‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 344 sur 361 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

ne peuvent subsister, comme la prudence ne peut marcher séparément des autres vertus morales. Quelquefois même les vertus sont appelées, dans un sens large, dons du Saint- Esprit, parce qu'elles viennent de l'Esprit de Dieu; et réciproquement, ces dons célestes sont appelés vertus, parce qu'ils ont l'efficacité de produire dans l'âme une certaine perfection. Mais les dons du Saint-Esprit viennent de Dieu d'une manière plus directe et plus privilégiée que la vertu ordinaire, et perfectionnent l'âme d'une façon toute spéciale. C'est pour cela qu'on les nomme par excellence dons du Saint-Esprit, et non pas simplement vertus.

5° Leur nombre. Les dons du Saint-Esprit sont au nombre de sept, conformément à la parole du prophète Isaïe (xi, 2); savoir : la sagesse, l'intelligence^ le conseil, la force, la science, la piété et la crainte du Seigneur. Le prophète a suivi l'ordre de leur- dignité; mais il est bon de remarquer qu'on pourrait aussi les ranger d'après leur objet, et que la même bonne action peut être l'effet simultané de plusieurs dons du Saint-Esprit, quand chacun, à sa manière, y contribue et y imprime son caractère, soit pour la commencer, soit pour la diriger, soit pour l'achever.

6° Leur pratique. C'est une bonne et louable dévotion de demander à Dieu, chaque jour de la semaine, un des sept dons du Saint-Esprit. Ceux qui disent les sept heures Canoniales de l'office divin peuvent aussi, en récitant chacune d'elles, attirer successivement dans leur cœur, par de fervents désirs, ces dons que le ciel aime tant à répandre; On ne connaît pas assez les dons du Saint-Esprit; on ne les estime pas à leur vraie valeur; et surtout on ne les demande pas assez instamment à Dieu. Pourtant ite sont indispensables, et dépassent en perfection certaines vertus morales et intellectuelles qu'on persiste à demander chaque jour à Dieu pour progresser dans le bien.

7° Leurs fruits. Les fruits u.vl Saint-Esprit ne sont point des habitudes, comme ses dons. Ce sont des actes ou des bonnes œuvres que l'on fait par une grâce particulière de l'Esprit divin, et qui sont accompagnés de joie, de consola-

tion et de plaisir, comme les fruits d'un bon arbre apportent un certain plaisir et une certaine délectation à celui qui en jouit. Saint Paul, dans son épître aux Galates (v, 22-23) ;• énumère douze fruits du Saint-Esprit : la charité, la joie, la 'paix, la 'patience, l'hwmanité, la bonté, la lo'nga'nimiié, la douceur, la foi, la 'modestie, la continence, la chasteté. Cependant, en citant les principaux de ces fruits, il n'entend pas les indiquer absolument tous; comme il n'énumère pas non plus toutes les œuvres de la chair lorsque, dans le même chapitre , il en décrit un certain nombre. Il veut seulement signaler, dans ce passage, les fruits spirituels qui conviennent le plus à son sujet, et que le^ fidèles doivent demander avec plus d'instances.

Venez, ô Saint-Espritl remplissez les cœurs de vos fidèles, allumez en eux le feu de votre amour. Répandez particulièrement dans mon âme tous vos dons , et faites qu'ils n'y soient point oisifs. Puissé-je, avec votre assistance, en faire un parfait usage, les voir croître, ks sentir opérer en moi, et en goûter tous les fruits. Alors , par les lumières qu'ils répandront dans mon esprit, par l'amour qu'ils allumeront dans mon cœur, par les bonnes œuvres qu'ils me feront produire, le travail de ma transformation intérieure avancera chaque jour.

Je vous le demande, ô Esprit sanctificateur, par Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui, en tant qu'homme, nous a mérite vos dons, et, en tant que Dieu, vous a envoyé à ses apôtres pour consommer l'ouvrage de la rédemption et l'établissement de l'Église. Amen.

§ II. — Le doQ d'intelligence.

Le don d'intelligence .dispose l'âme à pénétrer, concevoir et entendre, autant qu'on le peut dans cette vie, les choses divines et surnaturelles qu'on croit déjà par la foi, comme sont les mystères de la religion chrétienne, l'unité de Dieu, ses grandeurs infinies, la Trinité des personnes en une seule nature, l'Incarnation du Verbe, la Rédemption des hommes, les règles des actions chrétiennes, les autres vérités surnaturelles, et les différonls sens contenus dans l'Écriture. Il

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donne, sur toutes ces choses, de nobles et de sublimes idées, et il découvre les merveilles qui y sont renfermées.

Il inspire aussi une très grande certitude des choses surnaturelles, et il fait comprendre comment toutes les difficultés qu'on leur oppose ne sont nullement contraires à leur vérité, n'étant que des difficultés apparentes, faibles, méprisables, pour lesquelles il ne faut jamais s'écarter d'un pas, des enseignements de la foi et des règles divines de la morale, quoique l'on ne soit point toujours en état, vu la petitesse du sens humaia, de résoudre ces difficultés.

Le don d'intelligence ne fait jamais défaut à l'homme juste dans les choses nécessaires au salut, quoiqu'il puisse lui manquer quelquefois touchant les autres choses qui ne lui sont pas indispensables, Dieu le permettant ainsi pour lui éviter une occasion de vaine complaisance.

Le fruit du Saint-Esprit qui correspond au don d'intelligence, c'est la foi; c'est-à-dire, une certitude de l'âme à l'égard du dogme catholique, qui n'est pas seulement une certitude d'adhésion , mais une certitude de pénétration. Cette disposition est aussi le fruit du don de sagesse et du don de science, qui ont beaucoup de rapports avec celui d'intelligence.

Je vous demande, ô mon Dieu, ce don d'intelligence pour qu'il me fasse pénétrer les choses divines. J'ai tant de ténèbres et de nuages dans mon esprit à l'égard des choses surnaturelles que j'en suis comme hébété. Je n'y comprends rien, et il me vient même souvent des oppositions et des perplexités au sujet des affirmations de la foi, tant elles surpassent la portée de ma raison. J'ai donc un grand besoin du don d'intelligence, afin qu'il éclaire mon esprit, qu'il dissipe mes ténèbres, qu'il me fasse pénétrer, autant qu'on le peut dans ce monde, les réalités divines, qu'il me fasse rejeter promptement les pensées contraires, et qu'il me fasse adhérer aux vérités révélées, non seulement avec une grande fermeté, mais avec une grande paix et une douce joie intérieure. Je vous le demande par Nolre-Sei^neur Jésus-Christ. Amon.

§ III. — • Le don de sagessfl.

Le don de sagesse dispose l'âme à juger des choses surnaturelles, conformément aux règles suprêmes émanées de Dieu. Il nous aide à former sur elles des jugements justes et solides, comme, par exemple, que l'on doit s'attacher aux choses divines à cause de leur excellence, et s'éloigner de tout ce qui leur est opposé; qu'il faut aimer Dieu et le servir, à cause de SOS perfections infinies; qu'il est juste de n'embrasser que la religion chrétienne, puisqu'elle se^ile possède la plénitude des mystères, la pureté de la morale et la sainteté dès maximes; qu'il convient de rechercher les biens spirituels par la pratique des vertus chrétiennes, parce qu'il n'y a qu'eux de solides et de propres à nous rendre parfaitement heureux. Il apporte aussi à la contemplation directe des vérités divines quelque chose de spécial; car il les fait rechercher, goûter, savourer et sentir par une secrète inclination, par une douceur intérieure, par une union intime. C'est la charité qui répand dans le cœur cette inclination, qui donne ce sens surnaturel, et qui élève quelquefois l'âme à la plus sublime contemplation, jusqu'à être entièrement absorbée en Dieu.

Je vous demande, ô Dieul le don de sagesse, afin qu'il me fasse bien juger des choses divines. L'homme animal ne perçoit point ces choses. Et moi, tout terrestre encore, j'ai l'esprit si appesanti, le cœur si attaché aux biens de ce monde, que je suis sans goût pour ceux de l'éternité. Je ressens souvent, au contraire, des ennuis et des dégoûts pour ce qui devrait faire mon unique joie, tandis que je suis tout ardeur pour les plaisirs sensuels. L'homme charnel règne donc encore en moi, et je ne saurais assez désirer que le don de sagesse éclaire mon esprit, détache mon cœur des choses basses, l'attache aux choses d'en haut, et me les fasse contempler avec un sentiment intérieur accompagné de joie. Je vous demande cette faveur insigne, ô mon Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen.

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§ IV. — Lo don de science.

Le don de science dispose l'âme à connaître les choses "^ créées et humaines dans leurs rapports avec le salut. La con- ^^ séquence qui ressort de ce jugement éclairé, c'est qu'on ne doit et que l'on ne veut estimer désormais les choses de ce monde qu'autant qu'elles nous portent à Dieu , qui les a faites pour sa gloire. Considérées en elles-mêmes, elles nous apparaissent comme de la fange, ainsi qu'elles se montraient à saint Paul, puisqu'en effet elles ne sont par nature que néant, vanité, corruption, incapables de rendre l'homme heureux, et capables de le rendre éternellement malheureux en multipliant pour lui les occasions d'offenser Dieu. Le don de science fait juger, en particulier, qu'en dépit des maximes humaines il ne faut se servir des richesses, des honneurs, des plaisirs que pour le salut , et qu'alors même on doit avoir soin d'en user par pure nécessité , avec retenue, en vue de Dieu seul, qu'elles peuventnous aider à mieux connaître, aimer et bénir. Je vous demande, ô mon Dieu, la science du salut, pour qu'elle me fasse sainement juger de ce que valent les choses créées. J'ai une si grande ignorance spirituelle que je risque d'être trompé par les fausses apparences des biens de ce monde, et d'être surpris, tantôt par les ruses du démon, tantôt par les attraits de la chair. Cette science du salut est la science des saints , celle même de Jésus crucifié. A sa lumière, je comprendrai les grands malheurs qu'entraîne tout mauvais usage de la créature, et je serai constamment sur mes gardes, afin de ne l'employer que pour vous seul. Accordez-moi cette grâce par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen,

§ V. — Le don de conseil.

Le don de conseil dispose l'âme à se bien conduire dans les actions particulières qui regardeot le salut, qu'elles soient de précepte ou seulement de perfection et de conseil.

Sous sa direction', nous délibérons avec justesse, et nous nous déterminons avec discernement sur ce qu'il y a de meilleur à faire par rapport à la gloire de Dieu, même dans les

choses qui sont les plus difficiles, dans les rencontres inopinées, embarrassantes, et au-dessus de la prudence humaine ordinaire.

Il fait prendre, dans les circonstances si diverses de la vie, des résolutions conformes à la volonté de Dieu, par rapport à ce qu'il convient de faire ou d'omettre , de dire ou de ne pas -^ dire, d'entreprendre ou de laisser. Il fait ensuite choisir les moyens les mieux proportionnés au but, et les plus convenables à l'exécution. Il aide à discerner les voies assurées du salut d'avec celles qui sont dangereuses, et les véritables conduites de Dieu d'avec celles qui ne sont de lui qu'en apparence, étant au fond, des ruses et des artifices du démon.

Je vous demande, ô mon Dieu, le don de conseil, afin de me conduire selon vos vues dans chaque chose particulière que je dois faire par rapport au salut de mon âme. Je me vois continuellement exposé à commettre de grandes fautes, en agissant par précipitation, par indiscrétion, par imprudence ., ou par surprise. J'ai donc besoin que le don de conseil éclaire mon esprit, et qu'il m'inspire ce que je dois faire pour mar- ^ cher dans vos voies avec tranquillité, afin d'arriver sûrement jusqu'à vous. Je vous demande cette grâce par Notre-Seigneur Jésus -Christ. Amen.

§ YI. — Le don de force.

Le don de force dispose l'âme à montrer une grande fermeté, une invincible confiance dans l'exécution des résolutions qu'elle a prises, et il la soutient pour mener à bonne fin les œuvres saintes qu'elle a déjà commencées , fussent-elles des plus ardues. Il inspire aussi un étonnant courage pour surmonter les difficultés imprévues, pour triompher des plus grands dangers, pour vaincre les oppositions les plus extraordinaires, pour résister aux tentations les plus fortes qui peuvent nous venir de la part du monde ou du démon , pour » souffrir en paix et avec joie les plus violentes douleurs, les plus sensibles déplaisirs, la mort même, puisque toutes ces épreuves préparent le couronnement des bonnes œuvres pour l'âme victorieuse. •*

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