PREMIERE PARTIE
offensée. L'offense faite à un roi est beaucoup plus grande que celle qui regarde un de ses serviteurs. Or le péché mortel est une injure faite à Celui qui est la majesté et la perfection infinies. Cette injure a donc, d'une certaine façon, une malice infiniment grande, comme le dit saint Thomas : Peccatum conira Deum commissum quamdam infinitatem habet ex infi~ nitate divinse majestatis. (3*. P. Ar. II. Ad. 2.)
En effet, le pécheur fait injure à la suprême autorité de Dieu , car il viole insolemment ses ordres formels. Il insulte à sa justice, car il en méprise les menaces les plus sévères. Il offense sa bonté , car il lui préfère le plaisir des sens et l'amour de la créature. Il attaque la toute- puissance de Dieu, car il a l'audace de se révolter contre elle au moment où elle pourrait l'écraser. Il s'élève contre sa sagesse en s'op posant aux desseins de sanctification qu'elle a sur l'homme. Il outrage sa sainteté, qui a pour l'iniquité une haine infinie. Il se révolte contre son souverain domaine, en rapportant toutes choses à lui-même et à sa propre satisfaction. Enfin il attente, en quelque sorte , à l'être divin , car il voudrait souvent . qu'il n'y eût point de Dieu, afin de pécher plus hardiment. Dieu, il est vrai, se rit de ces vains efforts ; cependant, comme en matière d'injure on a plus d'égard à la perversité de l'intention qu'au succès dans l'exécution , le péché mortel , considéré comme attentat, est une espèce de déicide, selon la pensée de saint Bernard : Ipsum, quantum est de se, Deum propria perimii voluntate... crudelis plane et execranda malitia, quae Dei potentiam, justitiam, sapientiam perire desiderat. (S. Bern. Serm. 3 de Resur.)
La grandeur du péché se prend non seulement de l'infinie perfection qu'il offense, mais aussi de l'ingratitude du misérable qui le commet. Or celui qui ose faire le péché, c'est l'homme! L'homme cendre et poussière, ver de terre, pourriture, néant; mais cendre qui se soulève contre Dieu, poussière qui l'insulte, ver de terre qui se dresse avec insolence contre sa Majesté, pourriture qui veut prévaloir sur le saint des saints, néant révolté contre le Tout- Puissant!!! Le pécheur est néant, et cependant il est fort dans sa révolte , car
il est armé des bienfaits du Créateur. L'esprit dont il se sert pour former des pensées coupables porte encore la trace de la suprême intelligence qui l'a fait à son image. Le cœur qui conçoit des désirs et des projets méchants , est un chef-d'œuvre de la divine bonté. Les yeux, les mains, les pieds que ce rebelle emploie à offenser Dieu , et l'air qu'il respire , et la lumière qui dirige ses pas , et jusqu'aux ténèbres dont il enveloppe l'horreur de ses crimes : tout lui vient de la sagesse, de la puissance et de la miséricorde de son Auteur. Et il tourne absolument tout contre lui 1 Peut- on concevoir une plus noire ingratitude? Et peut-on faire à Dieu une plus grande injure? Que s'il faut quelque chose de plus parlant et de plus saisissable pour achever de donner une idée de la grandeur du péché, considéré comme offense de Dieu, on n'a qu'à regarder Jésus mourant. Le Père, selon l'ordre sagement établi par sa Providence, n'a pas voulu, pour nous pardonner, de satisfaction moindre que cette mort et ces plaies du Sauveur. péché, ô blessure des âmes , que ta malice est incompréhensible ! Agnosce, homo, quam gravia sunt vulnera, pro quitus, secundum divinœ providèntise ordinem, necesse est Christum Do.ninumvulnerari.{^.'QQVïi,)
2° Maux que le péché mortel cause à l'homme.
Le premier dommage que le péché mortel cause à l'homme, c'est qu'il le prive de biens infinis, savoir : de la grâce et des vertus. Aussitôt que l'homme a commis un péché mortel, il perd la grâce sanctifiante, la charité habituelle, l'amitié de Dieu , le droit qu'il avait au royaume céleste, les dons du Saint-Esprit, les vertus infuses et surnaturelles, excepté la foi et l'espérance. Ce péché enlève au chrétien sa ressemblance avec son créateur et lui imprime l'image du démon; l'enfant de Dieu est changé en esclave ; le vase d'honneur en vase de colère ; l'objet de l'amour et des complaisances de l'Esprit- Saint en un objet d'horreur et d'exécration sur lequel il se prépare à exercer sa vengeance. L'âme, dès lors, perd toute la beauté de sa vie spirituelle, car la vie de l'âme c'est la grâce, comme l'âme est la vie du corps. L'âme sans grâce est