‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 34 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Il est donc manifeste que la légèreté de la matière n'empêche paa le péché véniel d'être, par rapport à Dieu, un grand mal. On peut même dire, en un sens, qu'elle augmente la grièvelé de l'offense. Si on se laissait aller à la faute pour éviter un cruel tourment comme le gibet ou le bûcher, ou pour conserver sa vie dans un péril extrême, ou pour empêcher une grande fortune de crouler, ou pour satisfaire une passion violente, il y aurait là, sinon la justification, au moins l'explication de l'entraînement du pécheur. Mais voici un chrétien qui, profitant de ce que Dieu ne lui commande pas une chose sous peine de damnation, a l'audace, pour une bagatelle, pour ne pas se donner la peine de chasser une pensée, de réprimer un désir, de retenir une parole, de mortifier un regard de curiosité, d'animer une action par des motifs de foi, a l'audace, dis-je, de désobéir à son Maître, d'outrager sa bonté, de diminuer sa gloire! Quelle conduite indigne! Dieu a donc bien droit de s'en plaindre amèrement, comme il se plaignait que son peuple, pour un peu de blé et un morceau de pain, n'eût pas craint de l'offenser: Propter pugillum hordei et fragmenpanis. (Ezech. xiii, 19.)

2» Dommages du péché véniel du côté de l'homme.

Le péché véniel attire sur l'homme, même en ce monde, de très grands maux. L'Écriture sainte en rapporte plusieurs exemples qui font trembler. Moïse et Aaron, ces deux grands serviteurs de Dieu, dans un moment de défiance, ont frappé le rocher deux. fois au lieu d'une, pour en faire sortir une source d'eau : le Seigneur les prive d'entrer dans la terre promise. (Num. XX, 6, 14.) Marie, sœur de Moïse, est frappée de lèpre dans tout son corps pour un léger murmure contre son frère. (Num. xii.) Cinquante mille Bethsamites périssent pour avoir regardé l'Arche avec trop peu de respect. (I Reg. VII, 19.) Soixante-dix mille Israélites meurent delà peste, parce que David a voulu, dans un but de vaine complaisance, faire le dénombrement de ses sujets. (II Reg. xxiv.) Un prophète, pour un léger respect humain à l'égard d'un ami qui le retient à sa table, est étranglé par un lion. (III Reg. xiii.) Quarante-

deux enfants sont dévorés par des ours pour avoir insulté Elisée en le raillant. (IV Reg. ii, 23, 24.) Plusieurs de ces châtiments, selon les saints, ont été, pour ceux qui les ont subis, une miséricorde, car ils ont remplacé les.^châtiments plus sévères de l'autre vie ; mais Dieu a voulu en' même temps nous donner une instruction sur ce que sa justice a droit d'exiger au sujet des moindres offenses. Quant aux peines de l'autre monde, les justes ont les flammes du purgatoire. Et les damnés, outre les tourments qu'ils subissent pour leurs péchés mortels, en subissent pour leurs péchés véniels d'autres moins intenses^ mais non moins éternels. Si donc quelqu'un fait une faute vénielle, sera- 1- il permis de dire d'un ton indifférent que cette faute est peu de chose ?

Une autre peine moins apparente, mais très redoutable dont Dieu punit le péché véniel, c'est la soustraction des grâces. Notre-Seigneur a une prédilection pour les âmes qui le servent par amour et qui évitent le ,péché avec soin pour ne pas le contrister. Il leur fait sentir les effets de sa tendresse , les fortifie contre les tentations, et leur rend non seulement possible mais délectable tout ce qui regarde son service. Le péché véniel, refroidissant et ralentissant l'amour de Dieu, amène, par un effet contraire, la soustraction de ces faveurs de prédilection et de cette providence spéciale. De là vient que les âmes habituées à le commettre tombent dans une grande insensibilité et dans une triste inertie pour les choses spirituelles. Elles prient sans ferveur, s'acquittent de leurs pratiques de piété sans goût, et se préparent des actions sans mérite. Dans l'esprit, plus de ces vives lumières de la foi qui faisaient souvent penser à Dieu ; dans le cœur, plus rien de cette ardeur de la charité qui poussait à rapporter tout à Lui, ni de cette vivacité de l'espérance qui excitait le désir des biens éternels et le mépris des vanités de ce monde. Tous ces maux désolent l'âme peu à peu et sans bruit, et ils sont une suite de la soustraction des grâces particulières. Ainsi , comme dit saint Augustin, quoique chacun des péchés véniels ne donne pas la mort à l'âme, cependant tous joints ensemble ont fini par former comme une plaie horrible qui dé-

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