PREMIERE PARTIE
libidino, seu contemptu. La raison en est que toute négligence, toute passion et tout mépris sont des motifs et des circonstances qui, en accompagnant une action, la corrompent. Or, dans la pratique, il est très rare et, pour ainsi dire, moralement impossible qu'on transgresse sa règle de propos déli' béré sans qu'il s'y mêle une de ces trois circonstances. Par exemple , ce sera par négligence et par paresse qu'on manquera de se rendre à matines la nuit, d'assister à la messe canoniale pendant le jour sans dispense; et l'on tombera sous la condamnation de saint Bernard : « Toute négligence est coupable. Omnis neglectus culpabilis, » Si l'on mange ou si l'on boit entre les repas sans permission et sans nécessité, n'est-ce pas la gourmandise , la sensualité et l'intempérance qui en sont les véritables causes ? Que si on ne le fait pas par gourmandise, mais pour se conformer aux autres, dont on craint d'être raillé comme étant scrupuleux, ces motifs de respect humain et de vanité ne sont-ils pas des péchés? Ainsi peut-on dire d'une foule d'autres transgressions de la règle : tantôt c'est la curiosité , tantôt le dépit , tantôt l'immodestie qui les amènent ; toujours un péché véniel en est le résultat.
Quant au mépris, saint Thomas le définit ainsi : « Celui-là transgresse par mépris, qui ne veut pas se soumettre à ce qui est ordonné par la loi ou la règle ; et, par ce motif, se porte à faire quelque chose contre cette loi ou cette règle. » Tune committit aliquis, vel iransgreditur ex contemptu, quando volunias ejus renuit subjici ordinationi legis vel regulœ; et ex hoc procedit ad faciendum contra legem vel regulam. (2\ 2». Q. 186. Ad 9.) Ce que Sylvius explique de la sorte : Qui directe eo fine violât regulam, vel prseceptum , ut contra illam agat, vel ut ostendat se nihil facere superioris prseceptum aut regulam. Ce mépris est péché mortel, car il est directement contraire à l'autorité de Dieu et aux lois essentielles de la perfection religieuse promise dans la profession. Il en anéantit dans l'âme la notion et l'estime ; il détruit au dehors la force directrice indispensable pour l'exécution, c'est-à-dire le principe d'autorité : aussi tous les auteurs ont adopté la maxime de saint Bernard : « Le mépris est une cause de damnation.
Contemplus damnahilis. » Mais, qu'on le remarque bien, outre le mépris explicite et formel , il y a un mépris interprétatif ou virtuel qui consiste à violer les constitutions de propos délibéré, continuellement et sans le désir de se corriger. Quelques docteurs de notre Ordre regardent ce mépris comme un péché mortel. Car, disent-ils, ne faire aucune estime de la régie et avoir la volonté habituelle de la transgresser, ce n'est plus seulement négliger tel ou tel moyen de perfection , renfermé dans telle ou telle observance en particulier, c'est renoncer à tout l'assemblage des moyens donnés par Dieu pour marcher vers la perfection elle-même ; c'est intercepter d'un seul coup tous les sentiers qui peuvent mener le religieux à son but obli' galoire. Quiconque agit ainsi ne peut plus dire qu'il a toujours l'intention de tendre à sa fin , ayant en lui la volonté de la rendre moralement impossible. Quoi qu'on en pense de ce raisonnement, il est certain que, du moins, la fréquente transgression de la règle prédispose au mépris formel , comme le dit saint Thomas : Frequentia tamen peccati dispositive inducit ad contemptum. ( Ibid. Ad. .3.)
La transgression de la règle est souvent une cause de péché par ses résultats. On vient d'indiquer un de ces résultats, qui est de disposer au mépris. Il faut y ajouter la- violation des vœux, qui naît très facilement de la violation des constitutions. Par exemple, on commence, malgré le vœu de pauvreté, à recevoir sans permission quelques petits présents. On les prête et on les donne à l'insu des supérieurs ; après cela, on fait soimême de semblables présents en cachette ; et enfin on devient propriétaire. Ainsi peut -il en être des vœux de chasteté et d'obéissance. Un autre résultat, c'est de nous rendre incapables d'exercer les emplois de notre vocation qui regardent le salut des âmes. Toute notre règle nous prépare à bien remplir ces devoirs, selon l'esprit de notre père saint Dominique. Si on là viole en quelque point ; si , par exemple , on manque au silence, la dissipation et la perte de temps qui s'ensuivent font tort à la préparation et aux saintes dispositions que l'apostolat demande de nous. D'après le célèbre Dominique Bannes, il y aurait en cela matière à un péché considérable,
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parce qii'il s'agit des devoir? de notre état pour raccorriplissement dèëi^iiels Dieu rîôus a libniiiiëmerit désignés et compte sur nous : Religiosus tenetur ex officio et professione sua disponere se ut sii idoneûs ad exercenda potissinia sui ordinis munia sub peccato mqrtali. Hinc sequitur quod religiosus tenetur peculiari obligatione ad studium litterarum. (2'' 2"'.)
Mais le résultat ordinairement le plus grave de la transgression de la règle, c'est le scandale à l'égard du prochain. Ce péché est Irêë facile ëri cobdmuhauté, où l'on se voit sans cesse lès iihs lés autres, de sorte qu'Un fâcheux exemple est vile connu et facilement imité. Il a une malice particulière (jùëiid de sont les religieux graves et influents qui le causent. Mais il est sUrtout eribrrhe qiiànd il vient déy supérieiirs, car ils sorit responsables devant Dieu de toutes les fautes de ceux qui suivent iëiirs inàiivais ëxeihples. Ils sont obliges; par leur chargé; de fâii'é observer exactement tous les points de la réglé et de punir ceux qui lés transgressent. L'obsei-vàncé tëgulièrë de la coriimutiautë; dbiit ils sont chargés Hévàiit Dieii et devarit les hoiiimés , dépend dé la fldëiiié à bien des points dé détail qui paraissent iiiiriirnés en eux-mêmes. A leur mort, ils seront jugés sur toiis lés relâchements qu'ils âiirorit laissé iiitrddUiré par léui* faute. Le pieux et ëaVaiit Domitiique Bàhriez, que noUs véhoiis de citer tout a rhéui-ë, âflîi'më que, d'^prè^ le sentiiiiëht cbmrhun deâ dbctéilrs de son tënips, les supérieiirs qui iiégligëtit dé taire garder exactement les pratiqués et cérëiîibriiës régulières pèchent liidHeiléiiiërit , qdbiqiie d'ailleurs il s'agisse de choses qiii h'otiligërit pas sous pi^iiië dé péché iiiorlél : S'ententid est cbTiimunîs '(jiu'od si prsèlàtus Wegligdt 'c'œremôhias quse àlias '^ôri obîtgaMHt àûb mbrt'dti ipsé pècàat môHàîiter. Qiiànd ilîèiiië bri lie partagerait j)âs eritiërerriëilt cette opinion^ elle dbniië cë[)ëridaiit beaucoup à rëfiechir. Ayoiis doiic uiie grande Horreur' des méihdi'ës infi'àbtibils â iios cbiistitutibns , par amBiir ^ôuv îibtrë âriie qiie leur t>ratiqtië doit ëàiictiflér', et pai" Crainte du pëchë qîi'eii les -^iolèirit iidus colrimëttrldris à chaque ps: — Vierge Marie; ^jitlëlëë «Viëi-ge fidèle», Virgb fidelîs,
donnez -nous la jfîdélité à noire sainte règle et à toutes les recommandations des supérieurs. C'est là le salut.
ARTICLE IV
La préparation à la mort.
1» Comment il faut penser à la morl; 2» comment il faut se préparer à la mort; 3° que la véritable préparation à la mort pour le religieux, c'est la fidèle observance de sa règle.
§ I. — Qu'il nous faut penser à la mort.
On peut faire à ce sujet trois réflexions ; lo la mort est certaine; 2o son heure est incertaine; 3o les suites en sont irréparables.
1° Il nous faut tous mourir. Un jour viendra que notre âme se séparera de notre corps : le corps sera mis en terre, il pourrira , il sera mangé des vers , réduit en poussière ; et l'âme ira devant Dieu. Gela est certain. Les anciens patriarches ont vécu sept, huit et neuf cents ans, puis ils sont morts. On a vu des monarques que la flatterie mettait au nombre des dieux ; mais il ne reste de ces prétendues divinités qu'un peu de poussière. Dans quelque temps nous ne serons plus, nous aussi, qu'une poignée de cendres. homme! souviens-toi. Mémento !
La sainte Écriture s'applique à nous rappeler cette certitude delà mort. Si nous rassemblons ses oracles, nous en verrons ressortir clairement que c'est une sentence irrévocable portée contre tous les fils d'Adam : « Tous entreront dans la voie commune à tous les hommes... Ils sortent nus du sein de leur mère, et ils retourneront nus dans le sein de la terre...» (Job. 1 , 21 .) « Les jours de l'homme sont courts ; le nombre de ses années est entre les mains de Dieu, qui a marqué les bornes de sa vie, etil ne les peut passer...» (Job.xiv,5.) «Touthommeira dans la maison de son éternité , et il ne lui reste plus qu'à attendre le tombeau... Il n'y a personne qui vive toujours, ni même qui ose concevoir cette vaine espérance... Il est arrêté que tous les hommes mourront une fois, et qu'ensuite ils seront jugés.» (Hebr. ix,27.) Pour compléter ces sentences, elle nous montre le Fils de Dieu lui-même réduit à l'état de mort, quoiqu'il