‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 44 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Alors les anges sépareront les bons d'avec les mauvais. Le livre de vie et le livre de mort seront ouverts ; tous les péchés de pensée, de désir, de parole, d'action et d'omission seront manifestés à la face de toute la société humaine et divine, pour justifier publiquement la conduite de Dieu sur les élus et les réprouvés. Tous les anges et tous les hommes verront donc clairement ce que les pécheurs croyaient avoir caché dans les ténèbres : ces impuretés secrètes, ces hypocrisies qui sous un extérieur réglé cachaient un cœur vicieux; enfin tous les mystères d'iniquité seront dévoilés devant le monde entier! En ce moment, les pécheurs, saisis de rage et ne pouvant supporter la prétence de leur juge, supplieront les montagnes de tomber sur eux, et les collines de les envelopper; ils maudiront le jour de leur naissance et proféreront toute sorte de blasphèmes contre Dieu. Mais voici que sa sentence : «Allez, maudits » tombe sur eux, et les précipite corps et âme dans l'enfer. Mitlent eos in caminum ignis... ibunt hi in supplicium œiernum. (Malth. xiii, 50; xxv, 46.)

§ III. — Les religieux ne peuvent attendre de Dieu un jugement favorable qu'en observant exactement leur règle.

Le temps est encore à nous pour fléchir la colère de notre Souverain, et pour nous procurer un jugement favorable. Il y a, dans ce but, trois choses importantes, qui nous sont facilitées par les pratiques de la vie religieuse.

1° Il faut se juger soi-même. Car saint Paul nous apprend que si nous nous jugeons, nous ne serons pas jugés : Si nos ipsos dijudicaremus , non utique judicaremur. (I Cor. xi, 31.) Le même crime ne doit pas être expié deux fois; lors donc que le pécheur aura eu soin de s'examiner sévèrement et de se punir sans indulgence, Dieu, au lieu de le punir derechef au jour de son jugement, lui fera miséricorde. Ce qui a fait dire à saint Bernard : « Je veux paraître devant le juge irrité comme un homme déjà jugé, et non comme un homme qui va l'être; jugement salutaire, qui me soustrait et me dérobe à la rigueur des jugements de Dieu.» Volo vultui irss judicatus prœsculari, non judicandus; honum jiidi-

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cium quod me ilU dislricto divinoque judicio subducit et abscondit. (In Ganl. Serm.99.) Or notre règle, avec les examens répétés plusieurs fois le jour, les chapitres fréquents, les mortifications publiques ou secrètes qu'elle nous prescrit, n'est autre chose que le jugement anticipé, la punition volontaire de nos fautes. C'est ainsi que quand les novices assistaient au chapitre tenu par saint Louis Bertrand, ils étaient si touchés de crainte, de componction et du désir de faire pénitence, qu'il leur semblait assister au jugement dernier, et qu'ils en éprouvaient les impressions les plus sanctifiantes. Soyons donc fidèles à ces prescriptions quotidiennes de noire règle, et Dieu nous feramisericorde.au jour de ses rétributions éternelles.

C'est dans cette vue que les religieux fortement pénétrés de la rigueur des jugements de Dieu, se pressent de faire pénitence, pour en prévenir les suites terribles. Saint Jean Cliraaque rapporte qu'un ancien solitaire nommé Hésichius, qui était un peu tiède dans le service de Dieu , ayant eu un ravissement dans lequel le Seigneur lui fît voir une partie de la rigueur de ses jugements , en fut si frappé, qu'il fit murer la porte de sa cellule et y demeura pendant douze ans, sans prendre d'autre nourriture que du pain et de l'eau. Il pensait continuellement à ce qu'il avait vu , tenait presque toujours les yeux fixés du même côté, comme si la vision effroyable eût toujours été là, et répandait continuellement des larmes. La veille de sa mort, les solitaires rassemblés dans sa cellule lui demandèrent quelques paroles d'édification , jet il leur répondit : « Mes frères, si les hommes savaient quelle est la rigueur des jugements de Dieu, comme ils se garderaient de l'offenser, et se hâteraient de faire pénitence de leurs péchés 1 » Tous les religieux, sans doute, ne peuvent pas entreprendre une vie aussi rigoureuse que celle de ce solitaire; mais ils doivent au moins être fidèles observateurs de leurs constitutions et des prescriptions pénibles à la nature qu'elles renferment, sans murmurer de leur continuité ni de leur rigueur: heureux de pouvoir fléchir d'avance la sévérité de . leur Juge

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