‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 39 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

neque hora/m. Il n'y a presque personne qui ne soit ainsi surpris. C'est une vérité dont Jésus-Christ nous a lui-même avertis : « Le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. » Qua hora non putaiis Filius hominis veniet, (Luc. XII, 40.) Et l'on peut dire que presque toujours la mort a quelque chose de subit. Elle est subite quand on meurt sur le coup, d'une attaque ou d'un accident. Elle est subite, au point de vue du salut, quand on est atteint d'un mal qui enlève jusqu'à la fin l'usage de la raison. Elle peut s'appeler subite quand elle ne laisse au moribond que quelques' jours pour se préparer au grand passage de l'éternité. Elle est subite, inême dans les maladies de langueur, lorsque le malade, plein d'illusions, ne la voit pas'venir, et qu'on éloigne de lui, par une prétendue compassion , la pensée des sacrements jusqu'à ce qu'il n'ait plus qu'une lueur de connaissance et un souffle de vie.

3° Ce qu'il y a de plus effrayant dans la mort, ce sont les circonstances qui l'accompagnent et celles qui la suivent. Le corps va périr; sa destruction commencé dans le lit de la mort par les convulsions de l'agonie. Déjà la tête ne peut plus se soutenir, le visage se couvre d'une sueur froide et prend une couleur pâle, les lèvres sont livides, les j'oues s'abaissent et se collent aux os, la bouche devient difforme, la langue se dessèche, les yeiix s'enfoncent, s'éteignent, s'égarent, se fixent et s'ouvrent d'une manière horrible; la poitrine ne peut plus respirer; les bras tombent de faiblesse et les pieds sont glacés. Enfin le moribond jette le dernier soupir, et tous cejix qui sont là, saisis d'effroi, gardent un morne silence, et finissent par se retirer avec un air triste et abattu , n'osaiit pas rnême fixer ce cadavre. Dans le tombeau , celui-ci achève de se Qorrompre. Une muHitude prodigieuse de vers s'y engendrent ; ils dévorent les mêmes chairs qui les ont produits ; et leur nombre est si grand qu'ils couvrent le défunt comme d'un vêtement: operimentum tûumeruntvermes. {ïsai. XIV, 11.) Aprè^ avoir tout dévoré, ils se consument eux-mêmes ; et il ne resta plus qu'un affreux squelette, qui se réduit peu à peu en poussière. "V'oilà la fin de ce corps qu'on a tant flatté.

Voilà à quoi se terminent ces grands talents, ces emplois élevés, ces possessions agréables et ces vastes projets. In illa die peribunt omnes cogitationes eorum. (Ps. cxlv, 4.)

Avec le dernier soupir le moribond a rendu son âme. Depuis ce moment fatal, le pécheur n'a plus de miséricorde à espérer, et le fidèle n'a plus de mérites à acquérir. La justice de Dieu reprend tous ses droits. Là où l'arbre tombera, du côté du midi ou du septentrion, il y demeurera : Si ceciderit lignum ad austrum aut ad aquilonem, in quocumque loco ceciderit, ibi erit. (Ecoles, xi, 3.) mon Dieu, c'est à moi que cela doit arriver bientôt! moment terrible de la mort, que tes suites sont irréparables! Tu n'es qu'un instant, mais un instant auquel est suspendue une éternité : momentum a quo pendet seternitas/a

§ II. — Qu'il faut se préparer à la mort.

Il faut se préparer à la mort sans délai. Nous pouvons avoir d'autres affaires, mais celle-ci est la plus nécessaire et la plus urgente. La renvoyer à un autre jour, ce serait une imprudence, puisque la mort vient vite et que le lendemain va peut- être nous manquer. Frappés de cette pensée un grand nombre de rois et d'empereurs ont abandonné leur trône afin de se retirer dans les cloîtres ; et tous les jours on voit des personnes de tout âge et de tout sexe quitter le monde pour embrasser l'état religieux, afin de mieux se préparer à la mort, dans une vie solitaire et mortifiée. Malgré cette longue préparation par une vie austère, on en rencontre qui craignent encore lorsque leur fin s'approche. Saint Hilarion avait mené une vie sainte dès sa jeunesse; néanmoins au moment d'expirer il tremblait, et il lui fallait s'encourager lui-même par ces paroles : « Sors, mon âme, que crains -tu? sors sans hésitation. Il y a près de soixante-dix ans que tu sers Jésus-Christ et tu tremblerais en face de la mort!» Egredere, quid times^ egredere anima mea quid dubitas? Septuaginta prope annis servisti Christo, etmortem times? [S. Hieron. m Vit. S. Hilar.)

Cette constante vigilance est si nécessaire pour n'être pas surpris , que Jésus - Christ s'est appliqué à nous avertir

Page 1