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CHAPITRE IV

ÉLÉVATIONS d'esprit ET DE CŒUR A DIEU SUR LES MISÈRES ET LA DIGNITÉ DE L'hOMME

ARTICITE I Misères de l'homme.

§ I. L'homme n'est de lui-même que néant.

Vous êtes, ô mon Dieu, l'Être souverain, source première de toute perfection. L'homme au contraire n'est de lui-même que privation absolue de tout être et de toute perfection, n'ayant rien par son fonds avant de recevoir quelque chose de votre divine libéralité. Par essence, par nature et par condition, ilest un pur néant : et comme l'essence de chaque chose est nécessaire et éternelle , on peut dire aussi que nécessairement et éternellement l'homme n'est que néant.

L'être qu'il possède à présent parce qu'il le tient de vous, ô mon Dieu, lui est accidentel; sa substance ne change pas, il demeure toujours radicalement un néant. Après que vous avez daigné lui donner l'être , il ne peut le soutenir par luimême, tant il est impuissant; il a besoin que vous le lui con^ serviez et le lui redonniez à chaque pas qu'il fait dans la vie, sans quoi il retomberait dans le néant Vers lequel est sa pente invincible. Pendant même qu'il jouit de cet être emprunté aux trésors de votre puissance, son corps et son âme sont incapables , par nature , de faire la plus petite action , de former la moindre pensée, de concevoir le moindre désir, si vous ne les fortifiez par un secours particulier, qui les mette en état d'opérer quelque chose. Quelle incompréhensible misère l

mon Dieu, puisque je ne suis absolument rien, faitesmoi la grâce de ne perdre jamais de vue mon néant, seule chose qui m'appartienne par nature et par essence. Accordezmoi de ne pas seulement le regarder de loin, mais d'y entrer, de m'y cacher, et de n'en plus sortir, puisque c'est mon état et ma place. Gomment ai-je pu jusqu'ici m'enfler d'orgueil , m'estimer moi-même, et désirer d'être estimé des autres?

Souverain Maître, mettez en moi les dispositions qui me conviennent et que je ne suis pas capable de former, à savoir, la confusion , l'anéantissement de tout mon être devant vous. Dieu, seul puissant! chassez de mon âme les pensées, les désirs et les sentiments cachés d'orgueil , puisque je ne mérite que le mépris. Gardez-moi de dire aucune parole à mon avantage, ou au désavantage des autres; accordez- moi de pratiquer avec complaisance les actions humiliantes de mon état, et d'être content des moindres choses qu'on me donnera , quelque mauvaises qu'elles soient, puisqu'elles en conviennent d'autant mieux à un néant tel que je suis.

Je vous le demande, ô mon Dieu, par Notre- Seigneur Jésus-Christ. Amen.

§ II. L'homme est pécheur et incapable d'aucun bien par lui-même.

Le premier Adam a été créé dans un état de sainteté et de justice, exempt de toute passion déréglée, de toute infirmité; et il ne connaissait pas la mort. Mais, par sa faute, il est tombé en toute sorte de misères, et il les a transmises à ses descendants, avec le péché originel qui en est le principe. Maintenant l'homme est conçu dans le péché, naît dans le péché, demeure esclave du péché; par là, la colère et la malédiction divines pèsent sur tout son être. A peine délivré du péché originel, il tombe dans une multitude de péchés actuels, par pensées, par paroles, par actions, par désirs. Il transgresse les commandements de Dieu et de l'Église ; il abuse des sacrements; il viole les promesses de son baptême; il manque aux devoirs de son état; il abuse des grâces; il scandalise son prochain; et s'il ne se hâte de faire pénitence de ses fautes, il sera condamné. Quelle étrange misère!

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