‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 42 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

tout, celle qui couronne toutes les autres. Prions donc avec ferveur et sans nous lasser, pour obtenir la persévérance finale.

Après nous être appliqués à entourer notre crainte de ces quatre dispositions, livrons-nous à une très ferme espérance dans le secours tout-puissant de Dieu. Quoiqu'il n'accorde pas la faveur de bien mourir à beaucoup de pécheurs^ il ne la refuse pourtant jamais à ceux qui ont vécu dans la pratique des vertus chrcliennes, et qui l'ont servi fidèlement jusqu'à la fia. Les chutes effroyables de certains grands liommes ont été précédées de quelque vanité longtemps nourrie et développée secrètement dans le cœur, ou de quelque autre faute cachée plus grave encore. Jlla ruina quss fit in occullo prœcedit ruinant quse fit in manifeslo (S. Aug.)

Donnez-nous, ô mon Dieu, de vous craindre comme vous craignaient les saints; et nous serons heureux à la fin de notre vie; et nous serons bénis au jour de notre mort : Timenti Dominumbene erit in extremis, et in die defunctionis suse benedicetur. (Eccli. i, 13.)

§ II. — La sévérité du jugement parliculier et universel doit effrayer tous les hommes, et surtout les pécheurs.

Une extrême frayeur saisira lous les hommes, même les plus jusies, quand il leur faudra paraître au jugement particulier, aussitôt l'âme séparée du corps : « mon Dieu! disait saint Augustin, malheur même à la vie louable, si vous la discutez sans miséricorde.» Vse etiam laudabilivitœ hominum, si remota onisericordia discutias eam. ( Gonfess.)« Que ferai-je, se demandait Job, lorsque le Seigneur viendra pour méjuger? et que répondrai-je lorsqu'il m'interrogera?... » Et il avait une crainte si grande de ces jugements divins, qu'il les considérait comme des flots soulevés contre lui, l'accablant de leur poids : Quid faciam cum surrexerit ad judicandum Deus? cum quœsierit quid respondebo ei? semper quasi tumentes super me fluclus timui Deum, et 'pondus ejiis ferre non potui. (Job. xxxi , 14, 23.) David, homme selon le cœur de Dieu, s'écriait : « Seigneur, n'entrez pasenjugementavecvotreserviteur; parcequ'il

n'y a pas d'homme vivant qui puisse se justifier devant vous.» Non inires in judicium cum servo tuo, quia non justificabilur inconspeciuiuoomnisvivens. (Ps. cxlii, 2.) Saint Agathon, dont la vie fut si innocente, était saisi des mêmes frayeurs à la mort. Interrogé d'où lui venait cette appréhension, il répondait : a Les jugements de Dieu sont bien différents de ceux des hommes! » Saint Grégoire de Nazianze avouait que lorsqu'il méditait l'avènement du Juge souverain, à peine pouvait-il respirer. { Ot^atio Yî.) Et saint Éphi'em, lorsqu'il y pensait, tombait en défaillance et sentait le tremblement gagner tous les membres de son corps. Le saint homme Job disait donc vrai lorsqu'il s'écriait : « Les cieux ne sont pas purs devant Dieu; combien donc ne doivent pas craindre les hommes, êtres abominables, inutiles, et qui boivent l'iniquilé comme l'eau! » Cœlinon sunt mundiin conspeciu ejus. Quanta magis abominabilis et inulilis homo , qui bibit quasi aq'uam iniquitatem. (Job. xv, 15, 16.)

Ce qui doit causer cette grande crainte des jugements de Dieu, c'est la sévérité du juge, la rigueur de l'examen, et la sévérité de la sentence. Aussitôt que l'âme est sortie de son corps, elle comparaît devant le tribunal suprême. Quelle frayeur pour elle 1 La voilà , pécheresse , seule avec Dieu seul ! Elle est devant un Maître inexorable, qui n'aura d'égard ni aux qualités, ni au rang, ni aux dignités. Non est personarum acceptor Deus. (Act. x, 34.) Il nous en prévient d'avance : « Mon regard no t'épargnera pas , et je serai pour toi -sans pitié. » Non parcet oculus meus super te, et non miserebor lui. (Ezech. VII, 4.) Devant lui, le démon s'empressera de se faire accusateur. Et la conscience humaine deviendra le plus terrible témoin. Car, éclairée d'une lumière divine, elle représentera au pécheur tout le mal qu'il a fait, et l'obligera à reconnaître la justice de la sentence : Testimonium reddente illis conscieniia ipsorum. (Rom. ii, 15.)

Rien n'échappera à la rigueur de l'examen. Le pécheur rendra compte de toutes ses paroles, même simplement oiseuses I Que sera-ce des paroles de médisance, de calomnie, de mensonge, d'impureté, d'imprécation? Que sera-ce des désirs

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