QUATRIÈME PARTIE
§ IV. — Le Fils de Dieu s'est fait homme et a répandu son sang pour réparer la perte de l'homme.
L'homme s'était perdu par le péché. Dieu l'a tant aimé, et Ta jugé si grand, qu'il a envoyé sur la terre son Fils unique. Dieu comme lui, pour se faire homme et réparer notre chute par l'effusion de tout son sang. Si l'on doit estimer une chose selon le prix qu'elle coûte, quelle estime ne faut- il pas faire de l'homme racheté à un prix si excessif, si inconcevable 1
mon Dieu , puisque vous avez réparé la perte du genre humain au prix de tout le sang de votre fils Jésus, vrai homme et vrai Dieu, faites-moi la grâce de connaître la dignité et l'excellence de mon âme conquise à un tel prix, et faites que j'estime à sa vraie valeur la grâce de l'adoption divine, qui m'admet à la participation d'aussi grands biens' que vos richesses éternelles.
Je vous demande la grâce, ô mon Dieu, de ne point descendre de cette élévation, et de soutenir ma dignité par des actions toutes saintes. Pardonnez-moi d'avoir tant de fois oublié l'excellence de mon âme, de l'avoir livrée au démon et au monde, pour des plaisirs frivoles, pour des honneurs mensongers, pour des intérêts puérils. Puisqu'elle est faite pour vous , c'est à vous seul que je la réserve désormais ; gardez en moi cette volonté. Je vous le demande par Jésus- Christ Notre-Seigneur. Amen.
§ V. — Jésus -Ohrîst s'est fait la nourriture de l'homme et le remède à toutes ses misères.
11 faut que l'homme soit singulièrement relevé au-dessus de toutes les créatures de ce monde, puisque le Fils de Dieu, s'est donné à lui pour être sa nourriture, et le remède à chacun de' ses maux , durant le cours de son pèlerinage en ce monde; C'est pour mieux nous conférer ce bienfait qu'il demeure réellement présent sur nos autels jusqu'à la consommation des siècles.
Dans ce mystère ineffable de l'Eucharistie, Jésus-Christ est la véritable nourriture de nos âmes. Quand nous recevons son
corps et son sang, il fait pénétrer sa vie jusqu'au fond de nos cœurs; nous demeurons en lui et il demeure en nous, non pas seulement d'une manière spirituelle par la grâce, mais substantiellement et corporellement, au point de devenir en quelque sorte un même corps et un même sang avec nous. Après la communion, le Sauveur réside encore en nous par sa vertu; il nous anime; il entretient en nous la vie de la grâce; il nous fortifie contre les tentations du démon et contre la violence de nos passions; il affaiblit les ardeurs de notre concupiscence; il éclaire notre esprit et augmente l'amour divin dans notre cœur; il nous console dans toutes nos peines et nos afflictions ; enfin il est un gage de félicité éternelle pour nos âmes, un germe de résurrection et d'immortalité glorieuse pour nos corps.
mon Jésus, faites-moi la grâce de ressentir les bienfaits de ce pain des anges descendu du ciel pour moi 1 Puisque vous daignez être ma nourriture, soyez aussi la préparation de mon cœur, pour que je la reçoive dignement et fréquemment. Donnez- moi, comme disposition habituelle, une foi vive, une espérance ferme, une charité ardente, une humilité profonde, une confiance entière et une reconnaissance parfaite. Que surtout le bienfait de cette nourriture serve à m'animer entièrement de votre esprit, afin que je ne vive plus que pour vous, de vous et par vous. Amen.