‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 33 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

vero, dum quasi nulla creditur, eo pejus quo eiiam securius in usu relinelur. » (Homil. lu.)

Le péché véniel , ainsi entendu , offense la suprême .majesté de Dieu. Car il méprise ses commandements, auxquels nous devons obéir dans les choses même qui paraissent de moindre importance. En effet, tout ce qui va contre le souverain Maître et lui déplaît renferme une certaine gravité, quoique , comparativement à des offenses plus énormes , on le considère comme léger. Non seulement celui qui conspire contre la vie de son prince, mais aussi celui qui l'outrage de fait et de paroles, qui reste indifférent à sa gloire et ne craint pas d'aller à chaque instant contre ses prescriptions , commet une faute détestable et mérite une punition rigoureuse. Ainsi, quoique le péché véniel n'attente pas aux attributs de Dieu comme le péché mortel, il est toujours une désobéissance à ses ordres, un acte contraire à sa volonté, et il n'en faut pas davantage pour en concevoir une vive horreur. C'est pourquoi saint Paulin se demande comment on peut appeler légère une faute qui est un mépris de Dieu ; car le vrai sage fait bien moins attention à ce qui est ordonné qu'à la dignité de celui qui ordonne. {Epîst. XIV.) Et saint Jérôme dit dans le même sens : « Ce n'est jamais un manquement léger d'offenser Dieu, même dans les plus petites choses, parce qu'il ne regarde pas tant à la qualité du péché qu'au mépris de la personne. Nunquam levé est Deum etiam in exiguo contemnere, qui non tantum ad qualitatem peccati respicit, sed ad personœ coniempium. » (Epist. ad amicum.)

Le péché véniel offense la bonté souveraine de Dieu. Le Seigneur est infiniment libéral etbienfaisant; il nous comble atout moment de ses faveurs. Cependant celui qui commet un péché véniel, au lieu de reconnaître ses bienfaits et de l'aimer de tout cœur, outrage sa souveraine bonté par une ingratitude insupportable , et partage dauG une foule de circonstances , pour des causes de rien , l'amour de son cœur entre le Créateur et la créature. Quand on chérit son père, on ne se contente point de ne pas attenter à ses jours et de lui obéir

dans les choses essentielles ; quand on est dévoué à un ami, on n'attend pas, pour lui rendre service, qu'il soit dans une extrême misère. On leur fait plaisir en toutes occasions, aussi bien dans les petites que dans les grandes ; on évite tout ce qui peut leur faire la moindre peine ; on les prévient en tout ce qu'ils désirent ; on use à leur égard de toutes sortes de ménagements et de complaisances ; on est toujours. attentif à leur témoigner son respect et sa tendresse; enfin on ne trouve rien d'indifférent en tout ce qui peut leur plaire ou leur déplaire, parce qu'on les aime. Dieu n'est-il pas notre Père et le meilleur de tous les Pères? N'est-il pas notre principal et unique Ami? Ily a donc une affreuse ingratitude à l'offenser si souvent, de propos délibéré , par ses négligences, et de ne pas chercher à le contenter en toutes choses. Et ce désordre, passé surtout en habitude, peut entraîner de graves conséquences. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : « Il n'est pas de péché si léger qui ne devienne considérable quand on le néglige. Car il ne faut pas regarder l'acte qu'il nous fait commettre, mais Celui qu'il nous fait offenser, ce Dieu si bon, si miséricordieux et si saint. NuUum peccatum adeo parvum, quod non crescai neglectum: non enim considerandum est quod fecerii, sed quem offendat, quam bonus est, quam benignus, quampius. » (De Pœnit.)

Le péché véniel est, en outre, opposé à la gloire de Dieu, qu'il diminue sans cesse ; et il l'outrage plus que tous les hommes et les anges ne peuvent l'honorer par toutes leurs adorations et leurs hommages durant l'éternité. Car ces honneurs sont toujours mesurés à l'être borné de ceux qui les rendent , tandis que le péché véniel est mesuré à la dignité incomparable de Celui qu'il offense. C'est pourquoi, quand il s'agirait de prévenir le renversement d'un empire, de faciliter la conversion de tous les. pécheurs, ou même de retirer des enfers tous les réprouvés, il ne faudrait jamais acheter ces avantages au prix d'un seul péché véniel. Aussi saint Jean Ghrysostome nous assure que les saints, qui savent bien juger des choses , ont plus d'horreur de la moindre offense commise volontairement sous les regards divins, que de l'enfer même.

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