QUATRIÈME PARTIE b
Mon Dieu, je vous aime d'un amour de reconnaissance, parce que vous êtes infiniment libéral à l'ëgard de toutes vos créatures ; que pour moi en particulier, vous m'avez accordé des bienfaits sans nombre ; que vous me promettez davantage encore, par les biens éternels que vous me gardez. Vous m'avez conservé tandis que je vous offensais grièvement; vous m'avez purifié de beaucoup de péchés, préservé de beaucoup de chutes, appelé à un état de perfection, favorisé de toutes sortes de bonnes inspirations et de puissants secours. Je vous en remercie de tout mon cœur, et je serais un ingrat si je ne vous rendais pas amour pour amour.
Je vous aime, ô Bonté ineffable, d'un amour de complaisance. Je me réjouis des grandeurs incommensurables que vous possédez, et de ce que vous trouvez en vous-même, avec elles, un bonheur souverain. Je vous aime d'un amour de bienveillance. Je voudrais que vous fussiez connu, aimé, servi, honoré et glorifié de toutes les créatures raisonnables ; et je souhaiterais après cela augmenter encore vos divines perfections, si ce m'était possible. Je gémis de voir les péchés qu'on commet contre vous; je donnerais avec plaisir mille vies afin de les empêcher; et j'ambitionnerais, afin de les réparer, d'avoir l'ardeur des séraphins , pour vous aimer aussi parfaitement qu'ils vous aiment.
Bonté souveraine, toujours ancienne et toujours nouvelle I je reconnais que je ne vous aime pas autant que je le devrais. \ugmentez votre amour dans mon cœur, qui n'est fait que pour vous chérir, et qui ne trouve de véritable repos qu'en se jetant en vous. Donnez-moi une charité ardente, qui me fasse éviter toute sorte de péchés , et résister sans retard aux tentations; une charité qui me fasse suivre, outre vos ordres absolus, vos conseils et vos inspirations; une charité qui me porte à pratiquer toutes les vertus, et qui leur donne leur principal mérite en les rapportant à vous ; une charité qui me fasse trouver du dégoût dans les joies de ce monde; une charité enfin qui me fasse goûter du bonheur à penser à vous , à m'entrelenir avec vous, à parler de vous, à soupirer avec ardeur après vous et à n'agir que pour vous. Puisse, ô mon
Dieu, cette charité modérer la préoccupation de moi-même, m'empêcher de satisfaire l'amour- propre, la cupidité, l'orgueil, la sensualité, la vaine curiosité, l'attachement aux aises de cette vie; en sorte que je ne m'aime que pour vous, et que je vous rapporte mon désir d'être heureux, sachant qu'il n'y a de vrai bonheur qu'à vous aimer et à vous posséder. Puisse cotte charité faire que je me haïsse moi-même , que je meure à mon esprit propre , pour vivre de la vie spirituelle , en portant ma croix chaque jour à la suite du Sauveur que j'aime.
Donnez-moi encore. Seigneur, une charité qui me fasse aimer mon prochain comme moi-même à cause de vous, de sorte que je lui souhaite et lui procure, autant que je le pourrai , le bonheur éternel et tout ce qui y conduit; que j'aie pour lui un amour tendre, qui me rende compatissant à ses tribulations; un amour sincère, qui me porte à le soulager dans ses maux corporels ou spirituels , et à sacrifier mon repos, ma vie même, si c'était nécessaire, pour son salut; enfin un amour constant, qui m'anime à souffrir avec patience ses défauts, ses ingratitudes, ses injures, comme je désire qu'on me supporte moi-même malgré toutes mes misères.
Daignez me pardonner, ô mon Dieu , les péchés que j'ai commis contre votre bonté. Je le reconnais, je vous ai aimé trop tard et avec trop de tiédeur. Je le confesse, je me suis aimé trop souvent d'un amour cupide et égoïste. Je l'avoue, je n'ai pas aimé mon prochain comme moi-même, je ne lui ai pas fait le bien que je pouvais lui faire, et je n'ai pas travaillé à ce qu'il vous connût, vous aimât et vous , servît. , '
Je vous demande, par Notre- Seigneur Jésus- Christ, la grâce de me corriger, afin de vivre désormais dans la charité et pour la charité. Amen.