PREMIÈRE PARTIE
3" Le bonheur des saints dans le ciel nous est montré encore sous !e nom d'un torrent de délices et d'une source de vie : Inebriabuniur ab ubertale domus hise, et torrente vola-, ptaiis tiiœ potabis eos, quoniam apud le est fons vitse. (Ps. XXXV, 9, 10) C'est un torrent, c'est une fonlaine, parce que, comme les eaux d'un torrent se précipitent avec rapidité, et comme les eaux d'une fonlaine coulent en flots très purs qui ne tarissent jamais : de même, les délices^ du ciel se répandront avec abondance dans le sein des bienheureux. Ils seront inondés de ces célestes voluptés; ils en seront rassasiés, comme enivrés et transportés hots d'eux-mêmes. Ce torrent de délices, c'est Dieu : Dieu faisant couler de son cœur dans le cœur des saints les joies ineffables dont il est rempli; Dieu comblant toute la capacité de leur âme et la dilatent même par des qualités glorieuses, afin qu'elle puisse contenir une plus grande plénitude de ses biens. Et comme le cœur des bienheureux, ainsi dilaté, ne sera pas encore assez vaste pour renfermer la totalité de ces délices, il sera admis à entrer lui-même dans cet océan de la joie du Seigneur : Intra in gaudium Dominitui. (Matth.xxv, 21.) Il en sera tout pénétré au dedans, et tout investi au dehors : Ibi erit gaudium justo intus et extra, sursum et deorsum. (S. Bern.)
Une consolation passagère que Dieu donne quelquefois aux justes, dans cette vallée de larmes appelée le monde, leur procure des joies si grandes, qu'elle les met dans des extases admirables , leur fait regarder les plaisirs de la terre comme des amertumes, et leur rend légères toutes les croix. Que sera-ce donc des délices spirituelles que les bienheureux goûteront dans le ciel, où les consolations ne leur seront pas accordées goutte à goutte, mais par torrents, et où ils seront abîmés dans la source même de tout bonheur, qui est Dieu! souverain Maître, si vous faites tant pour nous, pendant que nous sommes dans la prison de ce monde, que ne ferez -vous pas quand nous serons dans voire palais! Si vous nous comblez de tant de consolations dans cette vallée do pleurs, de quelle joie ne nous remplircz-vous pas au jour des noces et des réjouissances 1 Si tanta facis in
carcere, quid âges in palaiio! Si ianta solaiio in hac via lacrymarum, quanta confères in die nuptiarum! (S. Aiig., SoHl. XXII.)
4° Enfin le bonheur du ciel est appelé dans l'Écriture sainte, tantôt un trésor caché, tantôt un domaine, un héritage, une terre, et une pierre précieuse. On le compare à un trésor caché, parce qu'il renferme des richesses dont on ne peut connaître le prix dans ce monde. C'est une possession , puisqu'on y jouit d'une vie heureuse, durable et permanente comme le propriétaire a la jouissance paisible de son bien. C'est un héritage, car le Père céleste ne l'accorde qu'à ceux qui l'aiment comme de véritables enfants et deviennent les cohéritiers de Jésus -Christ en prenant sa ressemblance. C'est une pierre précieuse, parce qu'il mérite qu'on donne tout son bien pour l'acquérir, et qu'on se consacre entièrement à Dieu pour le posséder. « hommes, un tel royaume ne se peut obtenir à un autre prix que par le don de tout vous-même. Il vaut autant que vous valez; donnezvous en entier, et vous le posséderez.» Res ista o homo! id est regnum cœleste, aliud non quserit pretium quam te ipsum, ianium valet quantum tu es; te da, et habebîs illud. (S. Aug., Serm, 37 de Sanctis.)
Nous pouvons encore concevoir quelque chose du bonheur éternel, si nous considérons attentivement que Dieu a choisi principalement le ciel pour y faire éclater sa gloire et celle des élus. Sa gloire est très relevée, la beauté du lieu où il la manifeste doit donc être en proportion. Et si la divine bonté a orné ce monde passager de choses si merveilleuses, comme la grandeur des cieux, la clarté du soleil, l'étendue des mers; et s'il a comblé de tant de biens les hommes pécheurs, que n'a -t- il pas dû préparer pour les justes et pour leur céleste demeure! Que ne donnera-t-il pas à ceux qu'il a prédestinés à la vie éternelle, lui si libéral envers ceux qu'il doit condamner à la mort! Quid dahit iis quos prcedestinavit ad vitam, qui hœc dédit etiam iis quos prEeJesiinavit ad mortem! (S. Aug.) Mais Dieu n'a pas seulement orné le ciel pour son honneur et pour sa gloire; il