PREMIERE PARTIE S
souffrir pour réparer celte injure. Dans le sacrement de pénitence, la miséricorde divine remet bien la coulpe et la peine éternelle duc à la faute; mais sa justice nous laisse l'obligation de subir en échange une peine temporelle, ou dans ce monde parlesœuvrespéniblesderexpialionchrétienne,ou après notre mort par les souffrances du purgatoire. Or, quand même notre pénitence aurait duré pendant plusieurs années, avons -nous suffisamment satisfait à la justice de Dieu? Nous ne saurions nous rendre ce témoignage que par une révélation particulière ; nous pouvons même être sûrs qu'il n'en est rien. Nous devons donc continuer à faire pénitence durant toute notre vie.
3° Mais quand même nous aurions l'assurance d'avoir expié nos péchés passés , nous serions encore obligés de faire pénitence pour nous préserver des prévarications à venir ; car les péchés remislaissentennousunegrande faiblesse, aveclaquelle nous retomberions dès les premières occasions: l'expérience ne le fait que trop sentir. Il est doncjuste d'ajouter à la pénitence d'expiation une pénitence de précaution, qui sera le préservatif contre la rechute. Selon la comparaison frappante de saint Ghrysostome, il en est de cela comme des maladies du corps. Certaines laissent après la guérison une langueur dont on a peine à revenir pendant le reste de la vie, et une disposition permanente à retomber dans le même mal; il ne suffît pas alors d'employer des remèdes et d'user d'un régime rigoureux pendant qu'on est travaillé par la douleur aiguë; il faut continuer ce traitement le reste de ses jours, de peur que le tempérament affaibli ne se dérange de nouveau et qu'on ne soit pris par une maladie du même genre, mais plus forte, qui conduirait au tombeau. Tel est l'état du pécheur. C'est un convalescent pour toute la vie : la rechute le menace sans cesse, et il lui faut pour s'en préserver une pénitence perpétuelle. Voilà pourquoi le concile de Trente a dit : Toia vita christiani perpétua pœnileniia esse débet,
4° Ceux mêmes qui ont eu le bonheur de garder leur innocence baptismale ont besoin de la pénitence pour continuer à se préserver de la corruption du monde; car le péché originel, après nous avoir été remis par le baptême, laisse pourtant en
nous le foyer du mal. La chair se soulève contre l'esprit ; les passions naissent continuellement dans le cœur, et menacent d'entraîner le consentement de la volonté. Or c'est l'office de la pénitence d'ccarlcr ce péril, d'humilier l'esprit, de soumettre la chair, et de mortifier les passions. Celui qui la néglige, de juste qu'il est, deviendra bientôt coupable. C'est pourquoi nous voyons souvent les saints les plus innocents se montrer les plus pénitents. L'amour de Jésus pouvait leur donner en partie celte disposition ; mais il faut y voir aussi un acte de prudence. Plus ils aimaient leur innocence, . plus ils craignaient pour elle et s'efforçaient de la placer sous la sauvegarde d'une sévère mortification. Par exemple, saint Jean- Baptiste, sanctifié dès le sein de sa mère, mena pourtant la vie la plus rigide ; son vêtement consistait en une peau grossière; ses jeûnes étaient si rigoureux que Jésus- Christ put dire de lui : « Jean est venu , ne mangeant ni ne buvant: Neque manducans neque bibens. (iMatlh. xi, 18); la terre et les pierres formaient le lit de son repos ; le désert et les cavernes des montagnes lui servaient d'habitation ; enfin tout ne respirait en lui que pénitence. » Joannes victu, vestitu, cubiiu, loco pœnitens. (S. Jean Chrys.) Telle était la vie du Précurseur, tel doit être l'esprit de pénitence des justes qui veulent préparer les voies dans leur cœur au règne de la perfection, par l'imitation du divin Maître.
§ II. — La pénitence doit être sévère et proportionnée aux péchés.
Si la pénitence n'est pas sévère et proportionnée aux péchés commis, elle ne mérite pas son nom. En effet, comme le remarque saint Augustin, elle tire ce nom {pœna tenet) de la peine qui doit saisir l'âme et le corps du pécheur à cause de ses fautes : Pœnilentia a pœna nomen accepit qua anima oniciatur et corpus mortificaiur. Elle ne consiste donc pas dans une simple cessation du péché et dans le changement de conduite. Il faut qu'elle ait le caractère positif d'un châtiment ; il faut qu'elle en produise les effets, proportionnés à l'étendue et à la gravité de l'injure. Dieu le veut à titre de justice : Divina exigenle juslilia. N'eût- on commis dans toute sa vie