‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 53 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

un lieu de délices, de même aussi le ciel, où les bienheureux seront placés pendant toute l'éternité, est le lieu où ils doivent goûter toutes les délices qui leur sont préparées. David nous représente encore le ciel comme « la maison et le tabernacle de Dieu », parce que Dieu y habite et y demeure d'une manière particulière, et s'y communique intimement à ses élus. Jésus-Christ, en tant que pontife, est entré le premier par son sang dans ce tabernacle; et tous les saints doivent y être introduits par lui. a Seigneur des armées, que vos tabernacles sont aimables! Mon âme désire ardemment être dans votre demeure, et elle est presque dans la défaillance par l'ardeur de ce désir... Heureux ceux qui habitent votre maison , Seigneur ! Ils vous loueront dans tous les siècles. » Quam dilecta tabernacula tua, Domine viriuium! Concupiscit et déficit anima mea in alria Domini... Beati qui habitant in domo tua, Domine; in sœcula sseculorum laudabunt te. (Ps. lxxxiii, 2,3,5.)

La grandeur de cette félicité nous est aussi exprimée sous différents noms dans les saints Livres. 1° Elle nous est représentée sous l'idée d'un royaume qui a été préparé aux élus dès le commencement du monde : Possidete regnum. (Matth. xxv, 34.) Non seulement parce que tous les bienheureux sont des rois qui ont un empire absolu sur eux-mêmes et sur les entres créatures, fecisti nos regnum (Apec, v, 10); mais aussi parce que, sur cette terre, la royauté est regardée comme le comble de la gloire, dont le véritable sommet n'est atteint que dans l'éternité. Ce royaume est quelquefois appelé « le royaume des cieux », regnum cœlorum (Matth. xviii, 23), parce que le ciel est le séjour des saints, qui sont des rois; d'autres fois « le royaume de Dieu », regnum Dei (Matth. XXI, 31), parce que ce sera la Divinité même qui sera ce royaume et constituera la gloire et la couronne des prédestinés. Là Dieu sera «tout en tous» : Deus omnia in oinnibus. (I Cor. XV, 28.) Il sera leur sagesse, leur amour, leur sainteté et leur félicité, en ce qu'ils participeront à toutes ses divines perfections. Ils seront sages de sa sagesse, saints do sa sainteté, grands de sa grandeur, heureux de sa félicité. Et

celte parlicipalion aux perfections de Dieu leur donnera' dans le cœur la joie et la consolation , dans l'entendement la lumière, dans la volonté la plénitude de la paix, et dans la mémoire l'impression d'une éternité toujours présente : Ipso erit omnia in omnibus, raiioni pleniiudo lucis, v.olunlati plenitudopacis, mémorise continuatio œtemitatis. (S. Bern. Senn. HinCant.) Le ciel est encore nommé « le royaume de Jésus- Christ », in regno Chrisii et Dei (Ad Ephes. v, 5), parce que Jésus-Christ est le roi et le maître absolu des élus , dans lesquels il no trouve aucune opposition ni résistance, puisqu'ils n'ont qu'une volonté avec lui. Son règne et celui des saints ne sera pourtant parfaitement complet qu'à la On du monde, car ce sera seulement alors que Jésus -Christ aura entièrement triomphé de tous ses ennemis.

2" La grandeur des délices du paradis nous est représentée, dans l'Écriture sainte, sous la figure des noces : Nuptise agni.., Cœna nupHarum. (Apoc. xix, 7, 9.) Car dans le ciel l'alliance que Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu, a contractée avec l'Eglise et lés âmes fidèles sera consommée; et les saints seront si intimement unis à son cœur qu'ils ne feront plus qu'une même chose avec lui : Ego in eis, et tu in me, utsint consummaii in unum. (Joan. xvii, 23.) Et comme en celte vie il n'y a guère d'occasion où les hommes charnels se promettent plus de contentement que dans un festin de noces (quoique les mets qu'on y sert soient corruptibles, et que la fête finisse en quelques heures) : de même, dans l'éternelle vie, on trouvera en Dieu son festin; toute tristesse sera bannie, et les mets offerts aux invités seront délicieux et incorruptibles. Le Bien-Aimé lui-même les fera asseoir à sa table, les y servira, et sera leur aliment : Deus erit cibus noster et potusnoster. (S. Aug., In Ps. ix.) Ce banquet ne finira jamais; et ceux qui y assisteront seront toujours rassasiés; ils n'auront plus jamais ni faim, ni soif, ni souffrances, ni misères. Ils goûteront toujours, au contraire, de nouveaux contentements; et ils demeureront unis si intimement à Dieu, comme à l'époux de leur âme, qu'ils seront transformés en lui.

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