‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 36 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sûrs de la légèreté de vos péchés, saint Augustin pourrait toujours vous répondre: « Ne regardez pas avec mépris les fautes vénielles; si le poids de chacune ne vous effraye pas, que leur nombre au moins vous épouvante. Ista levia noli contemnere; si contemnis quando appendis, expavesce quando numéros. » En résumé, craignons tous les péchés ; ayons horreur des plus petits aussi bien que des plus grands ; fuyons - les comme un serpent qui a des dents de lion et qui tue les âmes : Quasi a fade colubri fuge peccata.., dentés leonis dentés ejus, inierficientes animas hominum. ( Eccli. xxi ,23.)

§ III, — Ii'horreur du péché, dans le religieux, se mesure à l'observance

de sa règle.

Il y a des Ordres religieux dans lesquels un grand nombre des trangressions de la règle sont des péchés mortels ou véniels. Les religieux de ces Ordres se sont obligés dans leur profession à garder ainsi leurs constitutions, parce qu'ils ont cru que la nature, si portée au relâchement, avait besoin de ce frein, et que, retenus par la crainte de l'offense, ils s'acquitteraient mieux de leurs devoirs et arriveraient plus sûrement à la perfection. Nos constitutions ont jugé plus conforme au caractère de nos observances , à Tesprit de notre vocation et aux dispositions de ceux qui l'embrassent, de ne nous obliger à aucune faute , ni vénielle ni mortelle ; il n'arrive cependant presque jamais qu'on les transgresse de propos délibéré sans qu'il s'y en rencontre quelqu'une : 1° à cause du défaut d'intention requise ; 2o à cause des circonstances défectueuses qui accompagnent l'action ; 3° à cause des résultats préjudiciables qui en sortent et que nous étions tenus d'empêcher.

Le défaut d'intention requise fait, de l'infraction delà règle, un péché. Car, en laissant de côté toute question de perfection religieuse , il y a pour le simple chrétien une vraie obligation de faire chacun de ses actes délibérés pour une fin honnête : avoir pour fin le plaisir est le caractère de la bête sans raison. Cette obligation est fondée sur le premier et le plus grand commandement de Notre- Seigneur, qui est d'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout noire esprit et de

toutes nos forces. (Malth. xxii, 37.) Saint Paul nous le dit clairement : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » (I Cor. x, 31.) Paroles qui, selon saint Augustin et saint Thomas, ne renferment pas un simple conseil , mais un véritable précepte : Non est consilium, sed prseceptum. Les théologiens les plus solides exigent que pour satisfaire à ce précepte toute action délibérée soit rapportée à Dieu actuellement ou virtuellement. D'après d'autres plus indulgents, il suffit, mais il est nécessaire que du moins toute action, par sa bonté intrinsèque, soit susceptible de ce rapport à Dieu. Une action qui n'est pas, comme ils disent, rapportable à Dieu, est un abus, un pas contre le Maître souverain; elle est mauvaise, elle est péché.

Or une transgression des constitutions peut -elle être faite en vue de Dieu et par rapport à sa gloire? Par exemple, peut -on dire sérieusement à Dieu : « Seigneur, c'est pour vous que je manque au silence ; c'est pour vous plaire que je romps secrètement le jeûne ; c'est pour vous glorifier que je me dispense de porter la laine ; je vous offre ma négligence à étudier ; pour vous contenter, je vais m'absenter du chœur sans permission légitime ; et comme je fais ces choses en vue de vous, j'espère aussi que, pour chacune d'elles, vous me donnerez une augmentation de gloire dans le ciel ? » Ne serait- ce pas se moquer de Dieu que de lui parler ainsi ? Puis donc que ces sortes de transgressions et autres semblables ne sont dirigées ni actuellement ni virtuellement vers Dieu , et qu'elles n'en sont même pas capables, il faut en conclure qu'elles sont ordinairement mauvaises et opposées à sa gloire.

La violation de la règle contient communément aussi quelque péché à cause des circonstances coupables qui l'accompagnent. Tout à l'heure le mal venait de l'absence de direction vers Dieu ; maintenant il est causé par la présence de motifs contraires à sa Loi. Saint Thomas spécifie trois de ces motifs comme étant ceux qui se rencontrent le plus habituellement, savoir: la négligence, la passion et le mépris. Qui tamen odssunt peccare venialiter vel mortaliier ex negligentia, vel

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