plaisir, leur parler avec douceur et les accueillir d'un air gracieux quand ils viennent à lui. Il doit les assister dans leurs nécessités , les consoler dans leurs peines , leur accorder avec plaisir tout ce qui n'est pas nuisible à leur salut, et même les prévenir dans leurs besoins, surtout quand ils sont trop réservés pour recourir à lui. Ces marques de bienveillance , données à propos par le supérieur à ses sujets , lui gagnent insensiblement leur cœur, et les portent à s'acquitter de leurs devoirs avec joie et générosité. Il évitera pourtant, sous prétexte de témoigner son amour à ses religieux, de leur accorder des choses qui affaibliraient la- vigueur de l'observance régulière.

2° Un supérieur doit avoir un grand zèle pour cette sainte observance; car Dieu, en le mettant à la tête des autres, l'a chargé de maintenir dans leur intégrité toutes les constitutions, les statuts, les rubriques et les cérémonies de son ordre. Il a pour mission de veiller sur ces choses , non comme un maître qui est libre d'en disposer à son gré, mais comme un dépositaire qui en rendra compte. Étant, du reste, obligé de procurer, après la gloire de Dieu, l'avancement spirituel de ses frères, il ne peut mieux y travailler qu'en leur faisant pratiquer leurs vœux, leurs observances et les vertus de leur état. Les supérieurs, s'ils négligeaient ce devoir, seraient punis sévèrement, au tribunal suprême, de tout le mal qui se serait fait dans leur communauté, et de tout le bien qui n'y aurait pas été accompli par leur faute. Cette dissipation , cette transgression des règles, qu'ils laisseraient s'introduire sans mauvaise intention, mais par mollesse, indifférence, défaut de zèle pour la vertu et de courage pour les corrections, leur seraient reprochées par le grand Juge; car ils répondront de leurs sujets , âme pour âme.

3° Un supérieur doit donner le bon exemple à ses inférieurs. Il faut, en effet, qu'il soit le modèle visible sur lequel ils puissent régler leur vie. Il saura donc les porter à la vertu, en faisant le premier tout ce qu'il commande; et il acquerra plus d'influence par l'exemple que par le commandement, car les

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