‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 29 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

s'efforcer de faire servir à la pénitence tout ce qui a contribué à offenser le Tout-Puissant, et l'esprit, et le cœur, et le corps. L'esprit s'est soulevé contre le Dieu de vérité; il doit d'abord s'humilier, et ensuite employer toutes ses ressources à comprendre la grandeur de l'offense faite, à se rappeler la grandeur des biens éternels perdus par sa folie. C'est du nœur que sortent tous les péchés, comme dit Notre -Seigneur (Mallh. XV, 19) ; il faut donc que le cœur soit rigoureusement puni par une douleur intérieure et spirituelle, de sorte qu'il gémisse sans cesse. Cette douleur s'q^^qWq contrition el componction, précisément parce que le cœur du vrai pénitent est tout con^ trit, tout brisé, pénétré, pour la vie, de la peine la plus amère. Le corps est ordinairement le complice et l'exécuteur des péchés, il convient donc que lui aussi souffre des macérations proportionnées au mal qu'il a commis. A tous égards la pénitence doit être complète et sévère. C'est ainsi que saint Paul l'entendait quand il écrivait aux Romains : «Gomme vous avez fait servir vos membres à l'iniquité, il faut que vous les fassiez servir maintenante la justice pour mener une vie sainte: Sicut enim exhibuistis membra vestra servira immunditiœ et iniquilati ad iniquitatem, ita nunc exhibete membra vestra servire justitiœ in sanctificaiionem. » (Rom. vi, 19.) Et il ajoute : Humanum dico ; je demande cela au nom de la simple raison humaine et de la stricte justice! Que faudra-t-il donc exiger du religieux qui sert Dieu par un amour spécial, dans la voie des conseils , et selon les règles de la perfection ?

§ III. — La pénitence des religieux consiste dans l'exacte observance

de leur règle.

Les religieux sont encore plus obligés à pratiquer la pénitence que les gens du monde, et ils ont aussi plus de nnyens pour s'y appliquer. Parmi ces moyens , rangeons en premier lieu l'observation exacte de la règle.

D'abord, l'esprit de leur règle, c'est de les consacrer par état à la pénitence, car les religieux sont établis dans l'Église pour y maintenir et y propager cette vertu, en continuant sur la terre les souffrances de Jésus- Christ, et en

travaillant à. la conversion des pécheurs, soit par la morli- Ocalion, qui dispose Dieu à leur donner les grâces, soit, en outre, par les œuvres de zèle, comme cela a lieu dans notre Ordre. Ainsi les religieux doivent pleurer non seulement leurs péchés, mais aussi les péchés du prochain. Les fidèles qui leur font des aumônes pour les entretenir, en se privant quelquefois du nécessaire même, sont portés à cette générosité par la persuasion que, dans le couvent, on priera à leur intention, on apaisera la colère de Dieu, et on satisfera à sa justice pour eux, pour leurs parents et pour tous les pécheurs, par les austérités en usage dans le cloître. Les religieux sont donc, en quelque manière, des pénitents publics, qui se nourrissent des péchés du peuple, et ne vivent que pour le réconcilier avec Dieu à force de larmes et d'expiation. « La vie d'un bon religieux , dit dans ce sens V Imitation de J.- C. , doit être une croix et un martyre. Vita boni religiosi crux et martyrium. »

En second lieu, la facilité de faire pénitence est un des principaux motifs qui portent les chrétiens du siècle à entrer en religion. Il y a bien dans le monde certains moyens essentiels de faire pénitence, car la pénitence commune que Dieu demande de tout le monde c'est de souffrir, avec un amour repentant, les peines inévitables dans chaque état. Un père de famille qui se donne beaucoup de peine pour élever ses enfants et pour régler sa maison selon l'esprit de l'Église, fait une pénitence très agréable à Dieu. L'artisan et le laboureur qui travaillent jour et nuit pour avoir de quoi vivre, et qui offrent au Seigneur leur travail comme satisfaction à sa justice, font une grande pénitence. La perte d'un procès, ia mort d'un ami , une banqueroute qui ruine la famille, un dérangement des saisons qui emporte la récolte, une calomnie, une maladie longue et d'autres semblables accidents que Dieu permet, sont l'occasion d'une véritable pénitence, si on les accepte par conformité à la très juste volonté de Dieu et avec une résignation pleine d'amour.

Mais, outre ces pénitences qui sont inséparables de tous les états , il en faut pratiquer d'autres qui soient proportionnées aux péchés de chacun, à leur passion dominante et à leurs

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