‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 49 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

dan» les douces et agréables senteurs. Erit pro suavi odore fœtorf Leurs corps, semblables à des cadavres, seront le foyer de cette infection : les vapeurs mêlées aux flammes éternelles viendront l'augmenter; et les démons se plairont par mille artifices à la leur faire mieux sentir. Pour donner une idée de cette, peine, l'Écriture parle de l'odeur de la poix et du soufre. Mais que ces figures sont faibles devant la réalité 1

Le goût des damnés aura, lui aussi, son tourment. Ce sera afin de punir leurs péchés de gourmandise et toutes leurs recherches dans l'usage de la nourriture. Ils éprouveront une faim continuelle, semblable à celle de chiens enragés : Famen patientur ut canes. (Ps. lviii, 7.) Les malades qui ont ressenti cette faim dévorante, accompagnée de faiblesses, de langueurs et de convulsions, concevront combien cruelle doit être celle que les damnés endureront dans les enfers, puisqu'elle sera causée par la justice divine, dont les impressions sont infiniment plus violentes que tout ce que la nature peut nous faire endurer dans ce monde. Cette faim sera accompagnée de la soif, dont l'expérience montre que le tourment est plus insupportable encore, et qui sera augmentée par les brasiers allumés sous le souffle de la colère divine. L'Écriture semble nous dire que le fiel des dragons et l'absinthe seront leur unique rafraîchissement: Fel draconum vinum eorum. (Deut. xxxii, 33.) Cibabo eos absinthio. (Jerem. xxiii, 15.) Notre-Seigneur lui-même a voulu nous faire comprendre cette soif dans la parabole du mauvais riche. « Je suis tourmenté dans cette flamme, » s'écriait celui-ci. Crucior in hac flamma. (Luc. XVI, 24.) Une seule goutte d'eau eût été pour lui un grand soulagement; mais elle lui fut refusée. C'est donc en toute rigueur de vérité que saint Augustin nous dit : « Aucun des tourments que nous connaissons ne peut être comparé au tourment des réprouvés. » Ei nulla tormenla quse novimus possunt coonparari.

Mais si effroyable que soit la peine des damnés dans leurs sens extérieurs, celle qu'ils souffriront dans les puissances intérieures de l'âme est, sans comparaison, beaucoup plus grande. Car leur âme a été la cause principale des péchés

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qu'ils ont commis; leur corps n'en a été que l'instrument. Il sera donc juste qu'ils sentent des peines très vives dans l'imagination, la mémoire, l'entendement et la volonté. Leur imagination sera si vivement frappée des maux qu'ils doivent endurer dans les enfers, et elle en aura une appréhension si violente, qu'elle ne pourra jamais en être détournée par aucun autre objet. Ce tableau permanent augmentera leurs douleurs; et, réciproquement, ces douleurs ainsi augmentées, irriteront plus vivement leur imagination; de sorte que leurs souffrances ne feront que se multiplier les unes par les autres. Les damnés souffriront aussi dans leur mémoire, lorsqu'ils se souviendront des plaisirs criminels et fugitifs qu'ils sont obligés d'expier maintenant par des peines si cruelles et à jamais irrémédiables. Ils souffriront dans leur entendement j lorsqu'ils considéreront la gloire du paradis perdue par leur faute; la folie de leur amour pour la vanité, et la facilité qu'ils avaient de se sauver. Alors ils ressentiront ce ver immortel, ces remords intérieurs, ces reproches de la conscience, ces colères et ces stériles repentirs accompagnés de désespoir de ce qu'ils ont, pour si peu de chose, perdu un si grand bien : Vermiseorum non morilur. (Marc, ix, 43.) Dans leur volonté, ils éprouveront une haine mortelle, une envie et une jalousie implacables contre Dieu et contre les . saints , à cause de leur bonheur et de leur gloire. Ils auront une obstination consommée dans le mal, et s'ils montrent du regret de leurs péchés, ce ne sera pas par un sentiment d'amour pour leur Créateur; au contraire, ils voudraient avoir commis plus de fautes encore, mais par un intérêt personnel, et parce qu'il voudraient n'avoir pas encouru leur châtiment. Ils désireront être délivrés de leurs peines ou réduits au néant ; et leurs désirs ne seront point accomplis : Desiderabunt mori, et fugiet mors ah eîs. (Apoc. IX, 6.) De là pour eux un, perpétuel désespoir, se voyant dans une fatale nécessité de ne jamais obtenir ce qu'ils veulent , et de souffrir toujours ce qu'ils ne voudraient pas : In œiernum non oblinebit quod vult; et quod non vult in œternum susiincbil. (S. Greg.) Ces peines sont pourtant pou de chose comparées à la peine

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