PREMIERE PARTIE
cette qualité glorieuse, qu'il est écrit: «Les justes brilleront et ils étincelleront comme des feux qui passent au travers des roseaux. Ils prendront des ailes et voleront comme des aigles, courant sans se fatiguer, et marchant sans se lasser. » Fuigehunl justi, et tanquam scintîllse in arundineto discurrent. (Sa p. m, 7.) Assument pennas sicut aquilœ current et non laborabunt, ambulabunt et non déficient. (Isai. xl,31.) Enfin par la clarté, les corps des saints, seront tout lumineux et répandront au dehors des rayons semblables à ceux du soleil : Jiisti fulgebunt sicutsol inregno Patriseorum. ( Matth.xiii, 43.) Et au dedans, ils seront transparents, comme le pur cristal; en sorte qu'on pourra en voir clairement l'harmonie admirable et toutes les perfections.
5° Mais ces qualités des corps glorieux ne seront pas la seule récompensé des élus; tous leurs sens jouiront d'autres plaisirs ineffables. Leurs yeux seront ravis de contempler la splendeur des ciéux, la beauté du monde renouvelé, et surtout là gloire du corps de Jésus-Christ, entouré de tous les corps des saints. Et comme le nombre des bienheureux est incalculable, et que Chacun de leurs corps est un prodige de beauté, il en résultera pour l'oèil uri admirable spectacle, source de délices ineffables. En même temps, l'oreille des bienheureux sera charmée d'entendre les voix mélodieuses des arigés et des saints qui ne discontinueront pas de célébrer les louantes de Diéti : Exaliationes Dei in gullure eorum. (Ps. cxLix, 6.) C'est pourquoi saint Jean rapporte qu'il avait ouï quelque chose cdliltïie la vOix d'ilii grand nombre de personnes qui disaient dans lé ciel : « Alléluia, salut, gloire et puissance à nôtre Dièii.» AUdivi quaèi vocem turbarum multa- 7*Umîn ccélo diôeMîum: AllelUia, sàlus et gloria, et virtusDeo nosiro est. (ApôC. xix, 1.) Ces Voix seront mille fois plus belles et plus harmonieuses que toutes Celles qu'on entend sur la terre; et elles éxcilerdnt dàhë le cœur des bienheureux des sentiments de joie, d'amour et dé jubilation si extraordinaires , qu'il est inutile d'essayer d'en donner une idée. Leur odorat sefa embaumé par les parfums les plus sUavej. Car si les corps saints, ëUr la terre, exhalent quelquefois des
odeurs délicieuses qui semblent venir du ciel, que sera-co dans le paradis, où Dieu veut que tout soit délices et suavité? Leur goût aura, lui aussi, sa récompense par des impressions sensibles qui leur feront goûter les saveurs les plus agréables et les plus pures, d'une manière infiniment supérieure à ce que faisait éprouver la manne des Hébreux : Vincenti dabo manna abscondiium. (Apoc. ii, 17.) Enfin parle toucher, les corps des bienheureux ressentiront les chastes délices dont ce sens est capable. Quelle joie pour les saints de .considérer que pour avoir veillé sur tous leurs sens, et les avoir courageusement mortifiés sur la terre, ils sont comblés, dans ces mêmes sens, d'un si grand bonheur !
Mais ce qui achève de consommer la félicité des bienheureux, c'est qu'elle est éternelle. Après autant de millions d'années qu'il y a d'étoiles au ciel ,. de gouttes d'eau dans la mer et de grains de sable sur ses rivages, ces délices dureront encore, puisque Dieu, qui en est la source , est éternel 1 Ils n'en jouiront, il est vrai, qu'à proportion de la charité qu'ils auront eue sur la terre et des bonnes œuvres qu'ils auront accomplies; car « il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste » (Joan. xiv, 2), et « une étoile y diffère de l'autre en clarté » (I Cor. xv, 41); mais ce qui est commun à tous les saints et absolument égal dans chacun d'eux, c'est la durée de leur récompense. Quelle satisfaction ne ressentiront-ils pas, quand ils considéreront que leur entendement est-^ss'/iré de voir éternellement Dieu; que leur volonté doit l'aimer sans fin , et qu'ils seront toujours tendrement aimés de lui; que leur mémoire ne pourra perdre le souvenir des choses admirables qui font leurs délices; que jamais les sens de leurs corps ne cesseront de recevoir ces impressions de bonheur qui complètent la céleste récompense!
Non seulement ils seront assurés de posséder pendant une éternité quelqu'une de ces divines jouissances , mais ils les conserveront toujours toutes à la fois, sans que la présence de l'une amoindrisse le sentiment de l'autre, comme il arrive pour, la possession des choses d'ici-bas. Bien plus, ils ressentiront en quelque manière la béatitude de toute l'éternité, concen-