PREMIÈRE PARTIE
cœur de l'homme, ne sont capables de saisir la vraie notion de l'enfer: Nec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunl quse prseparavit Deus offendentibus se.
La manière dont Dieu punit le péché en ce monde peut cependant, sans nous en donner une notion exacte, nous aidera nous en former une certaine idée. Car si, dans cette vie où la justice est toujours tempérée de miséricorde, il a puni plusieurs pécheurs jusqu'à faire ouvrir la terre sous leurs pieds pour les engloutir tout vivants dans le plus profond des abîmes , ainsi qu'il est rapporté de Coré, Dathan, Abiron et de leurs complices : Descendenmi vivi in infemum (Num. xvi, 33); et s'il envoie de terribles et longues maladies à des justes, à des vierges innocentes, à de jeunes enfants qui ne portent en eux que les suites lointaines du péché, que sera-ce lorsqu'il punira dans l'autre monde les pécheurs impénitents?
S'abusera-t-on jusqu'à se persuader que les tempéraments apportés sur cette terre, par sa bonté, aux actes de sa justice, nous donnent lieu d'espérer le même traitement pour l'autre vie? De quelle fatale illusion ne serait-ce pas se bercer l Au contraire , plus Dieu a exercé de miséricorde et de longanimité envers les pécheurs pendant cette vie, plus aussi il aura droit de les punir sévèrement dans l'enfer. Les flots de sa colère suspendus et grossis de jour en jour, n'en tomberont qu'avec plus de violence. Les délais obtenus de sa longanimité rendront en quelque sorte sa justice plus impatiente d'exercer librement ses droits, et l'abus des grâces l'autorisera à sévir avec plus d'énergie. «Oh! que c'est une chose horrible de tomber entre les mains d'un Dieu vivant et vengeur.» jHbr'rendumest incidere in manus Dei. (Hebr. x, 31.)
§ II. — Les peines de l'enfer sont terribles dans leur multitude et leur durée.
Bien que les peines de l'enfer soient incompréhensibles, elles peuvent pourtant se réduire à deux principales, que les théologiens appellent la peine du Sens, et la peine du Dam. La première affecte les facultés sensibles; la deuxième, qui constitue à proprement parler la damnation, consiste en ce que
les réprouvés sont prives de voir Dieu, et élernellement séparés de lui. L'une correspond, comme châtiment, aux plaisirs charnels que les pécheurs ont pris dans la créature; l'autre, au mépris qu'ils ont eu pour leur Créateur en l'offensant.
Et d'abord, quant à la peine du Sens, on ne peut mieux faire, pour s'en former une idée, que de méditer le langage de la sainte Écriture expliqué par les saints Pères. Or l'Écriture emploie, en nous parlant do l'enfer, des expressions dont les unes sont figurées, les autres doivent être prises à la lettre. Les figures sont nombreuses et effroyables; et quoiqu'elles soient métaphoriques, il est certain que si l'Esprit-Saint les a choisies, et si les saints docteurs nous les commentent, c'est qu'elles nous désignent des peines réelles, équivalentes à celles que le symbole renferme; sauf que la manière est différente, et le degré plus redoutable. Ces figures expriment donc des vérités certaines, dignes de méditation; et les auteurs spirituels s'appliquent à nous les recommander, comme on peut le voir dans les écrits de sainte Thérèse et d'autres c'u plus grand crédit dans la sainte Église.
'Mais ce qui est vrai à la lettre, c'est que Dieu a choisi, pour exercer ses vengeances dans les enfers, le feu, c'est-àdire de tous les agents le plus actif et le plus violent. On en n une image dans ce feu matériel qui sert à l'homme sur la terre. Et cependant, quelque dévorant qu'il soit, il n'a aucune jiroportion avec celui qui tourmente les damnés. Le premier a été créé pour être notre serviteur, le second pour exercer auprès de nous l'office de vengeur. Gela fait dire à saint Augustin : « Tout ce qu'on souffre en ce monde, quelque insupportable qu'il soit, comparé au feu éternel, non seulement est peu de chose mais doit être compté pour rien. » Quss quisque gravia patitur in comparatione seterni ignis , non tantum parva, sed nulla sunt. (Serm. 109 de Temp.) Ce feu n'est point métaphorique, mais réel, véritable, matériel; aussi , toutes les fois que l'Écriture sainte parle des peines de l'enfer, bien qu'elle varie souvent ses expressions, elle revient constamment au mot de feu, et de feu éternel, comme exprimant une réalité qui constitue le principal