PREMIÈRE PARTIE
habitudes, comme des jeûnes, des prières, des retraites. Or il est très difficile de faire dans le monde ces pénitences particulières, soit parce qu'on ne connaît pas aisément celles que Dieu demande, soit parce qu'on ne sait comment s'en acquitter. Pour les religieux, leur pénitence non seulement générale, mais personnelle, c'est l'observation exacte de la règle. En elle consiste la satisfaction que la justice de Dieu, se manifestant par l'intermédiaire de la sainte Église, leur a taxée, et exige d'eux pour qu'ils se purifient des péchés commis; préviennent ceux qu'ils pourraient commettre et conservent leur innocence. Avons-nous à expier pour ce qui regarde la vertu de pureté? nos abstinences, nos veilles, nos études, l'obhgation d'une modestie conlinuelle des regards dans le couvent et hors du couvent, sont autant de pénitences- très salutaires pour mortifier le corps, réformer les sens et nous faire une vie angélique. Est-ce le péché d'orgueil qu'il nous faut surtout punir ? Notre règle y a sagement pourvu , car l'obéissance d'esprit et de volonté nous tient continuellement dans la dépendance, comme des enfants, et la pauvreté nous expose aussi à beaucoup d'humiliations , hors du couvent et dans le couvent. Toutes nos observances enfin comprennent un grand nombre de pratiques pénibles et humiliantes , comme la continuité du travail des mains pour les frères convers, celle de l'étude pour les prédicateurs, et pour tous l'assiduité aux actes de communauté. Notre conscience nous reproche-t-elle des paroles contre la charité envers le prochain? La règle nous impose la pénitence la mieux adaptée à ce genre de péchés , en prescrivant un silence rigoureux dans cinq endroits du couvent, savoir : le cloître, le dortoir, la cellule, le réfectoire et l'oratoire des frères. Elles surajoutent la défense de parler, même ailleurs, sans une permission spéciale; la fidélité au recueillement; la pratique d'une foule d'actes de charité fraternelle; la prière fréquente qui nous retrempe dans l'amour de Dieu et du prochain, et emploie sept fois le jour, à la louange du Seigneur, une bouche si souvent employée autrefois aux paroles contre la charité et l'humilité. Quelle plus excellente réparation pournons-nous inventer?
Combien donc sont à plaindre les religieux s'ils n'observent point leur règle dans cet esprit, ne cherchent chaque jour que des prétextes pour se dispenser de la garder, et passent toute leur vie dans les exercices de la pénitence sans devenir jamais de vrais pénitents, ayant toute la peine de leurs observances et n'en ayant pas les doux fruits 1 Heureux, au contraire, les religieux qu'anime en tout l'esprit de componction et d'amour de Dieu 1 Par leur fidélité, ils expient chaque jour leurs péchés , apaisent la colère du. divin Maître, satisfont à sa justice, éteignent les flammes de l'enfer et du purgatoire , attirent sur eux de nouvelles grâces, et méritent une récompense éternelle. Rien ne les décourage, ni la longueur de leur pénitence, car ils se regardent comme devant mourir demain, ni son austérité, puisqu'elle est sans proportion avec les châtiments dont elle les délivre et avec les récompenses qu'elle leur assure; et Dieu, par surcroît, daigne répandre en eux des consolations qui sont un avant-goût des joies du ciel.
ARTICLE III
L'horreur du péché.
L'horreur du péché est le premier fondement de la vertu. Plus forte est en nous celle horreur, plus vive est aussi la crainte de le commettre, la douleur de l'avoir commis , et le désir de s'avancer chaque jour de vertus en vertus. — La marque la plus sûre que nous sommes dans l'amour de Dieu, c'est encore le témoignage d'une conscience saisie d'horreur pour le péché, et ne redoutant rien tant que d'offenser son Seigneur. On va donc essayer, dans ce chapitre, d'inspirer une juste horreur du péché. Pour cela, on parlera : 1° de la malice du péché mortel; 2" de la malice du péché véniel; 3» on expliquera comment l'horreur du péché se rattache nécessairement, chez les religieux, à l'observation de leur règle.
§ I, — Malice du péché mortel.
Cette malice ressort surtout de deux choses : 1° De l'injure qu'il fait à Dieu; 2o Des maux qu'il cause à l'homme.
l9 Injure que le péché mortel fait à Dieu.
L'injure que le péché mortel fait à Dieu se mesure d'abord à la grandeur de celui qui la reçoit. En effet, la grandeur d'une injure se prend, avant tout, de la dignité de la personne