‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 336 sur 361 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

charité, vous enveloppez toutes les facultés de mon âme, comme je l'ai déjà médité; et voici que cette inépuisable charité, sans s'éloigner de vous, s'étend à moi-même, et arrive jusqu'à mon prochain. Quelle merveille de votre part! mais quels devoirs do la mienne 1

1° Pour que l'amour de nous-mêmes soit une extension de la divine charité, il faut nous aimer pour Dieu, ne cherchant notre bonheur qu'en lui. En effet, s'aimer soi-même, c'est travailler à être heureux; or on ne peut être heureux qu'en possédant l'Auteur de tout bien, et on ne le possède qu'en tendant uniquement à lui par amour. Quiconque n'aime pas Dieu , est donc un malheureux! C'est pour parvenir à cet amour qu'il faut nous haïr jusqu'à nous faire mourir nous-mêmes, afin de trouver dans cette haine et par cette mort la vie spirituelle de l'âme : se haïr, se faire la guerre, mourir complètement à soi, choses dures en apparence, mais qui cachent une source abondante de consolations !

2" La charité nous oblige encore à aimer en Dieu notre prochain; c'est-à-dire tous les hommes, chrétiens, infidèles, hérétiques, et même nos plus grands ennemis, en tant qu'il sont les images de l'Être parfait, appelés, comme nous, à la béatitude. Par l'effet de cette charité, nous cherchons à procurer au prochain les mêmes biens que nous voudrions obtenir pour nous-mêmes, d'abord le bonheur éternel, et ensuite tout ce qui y conduit, les secours temporels eux-mêmes, mais en vue du salut et du ciel.

La charité nous porte à aimer notre prochain d'un amour tendre, qui nous fait compatir à ses maux et nous empêche de le faire souffrir en rien; d'un amour sincère et effectif qui nous engage à le soulager par les œuvres spirituelles et corporelles , fût-ce au détriment de notre repos , et même au péril de notre vie quand son salut éternel est en question; d'un amour constant qui nous anime à souffrir avec patience ses défauts et ses faiblesses, sans écouter les répugnances qui se font parfois terriblement sentir. Elle établit, dans les différents devoirs qu'elle prescrit, un ordre très sage à garder, selon que les personnes nous touchent de plus près en Dieu, et par

conséquent, sont notre prochain à des titres plus vénérables. Elle nous fait donc préférer les parents aux étrangers, les chrétiens aux infidèles , les gens de bien aux pécheurs , les pasteurs des âmes aux simples fidèles, notre salut à celui des autres, le salut du prochain à nos biens, et même à noire vie dans un cas d'absolue nécessité.

Je vous demande, ô Sauveur, une charité qui règle et sanctifie l'amour de moi-même, afin qu'il soit pur de tout égoïsme et de toute cupidité. Faites que, par l'effet de cette même charité, j'aime mon prochain pour vous; que je l'aime comme je m'aime moi-même, bien mieux, comme vous m'avez aimé et comme vous aimez votre Père. Pardon , ô mon Sauveur de tous les péchés que j'ai commis contrôla charité. Je vous ai aimé trop tardl et maintenant encore je vous aime avec trop de langueur ! De là cet amour excessif que j'ai pour moi-même, et cet amour insuffisant que j'ai pour le prochain; ce peu d'empressement à lui plaire et ce peu de crainte de le scandaliser.

J'en suis confus et repentant. Agréez la résolution que je forme de me corriger avec le secours de votre puissante grâce. Amen.

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