DEUXIEME PARTIE l'it
point l'offenser pendant tout le temps qu'ils se récréeront hors du couvent. Après cela, ils se rendront à la porte, ne s'y arrêteront pas à converser entre eux, ni avec d'autres religieux, mais sortiront paisiblement du monastère; et alors seulement ils pourront parler.
En sortant, ils diront, pour continuer l'antique dévotion de nos pères , l'anlienne Laudemus Dominum, avec le verset : Adorate Deum , et l'oraison : Deus qui miro ordine, etc., ou l'oraison : Deus qui ineffabili providentia, etc., afin de se mettre sous la protection des saints anges, et surtout de leur ange gardien. En allant dans les rues de la ville, ils marcheront posément, deux à deux, avec beaucoup de modestie. S'ils échangent quelques paroles en marchant, ce sera d'un ton bas et en peu de mots. La récréation consiste ordinairement à se promener honnêtement dans quelque campagne, sur le bord d'une rivière , dans quelque bosquet , ou autre endroit solitaire , de manière à réparer doucement et intérieurement les forces du corps, ainsi qu'il a été ordonné par un de nos anciens chapitres : Recreationes nostrœ sint honestse deambulationes. Gravir des lieux escarpés, et marcher très vite afin d'arriver plus tôt par une espèce de bravade, c'est se fatiguer, non se récréer; c'est courir plus que se promener. Lorsqu'il pleut, comme lorsque le froid ou le chaud est excessif, on prend la récréation dans le couvent, mais dans quelque endroit d'où l'on ne puisse troubler la communauté.
Il faut s'en retourner d'assez bonne heure au couvent, à moins d'une permission bien spéciale , afin de pouvoir être au réfectoire avec la communauté. Dans le cours de la promenade, on dit ensemble les heures de l'office qu'on né peut pas réciter avec la communauté, ainsi que le rosaire.
En rentrant au couvent, on ne s'arrêtera pas à la porte pour parler avec qui que ce soit, mais on ira en silence devant Notre-Seigneur au très saint Sacrement, pour l'adorer, et lui demander pardon des fautes qu'on a commises pendant ce temps de délassement. Après cette courte prière, on s'en retournera au noviciat modestement, deux à deux, et en silence. Les novices simples ne doivent point aller aux récréa-
lions du mois avec les profès étudiants, à moins que le Père maître ne le leur permette quelquefois par grâce, et seulement lorsqu'il y va lui-même, afin que sa présence soit une sauvegarde.
§ V. — Retraite du mois.
Chaque mois les novices feront un jour de retraite. Les novices simples y consacreront le jour que le Père maître leur marquera, et les étudiants prendront une fête ou un autre jour où ils n'auront point de classe. Ils communieront ce jour-là, ou le lendemain matin. Ils reliront à genoux, devant leur crucifix, les résolutions qu'ils avaient prises à la retraite dernière. Ils considéreront si au lieu d'avancer dans la perfection , ils n'ont pas reculé , et ils prendront quelque moyen déterminé pour mieux vivre pendant le mois suivant, tels que de marcher en la divine présence, de garder plus religieusement le silence, de faire avec plus d'attention la méditation et la lecture spirituelle, de ne point sortir aussi facilement de la cellule, sans nécessité, d'avoir plus uniquement Dieu en vue dans toutes leurs actions, et de pratiquer à l'égard de leurs frères l'humilité, la douceur, la charité, etc.
On retire de grands avantages de ces retraites particulières. On a vu des changements complets à la suite d'une seule d'entre elles; quelquefois on y recouvre sa première ferveur; et presque toujours on en sort recueilli pour assez longtemps. Il est rapporté dans la vie de saint Arsène que, non seulement chaque mois, mais aussi chaque semaine, il prenait un jour pour cette recollection intérieure. Ceux qui feront la retraite du mois pourront en profiter pour demander de servir ou de lire à table , afin de laisser les novices qui devraient le faire profiter de toute la récréation. Mais ils ne se livreront à aucune pénitence corporelle sans une permission particulière.