‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 45 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

par cette légère pénitence. Mais que penser de celui qui , loin de se porter ainsi aux austérités conformes à l'esprit de sa vocation, ne voudrait pas même observer le silence, la modestic, les inclinations et autres points de ce genre qui sont plus faciles que les macérations, les abstinences et lés veilles? On peut avoir des raisons d'infirmité pour omettre quelquefois de se lever la nuit, et pour ne pas s'astreindre continuellement aux jeûnes; mais quelle raison peut- il y avoir de ne pas observer ces autres pratiques de règle si aisées et si sanctifiantes? Quant à nous, pratiquons les choses faciles et, autant que nous le pourrons, les plus pénibles. Heureux encore si Dieu veut bien accepter ces diverses pénitences, pour l'expiation de tant de péchés que nous avons commis. Il vaut beaucoup mieux que nos corps soient pour un temps exténués par les privations, desséchés par l'étude et le travail, que d'être, au jour terrible, l'objet d'une condamnation éternelle.

2» Pour s'attirer un jugement favorable, il faut avoir fait des bonnes oeuvres qui méritent l'approbation divine. C'est pourquoi Jésus-Christ nous dit : « Veillez et priez en tout temps , afin que vous soyez trouvés dignes d'être préservés des calamités qui doivent arriver, et que vous puissiez paraître sans crainte devant le Fils de l'homme. » Vigilate omni tempore orcmtes, ut digni habeamini fugere ista omnia quse futurasunt, et stare anle Filium hominis. (Luc.xxi, 36.) Or la vie religieuse est une occasion continuelle de bonnes œuvres. La règle, non seulement nous les permet, mais nous les présente toutes préparées, et nous met dans l'heureuse nécessité de nous y consacrer, si nous ne voulons nous rendre désobéissants. Aussi les religieux observants paraîtront au jugement de Dieu avec une humble assurance et y seront comblés de joie; tandis que les religieux infidèles, qui se moquaient des premiers et de leur régularité, seront confondus, consternés, plongés dans le désespoir : Tune stabunt justi in magna constantia adversus eos qui se angustiaverunt. (Sap. v, 1.) Cette sainte assurance serait à elle seule, pour les justes, une assez belle récompeese de toute la peine qu'ils prennent afin

d'être fidèles à leui-s constilulions, sans parler de la récompense infinie que le ciel leur donnera après la mort.

3° Pour se procurer un jugemenl favorable, ilfaut agir et penser comme si l'on devait, aussitôt après, être cité devantDieu. Tel est l'avis que nous donne l'apôtre saint Jacques, lorsqu'il dit : « Parlez et agissez de la même manière que vous le feriez si votre j ugement commençait déjà. » Sic loquimini et sic facile sicut incipientes judicari. (Jac. ii,12.) Et c'est aussi ce que David nous insinue en nous disant que le pécheur commet tant de crimes, pour avoir laissé les jugements divins s'effacer de devant ses yeux : Inqmnalœ sunt vise illius in omni tempore: aufenmtur judicia tua a facie ejus. (Ps. x, 5.) Si les religieux réglaient toutes leurs actions et leurs paroles, comme devant être à l'instant jugés par Dieu même, quelle pureté d'intention, quelle circonspection n'auraient-ils pas dans tous leurs actes et leurs moindres désirs I Après avoir exclu les intentions vicieuses, ils s'appliqueraient à leur substituer des intentions nobles et surnaturelles. Ils accompliraient toutes choses purement pour Dieu, afin de satisfaire à sa justice, et de s'acquitter des promesses qu'ils lui ont faites. C'est pourquoi saint Éphrem enseignait que le sujet ordinaire des pensées et des entretiens des religieux doit être le jugement de Dieu. « En quelque lieu que vous soyez, disait-il, en chemin, à table, sur votre lit, pensez continuellement au jugement futur et à l'avènement du juste Juge. Dites-vous les uns aux autres : Quelles seront ces ténèbres extérieures, ce feu qui ne s'éteindra jamais, ces grincements de dents? » (Serm. 1 de Gompunclione.)S. Jean Ghrysostome s'exprimait de même: « Il faut, tous les jours et toutes les heures de notre vie, nous remettre devant les yeux les jugements éternels.» Singulis diebus et horis, oportet ante oculos nostros proponere Deijudicium. (Homil. IV in Gen.) Ce ne sont pas seulement les religieux tièdes qui ont besoin d'y penser sérieusement, mais aussi les plus fervents, afin de se soutenir dans leur amour de la perfection par cette sainte frayeur; car bienheureux l'bomme qui esl toujours dans la crainte : Beatus homo qui semperest pavidus. (Prov. xxviii, 14.) On raconte qu'un solitaire nommé

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