QUATRIÈME PARTIE
L'homme, qui est incapable par lui-même d'aucun bien, est malheureusement très puissant et capable de tout pour inventer les moyens d'accomplir le mal, en quoi il se montre plus pervers et plus bas que les animaux sans raison ! Quelle effrayante capacité! Quelle désolante perspective!
mon Dieu! puisque je ne suis de mon propre fonds que péché , et que le péché rend plus vil que le néant , faites-moi la grâce de me mépriser moi-même. Faites que l'esprit de pénitence s'empare de moi, qu'il me pousse continuellement à satisfaire à votre justice par l'acceptation de toutes les peines auxquelles vous jugerez bon de me soumettre, et par l'application aux pénitences volontaires que je dois embrasser pour entrer dans les vues de votre justice. Jésus, donnez -moi cet esprit, et ne permettez pas que je ne lui résiste jamais. Amen.
§ III. — L'homme est etclin à toute sorte d'iniquités;
Quoique la grâce du Sauveur conférée à l'homme dans le baptême lui remette la tache originelle et le rende à la liberté des enfants de Dieu , cette grâce ne le soustrait pourtant pas entièrement au joug de la loi du péché et de la concupiscence. Il reste toujours en lui, la Providence le permettant ainsi dans des vues de justice et débouté, un malheureux penchant à toute espèce d'iniquités. i° Penchant déplorable à l'orgueil, d'où sort l'ambition, la présomption, l'amour des louanges, le mépris pour les autres. 2° Penchant indomptable à la sensualité, d'où naît l'amour des plaisirs, la gourmandise, la vaine curiosité. 3° Penchant secret à l'ennui, au dégoût et à la lâcheté dans le service de Dieu , d'où résulte peu à peu une indifférence mortelle.
Ces malheureux penchants qui naissent avec nous sont augmentés par nos péchés actuels, par nos mauvaises habitudes, par l'ignorance de notre entendement , par la faiblesse et la malice de notre volonté. Leur résister est difficile à l'homme, y succomber lui est naturel. A tout moment il se voit sur le point de les suivre; et chaque jour, malgré les secours qu'il reçoit du ciel, il tombe plusieurs fois. A peine fait il une action qui soit purement pour Dieu, sans être gâtée ou dans sa
fin, ou dans son objet, ou dans ses motifs, ou dans les circonstances qui l'accompagnent. Et quoique ces manquements ne soient généralement que véniels, cependant ils offensent le Créateur, causent à l'homme de grands maux, le privent de beaucoup de grâces , et le disposent à tomber dans le péché mortel. Quelle grande misère! -
mon Dieu, je m'humilie devant vous en considérant le penchant horrible que j'ai pour toutes les prévarications. Je reconnais que si vous ne me souteniez pas de votre grâce, je serais en danger, à tout moment, de tomber dans les plus grands crimes, et d'être damné pour toujours.
Quel malheur pour moi , d'avoir suivi si souvent ces inclinations déréglées, et d'être encore à tout moment exposé à vous offenser. Faites-moi la grâce de pleurer et de m'humilier sur mon triste état, durant le reste de ma vie.
Puisque j'ai une si grande propension pour toute sorte d'iniquités, accordez- moi, ô mon Sauveur, 1° de veiller continuellement sur mon âme pour éviter les occasions qui , sans être absolumentmauvaises en elles-mêmes, pourraient favoriser mes inclinations perverses et préparer ma chute; 2° d'être fidèle à la prière, aux sacrements et à la lecture spirituelle, afin de me soutenir dans mes faiblesses, et de combattre mes honteuses convoitises ; 3» d'éviter la familiarité avec les personnes dissipées, et de me joindre à celles qui sont généreuses dans l'accomplissement des plus humbles devoirs de leur état , afin de m'animer à suivre leur exemple.
Je vous le demande, ô mon Dieu, par Notre-Seigneur Jésus- Christ. Amen. .
§ IV. — L'homme est rempli de toute sorte de défauts et d'imperfections de corps et d'esprit.
L'homme, pour ce qui regarde le corps, est formé dans le sein de sa mère d'un sang. corrompu. Il naît parmi les larmes et les gémissements, et il est incapable de se suffire à lui-même; plus imparfait en cela que bien des animaux ! Devenu grand, il en est réduit à vivre à la sueur de son front; il se voit exposé aux injures des saisons, à toute sorte de douleurs pendant