‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 28 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qu'un seul péché mortel, c'en est assez pour ouvrir dans le cœur une source de larmes éternelles : Semel peçcasse satis est ad fletus seiernos. (Tertull.) Et toute une vie, fût-elle de plusieurs siècles , suffirait à peine pour expier dignement les fautes commises, ne serait-ce qu'une seule. C'est pourquoi, lorsque l'Écriture sainte parle de la pénitence, elle la résume en des actes pénibles, exigeant des efforts : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements ; retournez vers Dieu de tout votre cœur, témoignez la sincérité de votre retour par vos jeûnes, par vos larmes et par vos gémissements. (Joël, ii, 13.) Revêtez-vous de cilices, couvrez-vous de sacs et de cendres; imitez par la violence de vos gémissements et de vos soupirs les pleurs et les cris d'une mère qui a perdu son fils unique. » (Jf;rem. vi, 26.) Les Pères de l'Église nous enseignent la même vérité, en appelant la pénitence un baptême laborieux : Baptismus làboriosus. .

La sévérité de la pénitence publique parmi les premiers chrétiens nous donne, à ce sujet, de graves enseignements. Les pénitents demeuraient pendant plusieurs années dans le vestibule de l'Église, privés des saints mystères. Là, le corps revêtu d'habits déchirés et de cilices, la chevelure négligée et couverte de cendres , prosternés par terre et poussant des soupirs, ils conjuraient les fidèles de prier pour eux afin de leur obtenir miséricorde. Et, pendant ce temps, ils pratiquaient des jeûnes au pain et à l'eau , d'autres macérations corporelles et des humiliations, jusqu'à ce que le. jour de leur réconciliation fût venu.

Il est vrai que l'Église a relâché quelque chose de sa première sévérité par condescendance pour notre mollesse. Mais si les pratiques de pure discipline ont changé , la nature de la pénitence, son esprit, ses austérités essentielles ne connaissent point de changement. Nous adorons et nous servons le même Dieu que les premiers chrétiens ; le péché lui fait la même injurequ'autrefois.Etbien que notre mère n'exige plus pour nous réconcilier qu'on ait déjà satisfait intégralement, dès ici-bas, à la justice divine, l'obligation d'expiei* la faute persiste après le pardon. De peur qu'on ne s'illu-

sionno à ce sujet, le concile de Trente rappelle aux confesseurs qu'ils doivent imposer des pénitences proportionnées aux péchés, et les avertit que s'ils y manquent ils assument eux-mêmes le fardeau dont ils déchargent injustement les autres.

En considérant plus attentivement encore la nature de la pénitence, on comprendra mieux pourquoi elle doit être sévère. Selon Tertullien, elle vient se substituer à l'indignation d'un Dieu irrité contre le pécheur : Pœniientia Dei indignatione fungitur. Or l'indignation, et surtout l'indignation d'un Dieu, est un sentiment fort qui ne se calme pas par une légère réparalion; il lui faut, pour s'apaiser, une satisfaction qui lui convienne et qui soit digne de la désarmer. La pénitence est aussi, selon saint Bernard, un abrégé des peines de l'enfer : Compendium gehennse selernœ. Or les peines de l'enfer sont-elles des peines si douces, et que l'âme puisse, supporter sans de violents efforts? La pénitence, avons-nous remarqué encore, doit être proportionnée au péché; elle doit donc en égaler la grièveté et faire arriver l'expiation partout où le mal a fait pénétrer ses ravages. Or pour expier des fautes considérables, il ne suffît pas évidemment de quelques petites prières vocales; il faut, comme dit saint Augustin, des œuvres pénibles, des larmes, des gémissements, de grandes aumônes et de longs jeûnes : In satisfaclione ingeniium peccatorum non verba iantum, sed et opéra quseruntur; addendse sunt lacrymse, gemitus, uberiores eleemosynse , coniinuatalongoîemporejejunia. C'est aussi ce que saint Cyprien prescrit : « Que nos gémissements et nos pleurs soient proportionnés à nos égarements. Plus la plaie de l'âme est profonde, plus il faut apporter de soin et employer de temps pour la guérir, afin que notre pénitence ne soit pas trop inférieure à la gravité du crime : Quam magna deliquimus, tam grandia defteamus, alto vulneri diligens et magna medicina non desit , pœniientia crimine minor non sit. (Serm. de Lapsis.)

La pénitence doit être proportionnée, non seulement à la quantité, mais à la qualité des péchés. C'est pourquoi il faut

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