‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 32 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

donc un fantôme qui s'agile et un spectre qui semble vivant; mais, en réalité, elle est morte devant Dieu, aussi bien que le sont les cadavres renfermés dans le sépulcre : Viia corporis anima, viia animse Deus. Elle est même plus horrible que les corps morts, puisque ceux-ci ne sont point pour Dieu un objet d'aversion , tandis qu'il déteste l'âme en péché mortel et n'hésite pas à la condamner à d'effroyables supplices.

Le péché mortel prive le pécheur de tous les mérites passés et le met hors d'état d'en acquérir d'autres à l'avenir. Toutes les œuvres méritoires qu'on a faites par la grâce avant d'offenser Dieu, comme les jeûnes, les veilles, les aumônes, les confessions, les communions, les prières, etc., sont perdues par un seul péché mortel; et si l'on vient à périr dans cet état, on sera éternellement damné. Tant qu'on ne s'est pas purifié, on ne fait aucune bonne œuvre utile au salut et qui puisse mériter la vie éternelle. Quand même on donnerait tout son bien aux pauvres ; quand on praliquerait les pénitences les plus rigoureuses ;. quand on ferait des miracles ; quand on parlerait les langues des hommes et des anges ; quand on livrerait son corps aux flammes, si on perd la charité par un seul péché mortel, on n'est rien, on ne mérite rien , et on n'a aucun droit de prétendre à la gloire du ciel : Nihilsum..., nihil mihî prodest. (I Cor. xiii, 2, 3.)

Le péché est la cause de tous les maux qu'on endure en ce monde et en l'autre. Le déluge qui inonda la terre, l'incendie qui réduisit en cendres Sodome, Gomorrhe et les autres villes, les défaites de tant d'armées au milieu de flots de sang humain, les morts subites, les renversements de fortune, les tempêtes du ciel : tous ces désastres sont une punition du péché. Ils sont bien aussi les effets de la nature ou les conséquences de la malignité des hommes ; mais Dieu se sert de ces effets pour punir le pécheur ; et leur cause même est une suite du péché, sans lequel il n'y aurait pas ces dérèglements dans la nature et dans l'homme. Pourquoi, dit à ce propos le prophète, ces calamités qui ruinent Jacob et Israël? N'est-ce pas que nous avons offensé le Seigneur? Quis dédit in direp-

tionem Jacob et Israël vastantibus ? Nonne Dominus ipse cui peccavimus. (Isai. xlii, 24.)

§ II. — Malice du péohé véniel.

1° Malice du péché véniel du côté de Dieu,

Nous devons avoir horreur non seulement des péchés mortels, mais aussi des péchés véniels, à cause de l'offense qu'ils font à Dieu. Pour apprécier exactement cette offense, il faut distinguer deux sortes de péchés véniels. Les uns sont de pure fragilité. Tels sont ceux que l'on commet par surprise, par inadvertance, par précipitation dans une occasion imprévue; et cependant, on est dans la volonté et l'habitude de se précautionner contre eux ; on les déteste aussitôt qu'on les aperçoit, ils sont un continuel motif de gémissement et d'humiliation devant Dieu. Les saints ont été sujets à ces sortes de chutes, et c'est d'eux que l'Écriture a dit : « Le juste tombera sept fois et se relèvera. » Septies cadet justus, et resurget. (Prov. xxiv, 16.) Les autres proviennent d'une pleine volonté. Tels sont les péchés véniels qu'on commet avec connaissance de cause, ceux qui résultent d'une longue habitude, dont on n'a aucun souci de se corriger, et auxquels peut-être on a même tant d'attache qu'on les commet avec dessein arrêté de recommencer d'autres fois. Ce sont les péchés dont nous voulons ici parler, pour montrer qu'ils offensent Dieu beaucoup plus qu'on ne le pense généralement. C'est d'eux que S. Thomas dit : « Il faudrait plutôt mourir que de commettre un seul péché véniel. Débet prius homo susiinere mortem, quam ut peccet venialiter, td (In 4"°. D. XIX.) C'est à eux qu'il faut appliquer la parole de saint Grégoire : « Il arrive souvent qu'une faute légère est pire qu'un grand crime. Parce que comme l'on connaît plus facilement l'énormité du crime , on s'en corrige aussi avec plus de promptitude ; au lieu que la faute légère , paraissant peu de chose, est d'autant plus dangereuse qu'on la commet sans remords et qu'on y persévère plus longtemps. Nonnunquam in parvo deterius quam in majori peccatur. Major enim quo citius culpa cognoscitur, eo etiam celerius emendatur : minor

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