DEUXIEME PARTIE
PREFACE
La première partie de cet ouvrage a donné des lumières générales sur la vocation et sur les grandes vérités qui peuvent déterminer les religieux à s'y montrer fidèles jusqu'à la mort.
Mais une vocation a besoin d'être formée avec soin dans le détail , et cette formation est l'œuvre du noviciat. Tels que les novices sont pendant les premières années de leur entrée en religion, tels ils demeurent ordinairement pendant le reste de leur vie. Les premières impressions qu'ils reçoivent nes'effacent presque jamais entièrement de leur esprit ni de leur cœur. Ils ressemblent à de jeunes plantes qu'il faut arroser, et à qui il est nécessaire de donner, dès le commencement, la direction qu'on veut leur voir conserver toujours. Ce sont de nouvelles terres , qu'on doit préparer et cultiver soigneusement, parce que de cette préparation dépend la réussite de la bonne semence qu'on y aura jetée. Car « le jeune homme suit généralement sa première voie, et il ne s'en écartera pas même dans la vieillesse ». (Prov. xxii, 6.)
Il ne s'agit pas seulement d'instruire les novices sur ce
qui peut régler leur intérieur par rapport à Dieu , mais aussi sur leur extérieur par rapport au prochain. La formation de l'intérieur influe beaucoup, il est vrai, sur celle de l'extérieur; mais la dernière, à son tour, réagit profondément sur la première. On ne doit donc point négliger l'extérieur, quoiqu'il ne soit pas en lui-même aussi essentiel que l'intérieur; c'est même par lui qu'i' faut commencer : car le Gi'éateur forma d'abord k corps du premier homme, et ensuite il lui donna l'âme. Ce qui sortit alors de ses mains était parfait, et quant au dehors et quant au dedans : ainsi le vrai novice devrait être irréprochable sous ce double rapport; du moios doit-il ne souffrir en lui aucun défaut volontaire, et aspirer sans cesse à se rendre bientôt parfait.
On a réuni, dans cette deuxième partie, plusieurs instructions ayant pour but de régler l'intérieur et l'extérieur des novices. On s'est même arrêté à quelques détails sur ce qui regarde la civilité chrétienne et religieuse. Car les fils de saint Dominique ne sont pas destinés à vivre toujours renfermés dans le cloître; ils devront quelquefois en sortir, pour converser avec les séculiers, lorsqu'ils seront en état de leur rendre service dans les choses du salut. Afin de le faire utilement, il ne suffit pas d'être saint et savant, il faut encore avoir des manières civiles, affables et honnêtes. Or, si Ton trouve souvent des sujets qui ont été formés soigneusement par leurs parents, et qui possèdent déjà des manières distinguées, on en rencontre aussi quelquefois qui manquent de cette sorte d'éducation, soit qu'ils ne l'aient jamais reçue, ayant toujours vécu à la campagne, soit qu'ils l'aient perdue dans les collèges ou dans la fréquentation de personnes mal élevées. C'est pour cela qu'on a détaillé certaines recommandations qu'il est bon d'inculquer aux jeunes gens, afin que ceux qui ne les ont
PRÉFACE DE LA DEUXIEME PARTIE Uî
jamais apprises, aussi bien que ceux qui les ont oubliées, puissent s'y rendre fidèles.
Quoique ces instructions, relatives soit à l'intérieur soit à l'extérieur, ne contiennent presque point de citations latines, elles sont pourtant souvent tirées de l'Ecriture sainte el des sainis docteurs : surtoutdesaint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Bernard, d'Hugues de Saint-Victor, du bienheureux Humbert , et de saint Vincent Ferrior. Ces sainis et savants personnages sont même descendus dans des détails plus complets et plus minutieux qu'on ne les trouvera ici. On s'est abstenu de noter à chaque page les emprunts qu'on leur a faits , soit pour ne pas interrompre la suite du discours par des citations trop fréquentes; soit parce que souvent on a piis le fond de l'idée de ces auteurs, sons s'astreindre à rapporter leurs paroles; soit surtout parce que, comme le dit saint Vincent Ferrier, on suppose dans ceux auxquels on s'adresse assez d'esprit religieux pour recevoir avec confiance et docilité ces prescriptions et ces conseils qui leur viennent des supérieurs, représentants de Dieu, et ne désirant rien plus vivement que la sanctification de leurs âmes.
Cette deuxième partie est divisée en quatre chapitres. 1° Règlement proprement dit relatif aux exercices du jour, de la semaine, du mois et de l'année; 2° Manière de se conduire à l'intérieur du couvent; 3° Manière de s.i conduire en dehors du couvent; 4" Manière d'accomplir les principales actions de la vie religieuse.