PREMIERE PARTIE
soit la vie, parce qu'il s'est revêtu de la chair de l'homme et s'est chargé de satisfaire pour nous à la justice de son Père.
A défaut des oracles divins, l'expérience de tous les jours suffirait pour nous rappeler la certitude de la mort. Notre corps est composé de ressorts qui s'usent continuellement, et d'humeurs contraires qui se combattent et se détruisent peu à peu. Nous naissons pour mourir, et chacun de nos moments emporte en passant une portion de notre vie qui ne revient plus. Achaque instant nous faisonsun pasde plus vers la tombe. Tout autour de nous nous l'annonce. Dans les maisons que nous habitons, que d'autres ont passé! et il leur a fallu quitter la terre! Les portraits de nos Pères qui sont sous nos yeux, en nous disant ce qu'ils étaient, nous disent ce qu'ils ne sont plus. La vue d'un vieillard nous rappelle le sépulcre vers lequel il descend. L'enfant lui-même est enveloppé de langes comme pour préluder à sa sépulture : Panni initium sepuUurse. (Tertull.) S'il grandit, sa vivacité contraste avec les infirmités qui commencent à nous atteindre ; et nous comprenons que, selon le cours ordinaire des choses, nous mourrons avant lui. Dans les églises où nous prions, combien de services funèbres se sont succédé ! Et quand, le soir, nous rentrons dans nos demeures, notre sommeil lui-même n'est- il pas l'image frappante de la mort? Ainsi, tandis qu'on ne voit qu'incertitude dans le monde, la mort seule s'affirme, et elle est assurée de régner sur nous : Quid in hac vita certum est nisi mori? (S. Aug.)
La considération fréquente de cette certitude est très salutaire au chrétien. « Pensez à votre dernière fin, et vous ne pécherez jamais , » a dit le Saint - Esprit : Memorare novissima tua , et in seternum non peccabis. (Eccli. vu, 40.) L'orgueilleux qui s'élève au-dessUs des autres avec arrogance et qui n'est occupé que de sa grandeur comprendrait bien mieux l'humilité et la pratiquerait bien plus facilement s'il considérait qu'il doit mourir, que dans son tombeau il sera foulé aux pieds par tout le monde et confondu avec les hommes les plus méprisables. L'ambitieux qui est tout occupé à se procurer de grands emplois et à bâtir de superbes maisons rentrerait dans la modération chrétienne et abandonnerait ses
magnifiques projets , s'il pensait que dans le cercueil il va être réduit aune entière pauvreté, à une nudité honteuse; qu'un linceul, un peu de terre et les ténèbres seront toute sa fortune, sa compagnie, sa demeure jusqu'à la fin du monde; tandis que ses richesses passeront en des mains étrangères : Tout cela arrivera, et ce sera peut-être cette nuit : SluUe, hac nocte animam tuam repetunt a le; quse autem parasti, cujus eruni? (Luc. xii, 20.) Enfin il n'y a pas de vice que la pensée de la mort, continuellement méditée, ne déracine; point de péché qu'elle ne fasse éviter; point de passion qu'elle n'amortisse; point de pénitence qu'elle ne pousse à embrasser; point de souffrance qu'elle n'aide à supporter; point de vertu qu'elle ne fasse fleurir.
2° Mais quoiqu'il soit certain qu'il faut mourir, il n'y a pourtant rien de si incertain que le temps et le lieu de la mort, et que la manière dont on doit mourir. « Vous ne connaissez, dit Jésus- Christ, ni le jour ni l'heure. » (Mattb, XXV, 13.) «L'homme, ajoute le Saint-Esprit, ignore quelle sera sa fin; comme les poissons sont pris à l'hameçon, et les oiseaux au filet, ainsi les hommes se trou vent. surpris par la mort, lorsque tout d'un coup elle fond sur eux.» ( Ecoles, ix, 12.) « Elle viendra comme un voleur, et on ne sait à quelle heure elle arrivera.» (Apoc. m, 3.) La mort, en effet, frappe continuellement à la porte des vieillards pour les enlever; et elle se lient en embuscade auprès des jeunes gens pour les surprendre. Il n'y a point d'âge^ de santé, de tempérament, qui puisse promettre un moment assuré dévie. Nous voyons tous les jours des personnes mourir à la fleur de l'âge et dans la plénitude de la santé. On prévoit ordinairement la chute des bâtiments par des marques, extérieures; mais l'édifice de notre corps est composé de parties si nombreuses, si cachées et si délicates, que lorsqu'on le croit le mieux appuyé, c'est alors qu'il tombe tout à la fois. L'un meurt dans la rue, l'autre à la maison; celui-ci est englouti tout vivant dans les eaux; celui-là se brise au milieu des pierres et des montagnes; on a vu des acteurs expirer sur le théâtre : tous ont été atteints au jour et à l'heure qu'ils ne connaissaient pas. Nescilis diem,