‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 340 sur 361 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

ARTICLE II La dignité de rhomme.

L'homme est une espèce de paradoxe vivant, car il est rempli, on l'a vu, de toute sorte de misères et de bassesses; et cependant il jouit de grandes prérogatives; il possède une haute noblesse, il dépasse les êtres qui l'entourent en gloire et en dignité. L'explication de cette contradiction apparente, c'est la bonté de Dieu, qui daigne se souvenir de nous, et descend vers nous, attiré par la profondeur même de notre néant. Admirons les grâces qu'elle nous apporte en se nommuniquant à nous, et que le fond ténébreux de nos misères l'ait ressortir avec un plus admirable éclat.

g I. — L'homme est fait à l'image de Dieu et à sa ressemblance.

Quelle gloire pour l'homme que d'être la ressemblance vivante, le portrait animé de Dieu, et de participer en quelque chose à la dignité et à l'excellence de son sublime exemplaire 1 Cette ressemblance consiste en ce que Dieu, qui est un pur esprit, a donné à l'homme une âme immortelle, douée de raison et de liberté. Notre premier père, outre cette ressemblance imprimée dans sa nature, fut marqué d'une autre plus auguste par la grâce sanctifiante, et il reçut les diverses vertus infuses et les dons du Saint-Esprit. Son corps était soumis à son âme, son appétit sensitif à sa raison; et sa raison était entièrement soumise à Dieu. S'il eût persévéré dans la justice originelle , nous aurions reçu après lui les mêmes grâces , en naissant avec l'état d'innocence.

mon Dieu , puisque vous m'avez formé à votre image et à votre ressemblance, accordez-moi de ne point dégénérer de cette noblesse en descendant au niveau des bêtes, mais de faire tous mes efforts pour conserver ma dignité ou la recouvrer après l'avoir perdue par le péché. Donnez-moi pour cela, votregrâce, qui me rendra semblable à vous, puisqu'elle est une participation de la nature divine.

Faites aussi, ô mon Dieu, que j'use bien de mon âme et de toutes ses puissances à votre service, pour perfectionner ma

ressemblance avec vous, déjà ébauchée dans mon cœur; que j'emploie mon entendement à connaître vos divines perfections pour les admirer, ma volonté à aimer et à faire en toutes choses voire bon plaisir. Ainsi, me conformant à vos désirs parfaits, et non aux inclinations du siècle présent, je vous deviendrai semblable , et , vous aimant de tout mon cœur, je serai transformé en vous, puisque l'amour nous transforme en l'objet que nous aimons.

Je vous demande cette heureuse transformation et cette auguste ressemblance, ô mon Dieu, par Notre-Seigneur Jésus- Christ. Amen.

§ II. — L'homme a été fait pour posséder Dieu éternellement.

L'homme, pendant une éternité, peut êlre admis à jouir de l'essence divine et de toutes les richesses du royaume céleste! Sorti des mains du Créateur comme du premier Principe, il est appelé à retourner dans son sein paternel comme dans un centre de repos. Toute fin inférieure à celle-là est indigne de nous , et rabaisse les desseins de la Sagesse incréée. Et puisqu'on ne saurait concevoir rien de plus grand que de posséder la Divinité , quelle n'est pas la dignité de l'homme I

Mais. Dieu, en destinant sa créature à posséder son éternité, ne permet pourtant pas qu'elle jouisse aussitôt de cet héritage. Les souverains qui sont justes et sages ne donnent rien qu'au mérite. C'est pourquoi la Sagesse infinie, appUquant à l'homme la règle qu'elle avait appliquée aux anges , a voulu qu'il se rendît, par ses œuvres méritoires, digne de la gloire éternelle. Ainsi le privilégié du Créateur aura un jour le noble plaisir et la gloire légitime de posséder le ciel à titre de récompense pour ses services, à titre de couronne pour ses victoires.

De cette loi si sage, posée par Dieu, que le royaume céleste doit être aux hommes qui s'en rendront dignes, découle cet autre arrêt de justice, que l'homme doit être précipité dans les enfers, si, se refusant à faire son devoir, il perd ses droits à la possession de Dieu : ainsi le serviteur inutile, n'ayant pas fait fructifier le talent du père de famille, fut jeté dans les ténèbres extérieures.

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