ET POUR CONDUIRE A LA PERFECTION CHRÉTIENNE
Nous avons considéré plusieurs fois que tous les hommes , chacun selon son état, ont le devoir de travailler à devenir parfaits comme leur Père céleste est parfait, en imitant ses attributs divins, sa miséricorde, sa douceur, sa clémence, sa libéralité, sa justice, sa sagesse.
Dieu, eu effet, les ayant créés à son image, veut qu'ils rétablissent en euxmêmes cette image affreusement effacée par le péché, et que, par là, ils opèrent; leur sanctification : Hœo est voluntas Dei sanclificalio veslra. (IThess. IV, 4.)
Ce qu'il propose à tous les chrétiens, il l'attend plus particulièrement des religieux , obligés de tendre à la perfection par la pratique des conseils évangéliques.
Or, pour travailler avec succès à sa perfection , un religieux doit s'appliquer à acquérir, outre les vertus chrétiennes, les dons du Saint-Esprit et à pratiquer les béatitudes évangéliques. Car les actes produits par les simples vertus chrétiennes sont bons, il est vrai, mais ordinaires, tandis que les dons du Saint-Esprit nous font opérer des actes de vertu parfaits , parmi lesquels se rangent en première ligne les béatitudes, comme constituant autant de degrés pour arriver à la perfection. C'est afln de faciliter ce mouvement de l'âme chrétienne et religieuse vers la sainteté, qu'il nous sera avantageux d'étudier les dons du Saint-Esprit et les béatitudes évangéliques. Que Dieu vienne à notre secours.
ARTICLE I Dons du Saint-Esprit.
§ I. — Des dons du Saint -Bsprii en
l» Leur nature. Considère, ô âme religieuse, que les dons du Saint-Esprit sont des habitudes infuses qui perfectionnent l'âme et la rendent susceptible des impressions , des inspirations et des motions particulières de l'Esprit divin, de sorte
qu'elle puisse les recevoir facilement, les suivre promptement et les exécuter fidèlement. Ainsi elle devient capable de faire des bonnes œuvres, non seulement communes et ordinaires, mais éleve'es, excellentes, parfaites, extraordinaires, héroïques, soit quant à la substance, soit quant à la manière de les produire.
2° Leur nécessité. Ils sont, dans une certaine mesure, nécessaires pour le salut. Les vertus morales infuses intellectuelles et théologales disposent et perfectionnent l'âme, il est vrai , pour faire des bonnes œuvres selon l'ordre quotidien , mais il y a dans la vie des rencontres exceptionnelles qui réclament une direction particulière du Saint-Esprit; et c'est alors que nous avons besoin de ses dons pour disposer et perfectionner l'âme, afin qu'elle s'élève à la hauteur de ces sortes d'actions particulières , plus nobles que les œuvres ordinaires du chrétien.
3° Leur excellence. Ils sont plus excellents et plus parfaits que les vertus infuses intellectuelles et morales. En effet, celles-ci ne perfectionnent l'âme que par rapport à l'usage de la raison aidée de la grâce, au lieu que les dons perfectionnent l'âme par rapport à l'action du Saint-Esprit et à ses inspirations. Cependant les vertus théologales ont plus d'excellence que les dons du Saint-Esprit, parce qu'elles unissent immédiatement l'âme à Dieu, au lieu que les dons ne font que la disposer à recevoir et à suivre les motions particulières de Dieu; or il est plus parfait d'être déjà uni à Dieu que d'être seulement préparé à suivre ses mouvements. Les dons du Saint-Esprit sont pourtant d'un grand secours aux vertus théologales pour que leurs actes soient plus parfaits et plus héroïques, comme les voiles sont d'une grande utilité au navire pour accélérer sa marche et le faire arriver plus sûrement au port.
4° Leur union. Les dons du Saint-Esprit sont unis ensemble dans la charité ; car celui qui possède la charité a tous ces dons précieux, et celui qui vit sans la charité n'en a aucun. C'est ainsi que les vertus morales sont unies dans la prudence, de telle sorte qu'en dehors de sa direction elles